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Collectif Belladone

Depuis 2011, Belladone réunit des artistes de plusieurs disciplines (cinéma, création sonore, photographie, arts plastiques et danse) avec lesquels la coordination Passeurs d’images Ile-de-France mène un grand nombre de projets : création, résidences d’artistes, actions culturelles et pédagogiques. Le collectif est très implanté dans le territoire francilien qui représente depuis longtemps un terrain de travail et d’expérimentation. Belladone y a réalisé de nombreux projets artistiques et culturels avec différents publics : des jeunes (collégiens, mineurs isolés, élèves avec des troubles du comportement, primo-arrivants, étudiants...) mais également des adultes (salariés, retraités, chômeurs).

Ces ateliers, en résonance à une démarche documentaire, permettent de tisser des liens. La sensibilisation d’un public à une nouvelle pratique artistique permet aux participants et intervenants d’enrichir mutuellement leurs champs d’expériences et leurs imaginaires. Au fil des expériences menées avec la coordination Passeurs d’images Ile-de-France, que ce soit dans le cadre des ateliers ou des résidences, les artistes ont pu mesurer l’importance de la représentation mentale des quartiers et communes d’Ile-de-France. L’image de ces territoires, souvent véhiculée par les médias, s’avère déformée, incomplète, parfois stigmatisante et péjorative. Elle façonne des mythes décalés du sentiment et du vécu des habitants. Modifier les points de vue, recréer une synergie, développer l’imaginaire est pour Belladone un enjeu majeur.

 

ÉLISE PICON : réalisatrice et co-fondatrice de Belladone

Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?

C’est un soulagement de pouvoir se déconfiner et d’avoir l’impression que la deuxième vague n’est pas pour tout de suite. Ces deux mois passés à la maison ont été une épreuve à la fois physique et psychologique avec la particularité de s’infiltrer dans la sphère professionnelle et familiale. Je suis maman d’une petite fille de 4 ans et d’un petit garçon de presque 1 an. Vous imaginez facilement la suite...

Mon compagnon et moi étions derrière eux tout le temps. Les rythmes sont différents, il faut s’occuper de l’un pendant que l’autre mange... Et au milieu, le télétravail qui devient une épreuve. J’ai vite compris que cela ne servait rien de s’ajouter une charge, j’ai alors fait le minimum jusqu’à ce que mon garçon soit de nouveau gardé chez son assistante maternelle. Paradoxalement les journées se déroulaient extrêmement vite, et la reprise du travail partiel (parce que la grande n’a toujours pas d’école) n’est pas évidente non plus. Ce confinement me laisse le souvenir d’une bulle temporelle étrange pleine de sentiments contradictoires : une sorte de montagnes russes émotionnelle.

Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ?

J’ai fait quelques tentatives pour continuer le travail à distance notamment pour 2 projets que je mène au collège. Cela n’a pas bien pris d’une part, par mon manque de temps et d’autre part, faire le lien via le numérique n’est pas une évidence pour tous, car nous avons des pratiques très différentes des collégiens. Ils peuvent être sur snapchat mais ne jamais utiliser leur boite mail par exemple.

Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?

J’ai la chance d’être intermittente du spectacle. J’ai reçu mes indemnités Pôle emploi, ce qui est un soulagement (pour mes collègues auteurs ou autoentrepreneurs, c’est une autre histoire). Malgré cela, la question de l’après reste anxiogène. Comment vont reprendre les projets laissés en plan, comment va évoluer le paysage culturel ? Quels seront les priorités du gouvernement ? Lors de l’allocution du Président sur la Culture, j’ai eu l’impression que les artistes étaient la dernière roue du carrosse. En ce qui concerne Belladone, nous avons pu déposer les appels à projet en cours, la baisse d’activités a plus touché les artistes que la structure en elle-même. Mais nous allons enta- mer une réflexion profonde sur les projets que nous souhaitons mettre en place et comment les produire.

Avez-vous un projet rêvé pour l’après coronavirus ?

Je ne sais pas si j’ai un projet rêvé, j’ai envie de changement et forcément la question du travail se pose. J’ai surtout plein d’interrogations économiques et sociales et je pense beaucoup au revenu minimum universel. Concernant Belladone, j’espère que cette crise ne nous balaiera pas et que nous renforcerons la question du collectif.

JULIE BIRO : réalisatrice et membre de Belladone

Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?La date du 11 mai n’a pas vraiment signifié la fin du confinement pour les parisiens (au sens de toute la région parisienne). Il n’y a pas eu de changement radical. De nombreuses personnes ont continué à rester chez elles, et en premier lieu les jeunes, les adolescent.es qui ne sortaient plus.

Il a fallu du temps pour qu’ils·elles se réapproprient la ville, qu’ils·elles s’autorisent à être dehors. C’est l’ouverture des jardins (et des terrasses) qui a signifié le retour à une vie sociale autorisée. Moi, je me sens avec des fourmis dans les pattes, une envie irrépressible de bouger, de me déplacer et de recommencer à tourner.

Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ?

Dans le cadre d’un projet « Art et culture au collège » que je mène au collège Alfred Sisley de L’Île-Saint-Denis, nous avions fini d’écrire le scénario en janvier et avions fait une séance de travail de jeu avec une comédienne en février. Nous avions juste eu le temps de tourner une première séquence le 6 mars quand le confinement nous a interrompu en plein élan. Cela a été très frustrant. Après un petit moment durant lequel nous avions tou·tes été sonné·es, j’ai proposé à l’équipe enseignante et aux élèves de la classe de 4e de continuer à créer quelque chose ensemble. Nous ne pouvions pas continuer notre projet tel que nous l’avions imaginé. Mais nous avons le droit et la liberté de rêver et de s’inventer un monde avec les moyens du bord que tou·tes les élèves ont : un smartphone.

Et les élèves répondent présent·es avec enthousiasme. Pendant le confinement, j’ai beaucoup pensé à eux·elles. Ce qui me paraissait essentiel c’était de ne pas laisser en friche leur envie d’expérimenter et d’exprimer leur énergie. Depuis le début de l’année, j’avais été saisie une fois encore, par l’adaptabilité des élèves, et par leur débrouillardise aussi. Nous verrons à la fin de l’année scolaire ce que cela aura donné mais nous pouvons compter sur les élèves pour répondre présent·es.

Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?

Il se trouve que j’étais en montage quand le confinement a commencé, j’ai donc poursuivi cet exercice. J’ai beaucoup lu et regardé des films. Je me suis nourrie de cinéma. Et j’ai pensé à celles et ceux qui étaient en tournage, en particulier en documentaire, où notre matière est si fragile tout du long du processus et il peut être très périlleux de s’arrêter quelques mois sans aucune certitude de pouvoir reprendre...

Avez-vous un projet rêvé pour l’après coronavirus ?

J’ai eu de nombreux rêves de création pendant le confinement que je garde au chaud. Mais dans l’immédiat, ce dont j’ai urgemment envie, c’est de pouvoir proposer des ateliers cinéma aux enfants et aux jeunes qui ne pourront pas partir cet été en vacances afin de s’évader, rêver et créer en cinéma. Et j’aimerais faire cela dans les villes de Seine Saint Denis où notre collectif d’artistes Belladone a l’habitude de travailler.

LORENZ FINDEISEN : réalisateur et co-fondateur de Belladone

Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?

J’espère que les dégâts sociaux, économiques et culturels causés par l’apparition du virus pourront être limités par la suite et que le déconfinement va permettre à chacun·e de reprendre son activité. Les artistes de Belladone se préparent à proposer des actions adaptées à la situation.

Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ?

Tous les projets pédagogiques ont été à l’arrêt. Par contre, le travail individuel de chacun·e des artistes a continué, ainsi qu’un tournage mené pour la télévision allemande.

Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?

Nous avons cherché à baisser toutes les dépenses non-essentielles afin de maintenir le salaire de notre coordinatrice.

Avez-vous un projet rêvé pour l’après coronavirus ?

J’aimerais proposer sous des formes diverses des projets culturels pendant l’été à tou·tes les enfants et adolescent·es de notre département, la Seine-Saint-Denis. Ce sont eux·elles qui souffrent le plus en ce moment.