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Dispositif Passeurs d’images

Rencontres nationales du dispositif Passeurs d'images 2019

Février 2019 
Clermont-Ferrand 

 

INTRODUCTION

 

L’intimité partagée, un phénomène historique qui se reconfigure au fil des innovations techniques et technologiques – du personnel à l’universel, l’expérience et la transformation par l’art.

Par Natacha Cyrulnik, documentariste; enseignante et chercheure à l'Université d'Aix-Marseille

 

Les ateliers de pratique et de création autour de l'image permettent de sensibiliser, d'un point de vue artistique, éthique et sociétal, à ce qu'est le cinéma et à ce qu'il montre et raconte du monde dans lequel on évolue.

Quels sont les enjeux, individuels et collectifs, qui se mettent en place lorsqu'une caméra entre en jeu et vient mettre en mouvement une démarche de création ? Le travail collectif autour du cinéma et de l'audiovisuel permet de favoriser un esprit critique sur les images qui font notre quotidien, qui nous entourent et organisent notre rapport au monde.

L'intimité partagée et les phénomènes de représentation de soi s'inscrivent dans une histoire plus longue et plus large, qui ne prend pas naissance dans l'essor du web social mais qui s'y reconfigure, en lien avec les usages induits par la forme des outils. Le fait d'avoir un film à réaliser change le rapport à  l'autre. La situation de création partagée et d'intime dévoilé change le rapport que l'on entretient avec le monde; avec soi-même.
A quel moment de la réalisation se met-on en jeu en tant que sujet d son processus créatif ? En situation d'atelier, comment je me positionne face à la caméra, face aux autres (participant.e.s, spectateur.rice.s, encadrant.e.s, réalisateur.rice.s, etc) et face à moi, face à mes envies ?
L'intimité ne peut se définir que dans un rapport, un lien avec l'autre. Jusqu'à quel point on implique l'autre dans son intimité, notamment au regard de la pratique audiovisuelle ? Quelles bascules entre la sphère privée/intime et la sphère publique ?

Internet offre des alternatives à des manières de se montrer et de se représenter encore plus fortes et plus accessibles que n'importe quel autre support d'expression médiatique. Pour penser ce rapport culture/médias, Eric Maigret et Eric Macé parlent de "médiacultures", avec l'idée de penser le monde au croisement de la culture qui se construirait elle-même aussi en fonction des médias.
Se retrouver en situation d'atelier permet de favoriser une approche critique des images, leur fabrication, leur portée et leur impact et de remettre en perspective la consommation qu'on en fait au quotidien. comme le souligne notamment Serge Tisseron, en parallèle de la construction d'un regard critique qui se développe de façon individuelle, l'effet de groupe et la dynamique du collectif importent aussi dans l'élaboration d'une approche analytique lors d'une situation pédagogique.

L'esprit critique, favorisé par une prise de conscience s'opérant dans le faire et l'agir au niveau individuel et au niveau collectif, doit aujourd'hui être d'autant plus questionné du fait de l'utilisation généralisée et de la mise en réseau des téléphones portables, couplées à toutes les données intimes qu'ils contiennent, qui sont susceptibles d'être rendues publiques ou utilisées à des fins marchandes et publicitaires. L'outil induit que ce que l'on va créer d'intime (photos, vidéos, textes, etc.) va être rendu public d'une façon ou d'une autre, de manière conscientisée ou non (publications sur les réseaux sociaux, algorithmes, récupération des données etc.).
L'expérience par l'art, le partage d'un événement en commun qui nous met en lien, permettent de se retrouver autour d'un projet collectif qui donne la possibilité de composer un récit, d'articuler une pensée en groupe. Participer à un atelier de création audiovisuelle offre l'occasion de vivre quelque chose qui va rengendrer un processus de transformation et d'émancipation chez le participant et permettre de lier intime et universel à travers une expérience artistique.

Exemple d'atelier de création audiovisuelle en lien avec le thème de l'intimité : Une prairie dans la cité, 2002, 44' : projet encadré par Natacha Cyrulnik. Le film a été conçu par les habitant.e.s du quartier comme un espace de liberté et de sécurité, où seulement des choses intimes, bienveillantes seraient échangées (des récits, des secrets, etc.).

Au sein d'un processus de création, il se joue une tension entre l'intime et l'autre/l'intime et l'universel/ l'expérience et la transformation.

Le fait de devenir acteur d'un récit change aussi la perception que l'on a de la réception des oeuvres. L'idée d'un spect-acteur, d'une spectateur émancipé, d'un spectateur actif se met en place et change le rapport que l'on entretient avec son propre regard et l'expérience de réception, à partir du moment où les enjeux soulevés par l'oeuvre vue et regardée mettent en marche quelque chose qui touche à la fois à l'intime et l'universel. Ce moment de diffusion/réception transforme les rapports qui existent entre les acteurs/participants à l'atelier et les spectateurs et permet de créer une nouvelle communauté de regards uqi offre un sens nouveau à l'oeuvre.

Ainsi, l'intimité partagée, notamment en situation d'ateliers d'éducation aux images et au cinéma, contient du politique dans le sens où l'on s'affirme, on prend une position et on tient un discours, on communique, on développe un regard sur soi-même, qui peut toucher quelque chose de plus universel et aller au-delà de l'expérience individuelle. lorsqu'on s'expose, qu'on se met en scène, qu'on se représente, on entre dans un rapport public à soi-même, à son intériorité, et on dévoile forcément une partie de soi par ce biais.

Mettre en pratique ces phénomènes de monstration de soi au sein d'ateliers e création peut donc favoriser l'expression et la construction d'un regard critique, permettant de lier privé et public, intime et universel, dans une relation aux autres et à l'oeuvre qui est créée, qui va transformer, émanciper, conscientiser celui ou celle qui est impliqué.e dans une situation d'atelier.

NATACHA CYRULNIK

Natacha Cyrulnik est réalisatrice de documentaires et enseignante - chercheure à l’Université d’Aix-Marseille. Elle a réalisé de nombreux films qui traitent presque toujours de questions en lien avec le territoire : que ce soit à travers ses 15 années de réalisation de films dans des cités du Sud de la France (sous forme d’ateliers ou de documentaires de création), ou dans le cadre de sa série Les traces algériennes sur les liens intimes qui se tissent entre la France et l’Algérie, par exemple. Elle en a fait également un sujet de recherche. Elle a plus particulièrement analysé les situations d’ateliers d’expérience artistique au cinéma dans un ouvrage Qu’est-ce que l’éducation artistique au cinéma  (Ed. Entretemps), en s’appuyant sur sa propre pratique d’atelier, mais aussi sur celles de nombreux autres réalisateurs ou associations afin de tenter d’en cerner les situations et les enjeux.

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