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Plateforme collaborative d’éducation aux images

Dispositif Collège au cinéma
Dispositif École et cinéma
Dispositif Maternelle et cinéma
Dispositif Passeurs d’images

Atelier n°3 (PACA)

Favoriser les expérimentations, la mise en place d’actions innovantes et participer à la réflexion permanente autour de l’éducation aux images

Animé par Carol Desmurs et Ferdinando Gizzi

Quelles innovations et expérimentations portées par Passeurs d’images pourraient venir enrichir les dispositifs dans les territoires ?
 

Partir d’un constat

Notre atelier est parti du constat que celui proposé sur les « expérimentations » était le groupe qui avait recueilli le plus d'inscriptions, et que cela n'était pas seulement une spécificité de la région PACA : la même chose s'est produite dans la plupart des régions où nous avons mené nos concertations jusqu'à présent.

En bref, le constat a été celui d’une exigence, d’un désir, d’un besoin : celui d’ « aller ailleurs », pour consolider nos pratiques d’éducation aux images et en même temps les ouvrir à des réflexions et à des pratiques nouvelles.
Nous avons donc voulu commencer en nous demandant « pourquoi ? », questionner ce qu’il y avait derrière cette envie, ce que les participant·es mettaient derrière la notion d’ « expérimentation ».

 

Deux dimensions dans la notion d’ « expérimentation »

Nous nous sommes vite rendus compte que pour le réseau Passeurs d’images cette notion avait deux dimensions : pour le temps scolaire, lié aux dispositifs historiques de l’association (EEC et CAC), « expérimentation » signifie une volonté de s’approprier et proposer différemment ces dispositifs « traditionnels » ; pour le hors temps scolaire, cette notion signale le rapport que les coordinations entretiennent avec les projets justement « expérimentaux » que l’équipe nationale propose directement - surtout par le biais d’appels à projet - ainsi que les initiatives que les coordinations portent de leur côté, initiatives qui ne sont pas forcément modélisées et visibles pour l’ensemble du réseau.
Une première dialectique entre « dispositif (ou modélisation)/action ponctuelle (ou éphémère) » s’est donc affirmée dès les premiers tours de table. Le souhait des participant·es est que cette dialectique ne soit pas vécue, ressentie et présentée comme deux dynamiques différentes, mais que l’une dimension nourrisse et enrichisse l’autre, et vice versa. 

 

Pistes d’expérimentation pour les dispositifs scolaires

La discussion sur l’expérimentation au niveau des dispositifs scolaires a tourné autour du fait que, pour ceux-ci, l’élan expérimental pouvait être cherché et construit dans deux lieux (ou niveaux) différents :  en classe, au moment des ateliers sur le film menés par l’enseignant-e et/ou l’intervenant-e ; et en salle, au moment même de la projection.
Pour le premier niveau les difficultés les plus importantes ont été repérées non dans le manque de propositions et d’outils (Nanouk, les ateliers pratiques, les outils développés par le CNC comme le coffret-jeu à partir du film Azur et Asmar d’Ocelot….), mais dans le manque de financements et de temps pour la formation des enseignant-e-s pour leur prise en main pratique : sans cette formation, ces outils risquent de rester invisible et difficiles à prendre en main. Une solution à ce problème a été indiquée dans un dialogue de plus en plus étroit avec l’éducation nationale, pour que ces formations soient reconnues et valorisées dans le temps de travail des enseignant-e-s, et pas proposées sur simple base volontaire.
Prolonger le travail en classe par le biais de projections des court-métrages des réalisateur·rices dont les films ont été montrés en salle lors d’un dispositif scolaire est une voie ultérieure pour expérimenter, selon plusieurs participant-e-s de l’atelier.
Le deuxième lieu ou niveau d’expérimentation des dispositifs scolaires, la salle, a été signalé par tou-te-s les participant-e-s comme le moyen privilégié pour permettre aux jeunes de rencontrer les projectionnistes ainsi que l’ensemble du personnel d’accueil; bref, le lieu idéal et le moment pour un travail sur les métiers du cinéma : faire visiter la cabine de projection, expliquer le métier de l’exploitant, impliquer les jeunes dans des tests son et lumière de la salle, pour vérifier comment ces changements techniques peuvent avoir un impact sur l’expérience de visionnage du film, permettre aux travailleurs de la salle d’introduire à leur guise les films. Une formation pour ces figures professionnelles et la présence d’une médiation, à construire surtout par le biais de partenariats avec les DRAC, a été pourtant affirmée comme essentielle pour tout cela.
S’ouvrir sans a priori et préjugés aux pratiques des jeunes (netflix, réseaux sociaux, jeux vidéo, etc.) en ayant là-dessus un regard décloisonné et ouvert, et leur laisser la place, en impliquant directement les jeunes dans les processus de construction d’une séance, de choix des films et de programmation, a été indiquée comme une piste ultérieure pour travailler l’expérimentation – des dispositifs du temps scolaire ainsi que ceux du hors temps scolaire, et même, comme véritable moyen pour créer des passerelles et des échanges entre ces deux temps (par exemple : en permettant aux jeunes de créer une séance avec « leurs objets » à partir d’un film vu dans le cadre d’un dispositif scolaire…).

 

Questionnements sur l’expérimentation du hors temps scolaire

En dehors des dispositifs du temps scolaire, pour le hors temps scolaire l’expérimentation a été questionné surtout sur ses modalités de mise en œuvre et sur les configurations du rapport qu’elle établit entre le niveau national et le régional.

En effet, à côté des expérimentations que l’équipe nationale pense, construit et propose de son côté, il existe un nombre important d’outils et d’actions que les coordinations créent et mènent directement également : comment créer des passerelles entre ces dynamiques ?
Bref, la notion d’expérimentation pose la question du rapport entre « verticalité et « horizontalité » du réseau Passeurs d’images : comment reconnaître et valoriser les initiatives directes des coordinations ? Quels instruments d’accompagnement pratique, théorique et financier leur donner ? Comment les évaluer et comment les rendre visibles et donc modélisables pour tout le réseau ? Et de l’autre côté, quelle utilité les expérimentations nationales ont pour les coordinations régionales ? Qu’est-ce qu’elles représentent dans leur quotidien d’éducation aux images, et dans leurs pratiques consolidées ? Comment ces propositions entrent-elles dans leur programmation et impactent leur budget ? Comment les rendre pérennes ?
Une première réponse pratique à ces questions a été trouvée dans l’idée de créer un fonds de dotation à l’échelle nationale, en complément du fond d’expérimentation proprement dit, pour financer et soutenir les projets nés de de façon « spontanée » dans les territoires, c’est-à-dire sur initiative directe des coordinations.
La forme de l’appel à projet pour répondre aux expérimentations lancées par l’équipe nationale a été questionnée, aussi : si on lui reconnaît des aspects négatifs ou critiques (le processus de dépôt de candidatures peut se révéler très chronophage ; certains contraintes ou conditions insérées dans l’appel peuvent faire peur aux coordinations, qui à cause de cela renoncent à postuler etc.), néanmoins de la discussion cette forme ressortent beaucoup d’avis positifs : comme le fait qu’elle pousse à penser autrement, à sortir de sa propre zone de confort pour chercher des nouveaux partenariats ; qu’elle permet aux coordinations de sentir la « température » générale de l’éducation aux images, de connaître les questions les plus importantes et les priorités au niveau national et ministériel ; ou encore le fait qu’elle permet de fédérer véritablement l’action du réseau autour d’une action et d’une réflexion commune, qu’elle contribue véritablement à créer l’unité du réseau et permet d’aller plus loin dans les propositions pédagogiques.
Quant aux critères présents au sein des appels lancés par l’équipe nationale, ça a été reconnu et affirmé que ceux-ci sont à penser plus comme des éléments indicatifs que comme des paramètres excluants, et l’invitation à se mettre toujours en contact avec l’équipe nationale pour avoir des précisions et connaître les conditions d’adaptabilité de ces appels, a été réaffirmée.

 

Centraliser, visibiliser et éditorialiser les expérimentations : Passeurs d’images comme laboratoire permanent de l’éducation aux images

Devant toutes ces instances, ces idées et ces questions, le besoin d’un lieu pour centraliser, visibiliser et éditorialiser (surtout) toutes les expérimentations du réseau (celles nées en réponse aux sollicitations directes de l’équipe nationale, mais aussi celles « spontanées » des coordinations et des territoires) a été affirmé avec conviction.

La plateforme bientôt en ligne pourra répondre à un tel besoin et devenir ce « lieu », en permettant de rassembler et faire circuler l’information des actions et des outils expérimentés par les coordinations, en les éditorialisant.
Cela contribuerait véritablement à faire de Passeurs d’images un laboratoire permanent autour des questions et des pratiques de l’éducation aux images. Un comité ou groupe de travail, créé internement au réseau, formé par quelques membres de l’équipe nationale et de quelques coordinateurs régionaux, pourrait être constitué pour structurer et accompagner annuellement la réflexion de ce laboratoire.
Cette notion de « laboratoire », émergée avec force à la fin de nos discussions en se liant de façon indissociable à celle d’ « expérimentation », a amené notre atelier vers une dernière considération (et souhait) : expérimenter implique la possibilité d’échouer, d’aller en des directions qui dans l’action se révèleront peut-être infructueuses, stériles même. Au niveau du bilan, il faudrait donc être en mesure de valoriser le processus plus que les résultats, la méthode, la réflexion, l’esprit de recherche et la qualité plutôt que les « produits » et la quantité.