:: Videon fait le choix de s’impliquer dans la vie locale d’Evry, notamment par le biais de MozaïkTV. Quel est le principe de cette télévision ?
Notre souhait était de créer une télévision participative. Le niveau optimal de participation est l’implication directe des habitants dans la réalisation des émissions. L’expérience de Télétambores, au Venezuela, nous a inspiré. Télétambores a débuté en faisant appel, non pas à des associations de vidéo, mais à des associations de femmes, d’agriculteurs, etc. Il s’est révélé que ces gens, qui avaient des choses à dire, étaient aussi capables de filmer. Nous avons fait de même à Evry, en proposant à des structures, des maisons de quartier, de tourner leurs propres sujets. Mozaïk TV regroupe en fait une dizaine de micros-télés.
:: Combien d’émissions sont produites par an ?
Nous produisons une émission tous les six mois, ce qui représente déjà beaucoup de travail pour les intéressés. Au cours des réunions de préparations, les gens parlent, écrivent. C’est là que se développe le lien social. Pour la réalisation, nous apportons nos conseils et notre soutien technique. Nous refusons de tourner des reportages clé en main sur les associations, comme le feraient des prestataires de services.
:: Quel est votre mode de diffusion ?
Nous organisons des diffusions publiques et nous donnons des cassettes (et prochainement des DVD) à des personnes qui s’engagent à les montrer à dix de leurs voisins. Susciter l’attention, le commentaire, la réaction, est un autre moyen de faire de la télévision participative. Cela représente 1000 ou 2000 spectateurs, ce qui est conséquent. Notre zone géographique est restreinte et cela nous incite à toucher les spectateurs par tous les moyens : nous voudrions diffuser en hertzien avec Télé Tolbiac, sur le câble d’Evry, et diffusons déjà sur Internet.
:: En êtes-vous satisfait ? Celui-ci représente-t-il un avenir pour la télévision participative ?
Sur Internet, nous avons 500 spectateurs en moyenne par émission. C’est significatif. Internet correspond bien à la logique de rendez-vous des télévisions de proximité. Elles diffusent peu (une heure tous les six mois pour Mozaïk TV), ce qui importe est un travail de fond que la diffusion vient concrétiser. Celle-ci constitue un événement - qui tient un peu du spectacle vivant - et le taux d’audience peut être très supérieur à celui d’une “grande” chaîne. Il est difficile de s’insérer sur une grille de diffusion classique en demandant par exemple une heure par jour. De plus, les créneaux horaires sont stricts : c’est la logique de grille, à laquelle échappe Internet. Au contraire, sur le réseau, si je réalise une émission supplémentaire, il me suffit d’envoyer un mail aux spectateurs pour le signaler. En outre, il n’est pas obligatoire de demander une autorisation préalable de diffusion comme c’est le cas sur les ondes. Le contenu peut être sanctionné seulement à posteriori. Cela offre plus de liberté.
:: Comment jugez-vous le regard des politiques sur les télévisions locales en France ?
Ils la perçoivent d’abord comme un moyen d’expression incontrôlable des citoyens... et il leur faut du temps pour réaliser que cette liberté d’expression existe déjà ! Peu à peu, certains comprennent que la télévision associative peut être un véritable outil leur permettant de travailler main dans la main avec les citoyens, et non plus à la manière de l’Etat Providence. Ils le comprennent surtout s’ils sont confrontés à des problèmes de banlieue ou de désertification rurale, difficiles à gérer. Mais il faut un long travail pédagogique pour expliquer que la télévision associative est un acte de prise en charge des citoyens.
Article extrait de Projections n°4 • Mars - Avril 2003
• Annexe
Un centre de ressources pour les télévisions de proximité
“Dès nos débuts” explique Jean-Michel Cornu, Président de l’association Videon, “nous avons eu besoin de monter un réseau, non pour fédérer les télévisions mais pour apporter des moyens. Ce réseau est devenu un Centre de ressources pour les télévisions de proximité et les Espaces Culture Multimédia (ECM). Il propose des services accessibles en ligne”. Entre autres : une banque d’échanges de programmes multimédias libres de droits sur Internet ; une centrale d’achat pour le matériel ; le bouquet des télévisions de proximité, des informations nombreuses, un laboratoire pour inventer de nouveaux services - le Tomat’lab, etc. Des services que Vidéon propose en collaboration avec Frontier On LIne, un hébergeur sur Internet et Médias-cité, une association pour le développement des logiques non-marchandes.
Videon / Studios
Maison du Village
7, place du Village
91000 Evry
Tél. : 01 60 78 81 05
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