Film du mois : Romanès

Jacques Deschamps
01:15:00
Long métrage
Romanès, c’est d’abord une histoire de famille. Une famille qui a le cirque et la musique dans le sang depuis des décennies. Alexandre Romanès s’appelait Bouglione, jusqu’au jour où il a claqué la porte du grand cirque familial. Vingt ans après, il a épousé Délia Romanès, chanteuse et fille de musiciens tsiganes de Roumanie. Alexandre, sa femme Délia et leurs cinq enfants ont ouvert leurs toiles de chapiteau à la caméra de Jacques Deschamps et nous offrent ainsi un aperçu de leur fabrique de rêves… Entre le songe et le documentaire, à quelques pas de la réalité, Jacques Deschamps nous propose un film riche d’émotions et de joies, véritable pamphlet contre ceux qui pensent la vie en terme de rentabilité.
Agat Films & Cie
France
2011
2013
Film du mois
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Aucun dénominatif ne sera jamais assez fort pour parler d’amour ou de poésie, pour évoquer ce plaisir de jouer un spectacle ou de la musique, pour ouvrir les portes de la simple humanité, sans se prendre la tête. Pourtant, parler de ROMANÈS sans tomber dans les clichés n’est pas chose facile : Roms, Tsiganes, Gitans, Roumains, gens du voyage, cirque, clan, famille,… On pourrait aligner les adjectifs, les « apriorismes » ou les classifications que peu de gens sont réellement capables de comprendre. Après tout, on n’a pas vraiment grand-chose à faire de trouver les bonnes dénominations !! On regarde ce film avec l’empathie du réalisateur qui a visiblement vécu des moments très forts, avec le plaisir d’un enfant qui vibre au son du violon, au rythme de la danse de Délia. Jacques DESCHAMPS nous raconte une très belle histoire, celle d’un groupe qui nous montre que la vie est belle, et qui doit aussi se battre contre la bêtise, celle de la rencontre d’Alexandre et de Délia qui se sont construits un monde ouvert plein de générosité, celle d’un groupe uni prêt à tout pour vivre des moments simples et joyeux, quelle que soit la situation, celle d’une famille qui défend ses enfants, ses cultures, sa dignité. Beaucoup d’articles et de textes ont été écrits pour, par et sur les Romanès. C’est tellement bien de les entendre parler, de les voir vivre, sans fioriture, de voir des enfants épanouis, des artistes chaleureux. La caméra les suit de la Porte Champerret à Shanghai, devant les forêts de micros et dans les instants intimes. Pas de commentaires, seulement quelques questions, et des échanges et des explications que nous donne ce couple attachant, sur une histoire pas comme les autres. Et des phrases qui font mouche ou qui touchent : « Je vois cette fille devant moi : je lui dis qu’est-ce que tu fais ? Elle dit : je fais la misère sur le terrain. Je réponds : est-ce que tu veux faire la misère avec moi ? Elle me regarde bien dans les yeux : oui, … avec toi. J’ai ouvert la porte de la voiture, elle est montée, et on est partis ! », « Je suis le seul Gitan qui faisait de la musique baroque. J’ai beaucoup joué pour le poète Jean Genet, pour elle non », « Elle, elle chante tout le temps », « Sans la musique et le chant, je pense que je n’aurais pas pu vivre avec tout ce que j’ai vécu », « Le cirque (Bouglione) était trop grand, cela devenait inhumain, alors je suis parti », « Un petit cirque est plus poétique qu’un grand ». Il y a la joie de vivre, et puis les tracasseries (si ce n’est plus !). Devant le pavillon roumain de Shanghai, alors qu’on leur refuse l’entrée : « Ils sont antipathiques, Oui, m’enfin il a vu que tu étais tsigane aussi. Ils sont très racistes. ». Et cette « Une » d’un grand hebdomadaire parisien : « Ce qu’on n’ose pas dire, Immigration, Roms, allocations, mensonges,… » illustrée par la photo de la fille d’Alexandre !!! Et de mieux en mieux : « Nous avons appris que (pour les Roumains) l’on nous retirait les autorisations de travail, au moment où l’on représentait la France en Chine (à l’exposition universelle) !! » Si vous avez envie de partager quelques instants de bonheur : allez voir le film ROMANÈS, et allez au spectacle de ROMANÈS, cirque tsigane. Vous y apprendrez que Délia aime rêver avec vous, que sa fille est triste quand il n’y a pas de spectacle, et qu’Alexandre (Bouglione) Romanès est poète, et clown philosophe, sans doute aucun : « Le premier problème, c’est que les Tsiganes sont pauvres, et aujourd’hui dans le monde, on n’a plus le droit d’être pauvre. Le deuxième problème, c’est que l’on est des nomades. Les sédentaires n’ont jamais accepté les nomades. On me pose souvent la question de savoir où est le problème de l’intégration. La partie en nous qui ne veut pas s’intégrer n’est pas un problème pour la République : nos femmes ont des jupes longues (et cela va bientôt vous arriver). On ne recherche pas la réussite sociale. Le sport ne nous intéresse pas, la mode encore moins. On cherche à faire un petit boulot pour avoir à manger demain (Le mot lendemain n’existe pas dans la culture gitane). On ne veut être ni des employés, ni des patrons. On ne va pas prendre les métiers d’avocat, ni de rien. On veut rien. En quoi serions-nous une menace ? » - François CAMPANA
Jacques Deschamps, né en 1956, diplômé de l’IDHEC, a réalisé plus d’une quinzaine de films documentaires, essentiellement pour ARTE (La Ville d’Hugo (1987), Le Regard ébloui (1988), Canova mutilé (1992), La Victoire de Cézanne (2006), ainsi qu’une « fiction documentée », Don Quichotte ou les mésaventures d’un homme en colère, avec Patrick CHESNAIS et Jean BENGUIGUI (2005). Il a écrit et dirigé trois longs métrages de fiction : Méfie-toi de l’eau qui dort, avec Maruschka DETMERS et Robin RENUCCI (1996, prix de la meilleur première œuvre et prix de la Jeunesse au Festival de Venise), La Fille de son père, avec François BERLÉAND et Natacha RÉGNIER (2001), Dinle Neyden (produit et sorti en Turquie, 2008). Il vient de terminer un documentaire, Mograbi Cinema, portrait, rencontre avec le cinéaste israélien Avi MOGRABI. Il prépare actuellement son prochain long métrage, Orient-Extrême.

« Jacques Deschamps s’est glissé sous le petit chapiteau du Cirque tsigane, dirigé par Alexandre Romanès, ancien du clan Bouglione. Lorsqu’il capte coulisses et numéros acrobatiques, son documentaire est joliment poétique. Lorsqu’il évoque la condition des Tsiganes - en 2010, des musiciens de la troupe avaient été privés de permis de travail —, son film devient politique. Et utile. »
(Nicolas Didier - Télérama)

« Au fil des images, on sent bien comment, abandonnant toute distance, Jacques Deschamps est tombé amoureux de son sujet. Comment lui en vouloir ? »
(Didier Méreuze – La Croix)

« Le réalisateur Jacques Deschamps porte un regard amoureux sur le petit monde des Romanès. »
(Jean-Claude Raspiengeas – La Croix)

« Sans tabou ni emphase, les préjugés autour des Tsiganes disparaissent. Le dialogue s’installe et on se laisse porter par la vie d’une famille attachante et courageuse qui, même si elle vend du rêve, se bat pour la reconnaissance de ses droits. Passionnant. »
(Clément Sautet – Studio Ciné Live)

« Le réalisateur suit le clan Romanès jusqu’en Chine (…) leur vie quotidienne est un spectacle, la profondeur de champs est savoureuse. »
(La rédaction du Canard Enchaîné)

« Traité sur le mode de la chronique brute et nomade, à l’image de son sujet, et ponctué d’interventions hors champ du réalisateur, ce documentaire saisit différents instants de vie d’un cirque hors du commun. Modeste dans ses moyens et pauvre dans sa réalisation, ce film a le mérite de contribuer à lever les apriorismes, encore bien ancrés en France, relatifs à la communauté tsigane. »
(Sandrine Marques – Le Monde)

« Sans jamais basculer dans le folklore, Jacques Deschamps ouvre une fenêtre sur l’intimité des « émissaires » de la culture gitane en France et accompagne le quotidien de leur petit cirque, installé porte de Champerret. Son regard tendre, légèrement en retrait, parvient à restituer un fragment de l’âme tsigane. Poétique et didactique. »
(Clara Guislain – Première)

Hevadis Films