DCLV : Réplique

Antoine Giorgini
00:19:00
Court métrage
fiction
comédie
Aujourd’hui, Tony, doit passer une audition pour l’entrée au conservatoire, section art dramatique. Mais son ami Steven, censé lui donner la réplique, n’est pas là. Après avoir échoué à lui trouver un remplaçant, Tony quitte les lieux, déterminé à ne plus jamais adresser la parole au traître.
Eddy Suiveng, Tobias Nuytten, Fabrizio Rongione, Julia Ferrand
Scénario : Antoine Giorgini / Image : Thomas Bataille / Son : Matthieu Roche / Décors : Anthony Tochon / Musique : Richard Rosefort / Montage : Cyril Slobodzian
Première Ligne Films
France
2015
DCLV
2017
VF
Réalisé par Antoine Giorgini, Réplique met en scène une sensibilité rebelle (Tony) rappelant les adolescents du cinéma de Ken Loach qui, à travers son insolite rencontre avec l’idéal de beauté shakespearien, s’invente un possible culturel susceptible de lui permettre d’échapper aux déterministes de classe et de se « produire », d’apparaître comme autre. En venant d’un quartier périphérique de Tours pour s’aventurer jusque dans l’enceinte du conservatoire d’art dramatique de sa ville afin d’y passer une audition, Tony transgresse les frontières symboliques qui informent et gouvernent les imaginaires de classe. Il fait irruption au sein d’un univers culturel qui s’impose à lui comme un véritable hors-champ, un ailleurs rompant avec son environnement quotidien. Face aux autres postulants qu’il croise sur les lieux de l’audition, cette présence insoumise apparaît comme le dissemblable, le corps même d’une altérité sociale qui détonne en n’adoptant pas les codes de conduite appropriés. Tony reste une destinée irrégulière dont l’indiscipline, le tempérament et les « habitus » de classe forment autant d’obstacles et d’écueils contrariant sa quête. Son incapacité à contrôler ses émotions, son impulsivité et ses emportements entravent ainsi ses aspirations d’ailleurs et finissent inexorablement par se retourner contre lui. Épicentre du récit, il n’en demeure pas moins voué à l’isolement et ne peut compter que sur lui-même et son ami Steven dont l’absence, alors qu’il est censé venir lui donner la réplique lors de son audition, est ressentie comme un abandon et une profonde trahison. Renonçant aux impasses condescendantes d’un point de vue qui surplomberait son sujet, le film évite les méandres de la bonne conscience idéalisante et livre le portrait probant d’une sensibilité à fleur de peau à laquelle ne manque que l’occasion de révéler l’étendue de sa richesse singulière, la profondeur de ses virtualités propres. In fine, c’est lors de l’insolite dénouement du récit et sous le regard d’un représentant de la loi qui ne l’identifie qu’à l’aune de son casier judiciaire, que Tony accompagné de son ami livrera sa saisissante interprétation d’une scène de La Tempête, l’une des pièces de Shakespeare. En s’y révélant comme autre, les deux personnages parviennent à momentanément s’affranchir d’un mauvais sort qui semble peser sur leur destinée et s’affirment comme la demeure de possibles dont l’existence leur était déniée par celui-là même qui les écoute. Entraînés par leur complicité et la puissance d’un texte dont ils s’approprient magistralement la charge émotionnelle, Tony et Steven stupéfient leur auditeur. Ils lui offrent le spectacle d’un insoupçonné qui détonne avec l’imaginaire étriqué qui façonne la représentation dominante des jeunes des quartiers populaires et conditionne bien souvent l’appréciation qu’ils développent d’eux-mêmes. - Jean-Marc Génuite
Palmarès || 2016 : Clermont-Ferrand « Festival International du Court Métrage » Prix d’interprétation masculine / Montluçon « Festival Ciné en herbe » Prix de la Ville / Bruxelles « Short Film Festival » Prix du Public, Prix de la Trois, Mention spéciale du Jury / Kiev « International Short Film Festival » Grand Prix, Prix du Public - Sélections || 2016 : Rouen « Festival Courtivore » / Ankara « International Film Festival »
Films passerelles : Belle gueule ; Tombés du nid