DCLV : Pieds verts

Elsa Duhamel
00:04:10
Court métrage
animation
Jeanine et Alain, français dʼorigine algérienne, vivent dans le nord de la France où ils ont créé un jardin méditerranéen.
Avec les voix de Jeanine Sylvano, Alain Sylvano
Scénario : Elsa Duhamel / Image : Elsa Duhamel / Montage : Camille Maury / Musique : Yan Volsy / Animation : Elsa Duhamel, Jean Bouthors / Son : Yan Volsy, Daniel Gries
La poudrière
France
2012
DCLV
2016
VF
Filmographie || Rosette de printemps (2014) / Chemin d'eau pour un poisson (Chef Décoratrice) (2014) / Le vagabond de Saint-Marcel (Décoratrice) (2013) / Camus (2012) / Françoise (2010)
Ce film d’animation utilise une forme singulière pour nous montrer et nous faire entendre le récit d’un couple, Jeanine et Alain, ayant dû quitter l’Algérie au début des années 1960 et s’installer dans le Nord de la France. La cinéaste mêle adroitement une source sonore enregistrée auprès d’un couple et des images qu’elle dessine et qui font liens avec les propos recueillis. Elsa Duhamel s’inspire de la forme documentaire en composant un film où les voix racontent, se souviennent et font office d’imprégnation dans le réel (par leur ancrage dans le présent) alors que l’animation répond au besoin qu’ont les personnages d’un ailleurs et d’un avant, confrontant leurs souvenirs algériens dessinés à leur réalité racontée dans le Nord. Sur ce mélange animation et voix enregistrée, la cinéaste explique : « Le premier avantage d’avoir une image animée et du son direct, c’est que justement on peut couper dans le récit oral en toute liberté. On peut ainsi calculer : l’ordre des phrases, l’alternance entre les personnages, mais aussi le rythme de la voix, les silences, les respirations… » En plus des voix, la sensation du quotidien se fait entendre par l’utilisation de sons provenant du jardin (pluie, goutte, pas dans la terre, etc.) qui là encore incarne le monde habité physiquement par Jeanine et Alain. Interviennent également des ouvertures vers ce passé algérien par le biais de la musique (des mélodies maghrébines), des bruitages ou encore un extrait du fameux discours de De Gaulle prononcé en septembre 1959 sur l’autodétermination algérienne. C’est bien la grande histoire qui a balayé leur enfance. Différemment l’un de l’autre (les deux époux n’énoncent pas tout à fait la même nostalgie de ce temps de leur enfance et de la découverte des sensations), ils conservent de cette période une place dans leur quotidien. L’attention qu’ils portent à la nouvelle terre qui les accueille, en aménageant un petit jardin méditerranéen, fait écho à leur attachement à cette époque de leur vie ; leurs confidences orales passent par le filtre de l’enfance. Les images empreintes de nostalgie agissent comme un voile couvrant la parole, et nous incitent à accepter les mutations et les transitions qu’ont vécu ces personnages. Ce rapport aux changements, à la métamorphose correspond exactement aux enjeux et aux spécificités du cinéma d’animation qui favorise glissement (d’un lieu à l’autre), perturbation (d’un référent à l’autre), modification (d’un temps à l’autre). Ce maillage affectif, spatial, temporel dans lequel vivent les personnages se nourrit de l’utilisation de l’animation. Un travail graphique sur les couleurs confirme cette sensation d’instabilité des émotions ressenties par les personnages : la transparence des encres, le traitement de la lumière, marquent un passage, comme celui géographique et affectif des personnages. Le couple de Pieds verts (expression unissant judicieusement leur statut de Pieds Noirs et de personnages à la main verte) pourrait reprendre la phrase de Chris Marker dans son film L’Ambassade (1974) : « On s'imagine parler d'ailleurs en parlant d'avant ». - Sébastien Ronceray
2013 : Altkirch « Festival international du film » Prix spécial du jury pour l'animation / St Paul Trois Châteaux « Festival du film » Prix du meilleur film d'animation
Films passerelles : La matelassière ; Guy Moquet ; La maison de poussière ; Chat