DCLV : Molii

Mourad Boudaoud, Carine May, Yassine Qnia, Hakim Zouhani
00:14:00
Court métrage
fiction
comédie
Tous publics
Steve a la vingtaine bien tassée. Ce soir-là, il doit remplacer son père, gardien de la piscine municipale. Tout se passe comme prévu, jusquʼau moment où le jeune homme entend des bruits inhabituels.
Steve Tientcheu, David Istifan, Samuel Istifan, Salomon Istifan, Marcel Mendy, Smaïl Chaalane
Scénario : Mourad Boudaoud, Carine May, Yassine Qnia, Hakim Zouhani / Image : Elie Gérard / Son : Clément Maléo, Samuel Aichoun
Les Films du Worso
France
2013
DCLV
2016
VF
[Voir l'entretien avec Carine May et Hakim Zouhani lors du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2014->https://youtu.be/nM4L-QKTWR0]
Sur un ton à la fois ludique et acide, ce court-métrage narre la rencontre entre le monde des adultes (travail, responsabilité, contrôle) et celui des enfants (marqué par la solidarité, l’audace et l’irrévérence). Molii a été réalisé par quatre personnes, habituées à travailler ensemble sur les films des uns et des autres, en tant que producteur, scénariste, ou réalisateur. Cela donne au film une forme très découpée, où les espaces semblent se démultiplier évoquant un territoire labyrinthique où se déroule cette course poursuite immobile. Le personnage principal, Steve, est un jeune homme un peu perdu entre responsabilités nouvelles (première soirée de travail) et envie de bien faire pour satisfaire son père. Il doit gérer une situation incongrue : l’envahissement de son espace de travail par une bande d’enfants vraisemblablement familiers de ce genre d’occupations illicites du territoire et qui se serre les coudes face à l’autorité qu’il représente. Ils savent y circuler et en connaissent toutes les particularités et recoins, alors que lui le découvre et n’y a pas de repères (d’autant qu’il y est potentiellement en danger puisqu’il ne sait pas nager). Ce déséquilibre entre leurs connaissances réciproques des lieux entraîne ces personnages dans un jeu de chat et de souris, d’où Steve sortira sans gloire : à la fin, il se retrouve flottant au milieu de la piscine sans capacité de réagir. Molii joue sur l'empathie du spectateur pour Steve. Il veut faire de son mieux, mais les gamins, enfants malicieux comme des Gremlins (qu’il ne faut pas mettre dans l’eau après minuit…) transgressent les règles. Se jouant de l’obscurité, du danger, de la crainte qu’a Steve du « milieu aquatique profond standardisé » où il travaille, ils le provoquent dans ce labyrinthe inquiétant où ils semblent se démultiplier. Incompréhensibles (ils parlent une langue qu’il ne comprend pas, mais ils saisissent toutefois ses injonctions), ils savent très bien s’entendre entre eux pour affronter celui qui veille sur la piscine, dépassé par leur énergie et leur fraternité. Fuites, négociations, attaques frontales à coup de sabres (en mousse), ils cherchent toutes les solutions pour lui échapper. Ils se sont infiltrés dans ce lieu qui n’est pas fait pour eux puisqu’ils sont pauvres, viennent d’un pays étranger, portent en eux un sentiment de défiance sociale, économique et raciale. Cette opposition sociale est aussi d’une certaine manière historique : lui, le gardien noir issu d'une longue histoire faite d'esclavage, de colonisation, de tentative d’intégration, face à ceux qui représentent une nouvelle forme d’inquiétude, venus des marges appauvries de l’Europe. Le terme même de molii, mot roumain, signifie en français « miter » : ces enfants mitent littéralement l’espace de la piscine, et peut-être aussi, l’histoire des migrations en France (proposition en tout cas revendiquée par les cinéastes, qui voient dans la piscine une allégorie invitant à aller au-delà de la surface, et à plonger dans ce qui se passe autour de nous). - Sébastien Ronceray
2014 : Clermont-Ferrand « Festival International du court métrage » Prix Spécial du Jury / Paris « Semaine du Cinéma de Sciences Po - Festival du Jeune Cinéma Européen » Prix Renard de Bronze / Corte « Nuits Méditerranéennes » Grand Prix / Ile Saint-Denis « Festival Le Court Nous Tient » 1er Prix / Bourg-en-Bresse « Festival Apéro Ciné » Zoom d'or / Ouroux-en-Morvan « Festival Partie(s) de Campagne » Prix du Jury Jeune
Films passerelles : Espace ; Guy Moquet ; Trompe l’œil