DCLV : Manque de preuves

Hayoun Kwon
00:10:00
Court métrage
animation, docufiction
Tous publics
Chez les Nigériens, “être jumeaux” peut signifier une bénédiction ou une malédiction. Un jour, le père d’Oscar a tenté, lors d’une fête, de tuer ses deux fils : Oscar a réussi à s’échapper, mais a assisté au meurtre de son frère. Après s’être enfui, il a réussi, par chance, à sortir du Nigéria et à s’exiler en France.
Scénario : Hayoun Kwon Image : Guillaume Brault, Oh Eun Lee Montage : Hayoun Kwon, Oh Eun Lee Musique : Robin Rimbaud Animation : Oh Eun Lee Décors : Hayoun Kwon Effets spéciaux : Karim Touzene Son : Hayoun Kwon, Rémi Mencucci, Simon Apostolou Textes : Hayoun Kwon Voix Off : Christiane Cavallin Carlut
Le Fresnoy
France
2011
DCLV
2014
VF
Oscar a quitté le Nigeria pour la France. N’ayant pour faire valoir sa demande d’asile que son propre témoignage à propos des raisons qui l’ont amené à quitter son pays et des persécutions qu’il serait susceptible d’encourir en cas de retour, il a été jugé sur parole, non pas donc sur la vérité des faits mais sur leur vraisemblance, et a finalement été débouté de sa requête. De par sa nature photographique, qui en fait un art de la trace, le cinéma a toujours eu maille à partir avec les apparences dans lesquelles se drape la réalité. Et il n’est de ce fait pas étonnant de constater que nombre de films se confrontent aux limites du visible et de l’audible, à ce point particulier où un gouffre semble parfois s’ouvrir entre le monde tel qu’il nous parait et le monde tel qu’il est, ce moment d’étonnement dans le développement de chaque enfant dont parle Johan van der Keuken*, où l’enfant se demande « si le rouge qu’il voit est bien rouge, si le monde, le monde objectif, est bien ce qu’il perçoit ». Cette tension entre la réalité des faits et la manière dont on a de les dire, cette tension entre une supposée vérité et la parole (ou l’image) qui en rend compte est au cœur du dispositif que nous propose Manque de preuve. Filmé en plan séquence (trois plans en fait, raccordés discrètement en fondu), dans le flux d’une lecture dont on garde l’amorce comme pour mettre en abyme la notion de preuve et de véracité de parole, le témoignage rapporté d’Oscar est confronté à la reconstitution virtuelle des lieux évoqués. Mais la réalisatrice les met en scène comme un théâtre vide, perdant peu à peu de sa chair, les textures laissant bientôt place aux structures filaires en trois dimensions : la réalité n’est jamais un donné, mais une construction – notre construction - toujours en devenir, toujours à peupler, un millefeuille entrelaçant le nécessaire à l’arbitraire, les rapports de pouvoir, le donné matériel, les désirs, les peurs… Oscar dit-il la vérité ? Le film ne tranche pas, il soulève seulement des questions. La justice, le pouvoir décident de ce qui est réel et ce qui ne l’est pas et le cinéma vient questionner cette frontière, toujours mouvante, toujours floue pour rendre le monde à sa plasticité et témoigner de l’homme qui, dans le flou d’un arrière-plan, cherche à y tracer un sillage. - Bartlomiej Woznica
2012 : Paris « Festival Cinéma et droits humains » : Mention Spéciale du Jury Toronto « Reel Asian International Film Festival » : Prix du Jury du Meilleur film court Lille « Festival International du Court Métrage » : Prix du Meilleur documentaire Chypre « International Short Film Festival » Mention Spéciale Wroklaw « New Horizons International Film Festival » : Prix du Meilleur documentaire St Jacques de Compostelle « Festival Curtocircuito » : Mention Jury Jeunes Paris Prix Scam de l’Oeuvre d’art numérique Osnabrück « Festival Européen Media Art » : Prix EMAF Ann Arbor « Ann Arbor Film Festival » : Prix Ken Burns 2011 : Zagreb « 25 FPS International Experimental Film and Video Festival » : Grand Prix
Film passerelle : Edmond était un âne ; Babel ; Le dimanche de la mamma ; Le poirier