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Dispositif d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques. Un regroupement de coordinations locales (près de 400), régionales (27) et nationale (1), de partenaires nationaux et régionaux, de collectivités territoriales, de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’associations...

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Les processus de socialisation des médias

par Divina Frau-Meigs - Transcription par Alain Monrigal

Divina Frau-Meigs est enseignante à l’Université Paris III et experte de la commission française pour l’UNESCO.

J’enseigne la sociologie des médias à l’université de la Sorbonne Nouvelle et ma recherche porte sur les contenus et les comportements à risque et leurs conséquences sociétales. Je termine actuellement un ouvrage où je tente de dégager une nouvelle théorie des médias sous l’angle de la socialisation et cette recherche a pour but d’apporter des réponses aux spécificités françaises. En effet, pour avoir étudié aux Etats-Unis, j’en suis maintenant arrivée à la conclusion que la conception de l’éducation aux médias basée sur les effets induits par ces médias n’est plus très pertinente même s’il est vrai que ces effets existent et que les jeunes, dans leurs représentations et surtout si l’on considère leur culture propre, sont influencés par ceux-ci (…).

Certains chercheurs, en France, ne se satisfont donc pas de ces approches théoriques, qu’ils considèrent comme incomplètes, et cherchent une autre voie pour appréhender l’éducation aux médias. Ils ne veulent pas se focaliser que sur les images ou sur les textes mais cherchent au contraire à étendre plus largement l’éventail de la recherche en s’intéressant à ce qui se passe entre les producteurs de contenus et leurs utilisateurs. Ils prennent aussi en compte le fait que les images ne sont jamais consommées hors d’un contexte donné (que ce soit à la maison, dans une chambre ou ailleurs). Enfin, ces chercheurs ne parlent pas d’usages ou d’effets mais de compétences et leur interrogation porte sur les compétences nécessaires.

J’essaie donc de développer cette façon de concevoir l’éducation aux médias en France et j’ai créé un cursus de Master sur l’ingénierie du e-learning s’appuyant sur l’apprentissage par correspondance et tout au long de la vie. Nous aurons bientôt une nouvelle discipline, "l’ingénierie de la production des médias", axée sur l’éducation aux médias et aux processus de socialisation des médias.

Comment cela se passe-t-il concrètement au niveau de l’Europe ? Je suis une spécialiste de l’éducation aux médias, mon action est ancrée dans ma pratique de l’enseignement et de la recherche et je ne veux surtout pas que mes recherches universitaires se retrouvent détachées de la vie réelle et du monde réel. Voilà pourquoi je mène ma réflexion en interaction avec tous les niveaux institutionnels possibles, au niveau local ou avec le gouvernement français, par exemple, comme au niveau européen ou à celui, beaucoup plus étendu, de l’UNESCO – où je travaille –, sans compter cet autre acteur émergeant que l’ONU a baptisé L’Alliance des civilisations. J’essaie donc en lien avec d’autres, de soutenir et de développer un concept de l’éducation aux médias que l’on puisse partager et qui fasse consensus. Nous espérons vraiment tous que l’éducation aux médias ne se cantonnera pas aux seuls cercles des spécialistes et des gens concernés mais qu’elle parviendra à interpeller les politiques ; or pour y arriver, il faut obligatoirement faire du lobbying, c’est-à-dire qu’il faut d’abord avoir un discours qui soit cohérent afin de pouvoir ensuite faire du lobbying en s’appuyant sur celui-ci.

En tant que propagandiste de l’éducation aux médias, j’essaie quant à moi de " vendre " ce que j’appelle les " six C ", ils sont faciles à retenir et je sais d’expérience qu’il faut être le plus concis possible si l’on veut espérer que les décideurs à qui l’ont à affaire puissent y comprendre quelque chose. Ces " six C " font référence aux compétences de base qui sont requises dans l’éducation aux médias. Le premier " C " correspond à la Compréhension, nécessaire pour que les jeunes et les moins jeunes engagés dans ce processus d’éducation aux médias et à l’image comprennent par eux-mêmes de quoi il s’agit réellement ; le deuxième " C " touche à la pensée Critique et le troisième à la Créativité par laquelle on cherche à réaliser ses propres idées, ses propres images.

Les trois derniers " C " ne touchent pas autant que les trois premiers à ce processus de socialisation des médias. La Communication transculturelle en Europe est fondamentale et le dialogue interculturel n’est pas un vain mot. Nous en avons besoin. Dans mon programme de Master, j’ai intitulé cet aspect essentiel " Intercompréhension ", car il ne s’agit pas seulement de bien parler la langue des autres mais davantage de comprendre les bases de leurs propres façons de communiquer et celles à partir desquelles nous communiquons en général. Le langage ne vient, en fait, que dans un second temps et ne doit pas constituer un frein à une première rencontre entre personnes qui ne parlent pas le même langage.

Le cinquième " C " concerne la Citoyenneté et celle-ci repose en Europe sur quelque chose de très particulier, à savoir les droits de l’homme (c’est dans ce sens-là que je travaille avec le Conseil européen et la Commission européenne).

Le dernier " C " est l’initiale de Consommation (et il faut reconnaître que nous avons tendance, en France, à trop vouloir la superviser), ce simple fait d’être un consommateur mais dans toutes les nombreuses dimensions que peut prendre ce mot comme le droit à avoir un service après que le bien ait été acheté, le droit de ne pas être satisfait de cet achat, celui de pouvoir en débattre, de s’indigner, d’en parler, de voir la suite de ce qui est proposé, et les jeunes sont ainsi très en demande de ce droit de connaître les suites d’affaires dont on ne traite plus quand l’événement n’est plus d’actualité (que s’est-il, par exemple, réellement passé à Columbine, aux Etats-Unis, ou dans cette autre école en Russie, etc.). N’est-il pas possible de revenir sur ce type d’événements, car s’ils appartiennent au passé, ils n’en restent pas moins qu’ils continuent d’avoir des effets sur les citoyens ?

C’est pour tout cela que nous nous battons et afin d’obtenir tout d’abord la création d’un programme d’études de base qui soit modulaire. Ensuite, pour dépasser le seul cercle des spécialistes et des militants culturels, il est nécessaire d’aller frapper aux portes des politiques pour que ce soit enfin les enseignants et la formation de ces enseignants qui soient pris en compte. Tout le monde parle en ce moment de développer enfin des programmes d’études européens et le Programme Pestalozzi, qui vise au perfectionnement des enseignants au niveau européen, est l’un des programmes phares du Conseil de l’Europe.

Des matériaux pédagogiques modulaires ont été développés – ils tournent tous autour de ces " six C " dont je viens de parler – par les secteurs de l’éducation, et c’est une vraie surprise dans le sens où les ministres de l’Éducation de ces pays ont dû tous battre en retraite sur ces thèmes. L’élan est venu des secteurs de la culture et de l’industrie, et à un niveau local car les ministères et les autorités générales en matière d’éducation ont pour le moins considéré ces initiatives avec beaucoup de retenue. La France est peut-être à mettre à part, parce que nous avons eu ici, et depuis un certain temps déjà, le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (le Clemi) mais il est de toute façon très difficile de faire admettre l’éducation aux médias au rang des compétences habituelles qu’un élève doit acquérir, et nous n’y sommes parvenus qu’en 2007. Voilà pourquoi c’est ailleurs, dans le domaine culturel et dans l’industrie, qu’il faut chercher où se trouve l’éducation aux médias. Au niveau européen, c’est au niveau des départements s’occupant d’information et de e-learning qu’il faut en chercher la trace et nous la voyons maintenant s’inviter dans le concert de l’éducation au sens général.

Cette évolution est vraiment des plus intéressantes. La division des Droits de l’homme au Conseil de l’Europe a ainsi publié un très intéressant Manuel sur l’Internet, qui existe maintenant en 46 langues. Je ne vais pas m’attarder sur tout ce que le Conseil a pu faire car Evelyne Bévort va y consacrer une grande partie de ce qu’elle va vous dire après moi, mais je voulais avant tout vous montrer qu’une nouvelle stratégie se dessine et que des regroupements inédits sont en train de se faire qui cherchent à rassembler des compétences diverses pour faire des films, par exemple. Cela a toujours été l’un des rôles principaux de l’Unesco qui a toujours promu l’éducation aux médias et c’est un retour aux sources de la Déclaration de Grünwald de 1982 sur l’importance de cette éducation. L’Unesco est soutenue en ce sens par la Commission nationale française, et avec la personne qui pilote cette Commission, Evelyne Bévort et l’Unesco, nous avons donc tenté de donner une suite à cette Déclaration de Grünwald. Plus de vingt-cinq ans après, il est grand temps de défricher les voies à suivre pour l’avenir et c’est dans ce sens que nous avons proposé douze propositions, en accord avec cette Commission française, qui reprennent quelques-unes des choses que je viens de vous dire, comme le rôle des chercheurs, le rôle des compétences, l’importance d’entretenir et de développer des relations internationales pour se soutenir mutuellement, etc.

Il est évident que l’Unesco permet d’avoir de la visibilité dans ce que je fais, d’être en relations étroites avec les Droits de l’homme à l’échelle internationale parce que tous ces domaines sont étroitement liés, évidemment, à la liberté d’expression, aux droits de la propriété intellectuelle, et aux problèmes liés à la privatisation. Tout ce qui fait problème actuellement dans nos sociétés n’est pas vraiment pensé et les jeunes n’y comprennent rien du tout. Enfin, cette éducation est essentielle – et je crois que nous sommes nombreux ici à le penser – parce que, dans ce monde de la culture du choc des civilisations, cette éducation pourrait bien être la solution pour que les gens se retrouvent et que l’on puisse créer de la cohésion sociale et cultiver la paix.

J’en viens ainsi tout naturellement à cet autre acteur, car il est représentatif de cet état d’esprit : l’Alliance des civilisations. Cet organisme a été créé par un ancien directeur de l’Unesco, en réaction aux déclarations de George Bush sur " le choc des civilisations ". Il s’est donné trois axes majeurs : l’éducation aux médias, le dialogue entre les cultures, et tout particulièrement entre les entités religieuses, et la réflexion sur le journalisme en temps de crise, car les médias ne sont pas que des éducateurs ; ils sont aussi l’un des acteurs principaux lors des conflits et peuvent donc avoir un rôle dans leur résolution.

Nous découvrons ainsi ce septième " C " que je gardais pour la fin de mon intervention : la résolution des Conflits.

Divina Frau-Meigs - Transcription par Alain Monrigal
Intervention extraite de la conférence-débat "L’éducation à l’image et aux médias en Europe"
REJI (26 novembre 2008, Paris)



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