DCLV : Le p’tit bal

Philippe Découflé
00:04:00
Court métrage
fiction
Tous publics
Sur une chanson de Robert Nyel et Gaby Verlor, interprétée par Bourvil, "C'était bien", un couple se communique toute l'émotion de son amour dans un langage dérivé de la langue des signes.
Pascale Houbin, Annie Lacour, Philippe Découflé
Image : Michel Amathieu Montage : Alain Carsoux Montage : Nini Ranaivoarivony Musique : Gaby Verlor, Robert Nyel
Oïbo
France
1993
DCLV
2015
VF
[Voir la fiche du film sur le site de l’Agence du court métrage->http://www.agencecm.com/radi/fiche.php?film_id=200005519&=0]
La chanson C’était bien narre sur un ton nostalgique, au son de l’accordéon, les aventures sentimentales d’un couple lors d’un bal où ils dansèrent au milieu des gravats, juste après la guerre. Écrite en 1961, Bourvil la popularisa. Au début, les paroles dissimulent le vrai narrateur de cette histoire, mais dans le dernier refrain un « on était heureux », substituant le « ils étaient heureux » du début, nous indique que le chanteur est le protagoniste de ce court récit. Au lieu de le figurer avec un acteur dansant, le chorégraphe Philippe Decouflé, réalisateur et acteur du film (il en a réalisé une dizaine d’autres), opte pour la mise en scène gestuelle des paroles. Attablé aux côtés de sa complice Pascale Houbin, ils vont ensemble interpréter autrement, à la manière d’un rébus, la célèbre chanson. Decouflé perturbe la forme « clipesque » à laquelle nous pourrions nous attendre : la chanson donne bien sa continuité à la narration, et sa durée au film, autant l’interprétation de Decouflé et Houbin (scandée par de courts plans sur l’accordéoniste Annie Lacour) ajoute une sensation de redite étrangement décalée entre gestes et paroles. En jouant avec les homophonies, ils inventent un autre langage fait de postures, de grimaces, en lien avec la chanson, à la manière d’une langue des signes. Si certaines des homophonies sont évidentes (le « nom » qui devient un non de la tête, le « bal » se change en balle), d'autres sont plus recherchées (« qui s'appelait » devient successivement « ça pelait », des pelles de tailles différentes, un téléphone sonnant et une bouteille de lait, une grimace pour "s'appeLAID"...). Transformant le sens générique des mots, ils incitent à nous concentrer non plus seulement sur le texte de la chanson mais sur les émotions nouvelles et décalées que leur mouvement lui donne. L'ensemble est ludique, accentué par de brefs effets sonores : bruits de doigts tapotant sur la table, onomatopées, frottements. Visuellement, les deux danseurs sont filmés soit en duo, soit en solo, selon le rythme des paroles. Le paysage de champ d’herbes hautes ajoute au côté intemporel du film. Certaines images sont filmées en vitesse accélérée, soutenant l’idée que le temps passe inexorablement : les herbes semblent flotter, les gestes se font plus rapides, ceci afin de renforcer une impression de précision que nous ressentons venant de la part des interprètes. Certes ils s’amusent, mais avec beaucoup de concentration, pour exécuter cette chorégraphie minimaliste de la manière la plus précise possible. Philippe Decouflé, en distinguant langage des mots et du corps, transforme, grâce à une gestuelle chorégraphique, une chanson mélancolique en une œuvre burlesque, non dénuée d'émotions. - Sébastien Ronceray
1996 : « Syndicat Français de la Critique de Cinéma » : Prix Novaïs-Teixeira 1995 : Tampere « Festival international du film court » : Prix spécial du jury Meudon « Festival du court métrage d'humour » : Prix spécial du Jury Genève « Rencontres Internationales du Film » : Prix du public 1994 : Lyon « Festival IMZ Opéra de Lyon » : Meilleur film chorégraphique Riccione « Festival TTVV » : Mention spéciale Villeurbanne « Festival du film court » : Mention spéciale
Films passerelles : Plastic and Glass, Barres