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LA CITOYENNETÉ EST UNE DYNAMIQUE

« L’injonction participative », cette demande unilatérale et méprisante faite aux pauvres de se comporter en citoyens, sans leur donner la possibilité de débattre sur le fonctionnement des institutions d’un côté. « Le repli identitaire » de l’autre. Ces dangers guettent les jeunes citoyens que nous sommes tous. Vive donc « La République des images » dont le réseau des Passeurs d’images se doit d’être le fleuron.

Elle mobilise l’individu et le collectif dans un mouvement perpétuel, elle s’inscrit dans le questionnement personnel et le rapport aux autres pour permettre ce fameux « vivre ensemble » et en accompagner les problématiques, entre l’injonction participative et la lutte contre le repli identitaire.
Confronté à la bestiale ignorance et à la folie sectaire d’une idéologie dégénérative, notre société, hébétée, cherche son chemin, entre la force tranquille des manifestations de janvier 2016 et le doute nécessaire à l’exercice démocratique, entre la préservation des libertés publiques qui nous sont chères et la sécurité nationale d’un état d’urgence s’installant durablement dans notre paysage social.
Ce questionnement est omniprésent, dans nos villes, sur nos écrans, dans nos postes de radio et bien sûr, sur les territoires, ou les français, jours après jours, fabriquent la France.
Les images, quotidiennement, exposent les fractures, exacerbent les postures quand elles ne relaient pas, complaisamment, les impostures. Notre univers est troublé par ces représentations qui bouleversent nos habitudes et laissent apparaitre ce qui paraissait acquis comme soudainement très fragile.
La nocivité de certaines impostures développant conspirationnisme et relativisme gratuit, intolérance et discriminations, s’accompagne d’une viralité extrêmement dangereuse. Ces messages, agressifs et destructeurs, portés par des images fabriquées spécialement et omniprésentes via les réseaux sociaux, impactent fortement les représentations de notre jeunesse, ébranlant le contrat social cher à Jean-Jacques Rousseau, l’autre nom du « vivre ensemble », seule base fiable d’une vie démocratique vivante et harmonieuse.

Le réseau des « Passeurs d’images », en lien avec l’ensemble des acteurs territoriaux de proximité, est aux premières loges en ce domaine. Sur les territoires de la politique de la ville ou en secteur rural, les « Passeurs d’images » sont au contact des populations, fabriquent, exposent et discutent des images avec les citoyens, jeunes et moins jeunes depuis 25 ans.

Cette dynamique d’éducation à l’image et par l’image, largement partagée avec les acteurs de l’éducation de la jeunesse comme avec ceux de l’éducation populaire est soutenue dans notre pays par des pouvoirs publics conscients de contribuer à former ainsi les citoyens de demain.
Mais ce travail doit être renforcé car la menace est précise, elle s’installe et installe dans nos paysages communs des représentations qui sapent les fondements de notre société, ébranlent nos convictions et entretiennent les défiances sur lesquelles se fabrique des clivages durables.
Pour les « Passeurs d’images », une réponse s’imposait, capable de renforcer les démarches d’éducation à l’image et à la citoyenneté destinées notamment aux jeunes spectateurs et aux jeunes réalisateurs des film inscrits dans ce dispositif. Une réponse éducative, favorisant le libre-arbitre par le débat contradictoire, par l’exercice d’un regard critique, accompagné par des professionnels.

Pour les « Passeurs d’images », il s’agit tout simplement d’armer les jeunes et de les outiller face au monde surmédiatisé dans lequel ils vivent. Il s’agit d’outiller les réseaux éducatifs et de proximités en contenus non institutionnels à haute valeur ajoutée.

IL S’AGIT, TOUT SIMPLEMENT, DE DÉVELOPPER « LA RÉPUBLIQUE DES IMAGES ».

Car c’est ainsi que se nomme la démarche entreprise par les acteurs du réseau. Cette démarche, ce programme, soutenu par le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, veut favoriser et qualifier l’expression des populations sur les questions de citoyenneté, sur la laïcité et sur les valeurs de la République.

La République des images doit permettre, par une éducation active, de favoriser l’initiative directe et l’implication personnelle des jeunes pour produire leur propre discours issu du terrain, qualifiés pour être largement diffusables sur les réseaux sociaux, de manière à produire un contre discours aux contenus clivant, négationnistes, relativistes, largement présents actuellement.

Il s’agit de mieux résister aux manipulations par l’image, aux images erronées, aux rumeurs, au « conspirationnisme » et autres théories du complot, de promouvoir l’esprit critique et le libre arbitre, meilleurs garants contre l’embrigadement et l’aveuglement idéologique.

Il s’agit de produire des discours fondés sur des logiques inclusives, à même de déconstruire les discours stéréotypés, les victimisations de complaisance, les opportunismes. Il s’agit aussi de valoriser le territoire et les habitants comme producteurs d’un « vivre ensemble » assumé et non instrumentalisé, offrant un véritable contre feu aux discours dominant de nombre de médias.

La République des images veut montrer les processus participatifs en mobilisant les jeunes pour qu’ils collectent les témoignages de citoyens de proximité « pris sur le vif », en favorisant la multiplicité des points de vue pour exposer une mosaïque large et déployée d’une citoyenneté diverse et commune. Mais aussi pour qu’ils réalisent, avec les populations, des « portraits citoyens », film court et dense valorisant un acteur de terrain, un citoyen du commun reconnu comme une figure de la citoyenneté active. C’est le portrait d’un modèle positif réalisé en dialogue avec les jeunes. C’est aussi par le biais d’une « résidence citoyenne », l’invitation faite à un jeune artiste à poser son regard sur un territoire pour mettre en lumière son point de vue sur la citoyenneté en relation avec ses habitants.

Il s’agit donc de montrer et de produire des films en dialogue avec les populations pour une meilleure éducation à la citoyenneté, une valorisation des valeurs de la République, de la laïcité et de la démarche de participation active, notamment de la jeunesse, aux grandes problématiques et aux enjeux du vivre ensemble.

Ainsi, La République des images veut mobiliser un public varié dans une action permettant aux jeunes d’expérimenter, par l’expression audiovisuelle, la formalisation de mises en situation concrètes et l’exercice d’une citoyenneté active.

Ainsi, La République des images veut produire du sens partagé et offrir un autre regard sur notre société, un regard plus généreux et plus proche des réalités de terrain telles qu’elles sont vécues par les habitants des différents territoires.

Nicolas HUGUENIN
Directeur de l’association Hors Cadre et animateur de la Commission Citoyenneté du réseau Passeurs d’images
Coordination Passeurs d’images en Nord-Pas-de-Calais (Hauts-de-France)

Article publié dans Projections n°38 (novembre 2016)