“Si j’ai choisi le cinéma c’est parce qu’il contient l’ensemble des disciplines artistiques ; la musique, les arts plastiques, le jeu de l’acteur, et tout ceci permet de susciter des rencontres avec le public. Le plus important pour moi, c’est de créer une interactivité dans les salles de cinéma”.
À 24 ans, Klaus Gerke quitte sa terre natale pour rejoindre ce qu’il considère à l’époque comme le pays de la culture et de la liberté : la France. Homme engagé, il précise néanmoins que la résistance est un acte que chacun peut accomplir seul, à son échelle : “Je ne m’identifie pas beaucoup à la résistance, je suis plutôt un combattant. J’aimerais bien être un révolutionnaire, quelqu’un qui renverse les choses pour créer quelque chose de nouveau”.
Klaus Gerke est un homme de principes. Lorsqu’il a débuté dans la réalisation en concevant des films documentaires et politiques dans la verve de mai 68, il a toujours conservé en mémoires les préceptes de son “mentor” Joris Ivens, documentariste et auteur du livre La caméra et moi : “Réflexion, attention et respect des personnes que l’on filme”. S’il a ensuite opté pour la distribution et non la création artistique, c’est pour répondre à son besoin de transmettre, de faire partager ce qu’il appelle le plaisir de la réflexion, leitmotiv de sa maison de distribution K-Films, engagée “dans la lutte contre l’ignorance pour le plaisir de la réflexion”. Par conséquent, même s’il n’a qu’une activité temporaire de professeur d’économie du cinéma, à l’université Paris VIII notamment et à Hambourg, l’enseignement fait partie intégrante de son travail. Aussi, pour ouvrir l’esprit des spectateurs, y compris celui des plus jeunes, quelle que soit la thématique abordée, K-Films complète son travail de distribution par un dossier pédagogique à l’adresse des scolaires.
Il affirme faire partie de ce qu’il nomme les décideurs culturels, et conscient de l’engagement que cela devrait impliquer, il collabore actuellement avec des réalisateurs comme Noam Chomsky et Peter Entell dont il distribue le film, Le Tube , pour amorcer une réflexion sur le danger de l’autocensure. “Le décideur culturel, c’est vous en tant que journaliste, c’est moi en tant que distributeur, c’est le programmateur d’une chaîne de télévision…Ce sont tous ces gens qui sont actuellement sur le chemin de la crédibilité absurde et qui s’autocensurent d’abord eux-mêmes avant de censurer les autres. C’est pour cela qu’à mon grand plaisir, je sors Le Tube , et que nous travaillons sur ce sujet, parce que je crois que c’est un fléau, le sommeil ambiant dans lequel nous plongent non seulement la télévision, mais aussi l’autocensure”.
Si la renommée de Klaus Gerke s’est faite ces dernières années autour du Fetish Film Festival, festival de toutes les sexualités, il faut comprendre que cette manifestation s’inscrit dans une lignée d’événements que K Films a organisé pour éveiller le public à l’image et à la réflexion. “Nous avions envie d’organiser un festival sur le thème de l’amour, mais en incluant le corps, or nous ne voulions absolument pas basculer vers la pornographie. Nous avons donc décidé d’inverser le processus ; de partir du corps pour retrouver l’amour. Le FFF festival est né et nous nous sommes aperçus que le fait de présenter des sexualités différentes, comme le sadomasochisme, ouvrait à la contestation, à la réflexion, et donc à l’échange”. La prochaine session mettra à l’honneur les films de femmes. “Le public féminin est ravi lorsqu’on lui montre des films où la sexualité n’est pas traitée de façon basique et misogyne”.
À travers la distribution, l’édition, l’enseignement et l’organisation d’événements, c’est la passivité ambiante de l’industrie cinématographique que Klaus Gerke ne cesse de combattre. Il a, entre autres, proposé la création d’un “Pass pour le cinéma des indépendants” pour offrir à tous l’accès au cinéma d’Art & essai. “Je crois qu’il faut proposer des services intéressants pour que le public vienne voir de belles choses, échanger des idées mais aussi, pourquoi pas, simplement faire des rencontres”.
Le texte du film Le Tube de Peter Entell est disponible aux éditions K-Films.
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