DCLV : Gagarine

Fanny Liatard, Jérémy Trouilh
00:16:00
Court métrage
fiction
comédie dramatique
Youri a 20 ans, il vit avec sa mère à Ivry, dans la cité qui l’a vu grandir. Mais la démolition approche : le décor de ses rêves d’enfant va disparaître. Comment prendre son envol quand on n’a plus de vaisseau spatial ?
Idrissa Diabaté, Tella Kpomahhou, Yvette Bruneau-Thénard, Anissa Kaki
Scénario : Fanny Liatard et Jérémy Trouilh / Image : Victor Seguin / Son : Olivier Leroy / Décors : Jeanne Frentzel / Musique : Nathan Blais
Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
France
2015
DCLV
2017
VF
Première collaboration entre les deux cinéastes Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, Gagarine s’inscrit dans un projet voulant donner une image différente des cités par le biais du cinéma. Ce récit de fiction a été imaginé à la suite de nombreuses rencontres que les réalisateurs ont faites avec les habitants de la cité Gagarine-Truillot à Ivry-sur-Seine. Le personnage de Youri, interprété par Idrissa Diabaté, vit dans un rêve qui consiste à refuser son départ programmé de la cité avant sa démolition prévue pour 2018. Avec un tel prénom, il n’est pas étonnant que ses activités et ses motivations s’orientent vers le cosmos, et qu’il voit en sa cité une métaphore. « Dans l’imaginaire de Youri, sa cité est un vaste vaisseau spatial qu’il pilote, répare, et affectionne » expliquent les cinéastes. De fait, il cherche à maintenir en état ces immeubles vétustes malgré l’incompréhension des autres habitants, de ses amis et de sa mère. Le désir de Youri contraste fortement avec l’état dans lequel se trouvent les bâtiments ; il a bien conscience de tout cela. Mais cela ne l’empêche pas de rêver, ou plutôt de prolonger le rêve qui était partagé par les différentes populations à l’inauguration de la cité par le cosmonaute soviétique, dans les années 1960 (présentées comme une sorte d’âge d’or). En attestent les images et les sons d’archives utilisés par les cinéastes, dans lesquels en particulier on entend des enfants admiratifs et rêveurs quand on les questionne sur Gagarine. Youri est comme ces enfants des années 1960, il veut prolonger cet âge d’or dont il a entendu parler depuis toujours et qu’il a plaqué sur son espace quotidien. Ne pouvant sans doute pas conquérir l’espace comme son héros a pu le faire, il cherche à conserver celui qui lui rend hommage, et qui est le sien. Pour appuyer le décalage entre rêve et réalité, les cinéastes filment fréquemment en désaxant leur caméra, la positionnant en biais, le faisant tourner comme une spirale, désorientant ainsi notre perception de l’espace. Cela évoque un état d’apesanteur, comme une bulle de rêve dans laquelle vit Youri. Au cinéma, quand on désaxe la caméra, on dit que l’on « casse la bulle » (la bulle étant le moyen de vérifier sur le pied que la caméra soit bien droite). N’est-ce pas aussi ce que perçoit Youri si la cité est détruite ? Sa bulle de rêve sera cassée et cela sans compensation à ses yeux… Toutefois, Youri conçoit une ultime renaissance pour sa cité : une illumination géante sur les façades des immeubles, et figurant le décollage d’une navette. Sans doute conscient que son rêve va s’envoler, il met en scène un dernier hommage à la cité Gagarine. - Sébastien Ronceray
Palmarès || 2016 : Rennes « Festival Travelling UrbaCiné » Prix Collège au Cinéma / Troyes « Festival du court métrage » Prix Regards Francophones / Argelès « Festival International du Film Court » Prix France Télévisions / 2015 : Paris « Festival HLM sur court » Grand Prix du Jury, Prix du Public / Saint-Jean-de-Luz « Festival International du Film » Prix du Jury / Paris « Festival Génération Court » Prix du Jury / Paris et Seine-Saint-Denis « Festival Cinébanlieue » Mention spéciale du Jury / Paris « Festival Court Devant » Prix du Public
Films passerelles : Les fantômes de l’usine ; Rhapsody ; Sous tes doigts ; Belle gueule