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Dispositif d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques. Un regroupement de coordinations locales (près de 400), régionales (27) et nationale (1), de partenaires nationaux et régionaux, de collectivités territoriales, de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’associations...

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Fictions à l’hôpital

par David Matarasso

En 2004, le programme “Culture à l’hôpital” est entré dans sa cinquième année d’existence. Comment le cinéma peut-il trouver sa place dans les espaces hospitaliers ? Quels sont ses apports spécifiques ? L’opération “Coups de projecteurs à l’hôpital”, qui s’est déroulée du 15 au 21 septembre 2003, est une occasion de se pencher sur l’action culturelle cinématographique en milieu hospitalier.

Susciter des débats, faire découvrir des œuvres, offrir une alternative au divertissement télévisuel, favoriser les rencontres entre patients et personnels soignants, utiliser l’art comme outil thérapeutique, créer de nouveaux liens avec le monde extérieur... Les raisons qui motivent l’entrée du cinéma à l’hôpital sont multiples. Pour parler de toutes ces questions, nous avons choisi de laisser la parole à tous ceux qui participent ou organisent la présence du cinéma dans les hôpitaux et les résidences pour personnes âgées.


“Coups de projecteurs à l'hôpital” © Carole FonfriaLe cinéma est lourd logistiquement et en concurrence avec la télévision qui diffuse largement dans les établissements” déclare Xavier Collal, chargé de mission à la Délégation au développement et à l’action territoriale (Ministère de la culture). “C’est pourquoi il a toujours été un peu en retrait au sein du programme “Culture à l’hôpital”, qui en est encore à ses prémisses”. Certains ont déjà acquis une véritable expérience, comme l’association Les toiles enchantées qui a commencé à diffuser des films dans les hôpitaux dans les années 90. Pour Xavier Collal, “cette association a été pionnière, notamment en ce qui concerne le travail avec les enfants. “Coups de projecteurs à l’hôpital” [voir annexe ci-dessous] devrait maintenant permettre de “booster” cette discipline. C’est une véritable opportunité pour mettre en place un programme cinéma, dans la mesure où les directions des établissements sont prêtes à s’investir”.

Il est essentiel de développer des actions culturelles à l’hôpital, en tout cas pour un établissement comme le nôtre, qui s’occupe des personnes âgées” déclare François Lotteau, médecin généraliste à l’hôpital de Chagny, qui a participé à l’opération “Coups de projecteurs”. “Le programme “Culture à l’hôpital” s’inscrit dans une démarche de prise en compte des patients en tant que personnes”.

La culture et le cinéma doivent faire partie de la vie en maison de retraite” renchérit Christian Poulanges, de l’association Eidos, qui a organisé au Jardin d’Émilie, Maison de retraite de Caussade, un programme de ciné-club mensuel avec des films de patrimoine. “Souvent, les personnes qui ont 80 ou 90 ans avaient une vraie pratique du cinéma dans les années 40/50. Aujourd’hui, elles vivent dans des villages dotés d’une seule salle, dans laquelle il leur est parfois impossible de se rendre. Il faut leur rendre cette pratique, leur offrir le meilleur du cinéma, afin de les ramener dans la vie et pas seulement à leur statut de personnes âgées. Elles doivent continuer à vivre, à penser, à s’exprimer comme tout le monde”.

L’espérance de vie a augmenté, il faut donc développer tout ce qui est qualité de vie pour les personnes âgées” affirme Danièle Mischlich, conseillère technique au Ministère des affaires sociales, du travail et de la solidarité – Secrétariat d’état aux personnes âgées. “Il faut offrir aux personnes, à domicile ou en institution, et quel que soit leur âge, un accès à la culture, au savoir, afin qu’elles restent insérées dans la société et qu’il y ait des échanges entre les différentes générations. D’où l’intérêt d’une opération comme “Coups de projecteurs à l’hôpital” qui permet de reconnaître l’importance de ces lieux concrets qui peuvent être de véritables espaces de socialisation, d’écoute des aspirations des uns et des autres et d’apprentissage réciproque des cultures”.


 :: Décloisonner l’hôpital

Mélanger les publics et décloisonner l’établissement constituent deux grandes motivations de l’action culturelle en milieu hospitalier.
À la Ferme du Vinatier - Centre culturel de l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Bron -, s’est déroulée de 1997 à 2001 une action baptisée “Séances tenantes”, organisée en partenariat avec le cinéma Les Alizés, salle Art et essai de Bron dirigée par Colette Périnet.

“Coups de projecteurs à l'hôpital” © Carole FonfriaL’objectif des séances était de faire entrer à l’hôpital des personnes extérieures pour autre chose que des soins et de créer un espace public positif” explique Carine Delanöe-Vieux, responsable du Centre culturel. “Le public étant souvent très mélangé, le débat était toujours un moment fort, extraordinaire : nous passions sans transition d’une question d’étudiant cinéphile à celle d’un patient plus ou moins déconnecté, à un membre du personnel évoquant une dimension psychanalytique”. L’apport spécifique du cinéma réside, selon elle, dans “sa dimension populaire. Il est accessible à tous et il y a très peu d’autocensure au sein du public, contrairement à ce qui peut se produire avec d’autres disciplines comme l’art contemporain, pour lequel les patients, et la plupart des gens, manquent de références. Le cinéma demande aussi moins de médiation, moins de préalables que le théâtre ou la danse”.

L’opération a été très efficace pour le changement d’image de l’hôpital” remarque Carine Delanöe-Vieux. “Des habitants proches, qui longeaient les murs de l’hôpital sans jamais oser entrer, ont vécu un moment intense en pénétrant dans ce lieu tabou, pour voir un bon film et discuter avec le réalisateur”.

Ouvrir ses portes, laisser entrer un nouveau public, mais aussi se projeter vers la cité, telle est la volonté de Cinéma et hôpital, association créée à Rennes. “Nous voulons utiliser le cinéma de fiction pour s’adresser à un public le plus large possible et parler de l’hôpital et des phénomènes de santé, tout en faisant connaître des œuvres artistiques originales” explique son président Claude Edery, directeur adjoint du centre hospitalier de St Alban. “Nous nous sommes aperçus que les gens avaient envie de parler de l’hôpital mais qu’ils ne peuvent le faire que de façon individuelle”. La deuxième édition des “Rencontres Cinéma et hôpital” s’est déroulée en juin 2002 au Théâtre national de Bretagne (TNB) de Rennes. “Nous avons projeté Se souvenir des belles choses. Il y avait 540 personnes et nous avons refusé du monde. Nous faisons en sorte que les gens donnent leur point de vue sur la situation de l’hôpital, clairement. Les soignants sont très contents de faire sortir l’hôpital de ses murs et sont encouragés en voyant que le sujet intéresse. La fiction libère souvent la parole”.
Un point de vue qui rejoint celui de Danièle Mischlich, pour qui “le cinéma de fiction est un puissant levier pour amener tous les publics à s’intéresser aux questions de santé, de société”.

Bruno Delattre, directeur du centre médical MGEN de Chanay, préfère laisser de côté les préoccupations inhérentes au monde hospitalier. Il insiste sur l’importance des œuvres, des découvertes cinématographiques et de leurs richesses propres. ““Culture à l’hôpital”, pour nous, signifie vraiment culture extérieure à l’institution”, précise-t-il.
Spécialisé dans les maladies de l’adolescence et le traitement de pathologies lourdes, comme l’anorexie mentale, le centre a mené en 2003 une action en collaboration avec la MJC de Bellegarde. “Nous nous rendons environ une fois par mois aux séances publiques du ciné-club. Pour nos patients, qui sont des personnes en reconstruction - nombre d’entre eux ont tenté de se suicider - aller voir un film est déjà quelque chose d’énorme. Il ne s’agit pas d’animation mais bien d’action culturelle, permettant de voir des films différents de ceux que les patients connaissent, de rencontrer des personnes qui ont participé à la réalisation de l’œuvre”. Une ambition culturelle déterminante, selon lui, pour que “les jeunes patients puissent commencer à parler, entre eux, d’autre chose que de leur maladie”. “Si nous faisons un jour du théâtre” conclut-il, “ce sera avec des artistes comédiens, pas avec des médecins”.


 :: Choisir les films

Quels films choisir ? Existe-t-il des contre-indications en matière de programmation ?

Nous devons tenir compte du thème des films et de la pathologie du patient” explique Marie-Françoise Llorca, cadre socio-éducatif au centre médical MGEN de Chanay, “L’année dernière, un film sur la drogue était programmé. L’un de nos patients devait justement se tenir à distance de ce sujet. Dans ce cas, nous nous interdisons d’emmener la personne, de peur de la perturber avec des choses qu’elle ne serait pas encore prête à gérer”.

“Coups de projecteurs à l'hôpital” © Carole FonfriaAu Centre culturel de l’hôpital psychiatrique du Vinatier, “nous ne voulions pas prendre en compte l’état psychologique des malades dans le choix des films” affirme Carine Delanöe-Vieux, qui sélectionnait les films avec la directrice du cinéma Les Alizés, Colette Périnet. “Nous avons toujours considéré qu’il n’y avait pas un art pour les schizophrènes, un art pour les autistes et un art pour les unijambistes. Le secteur artistique est dans une démarche d’offre, il fait découvrir des univers et des esthétiques que l’on ne connaît pas forcément. Nous avons pris le risque que certaines choses soient mal vécues. Après tout, nous sommes une partie de la ville, du monde, au sein de l’hôpital, même si les conditions sont beaucoup plus protectrices (un quart de la salle était constitué de soignants). Et il n’y a jamais eu de problème”.
Débat oblige, le choix se portait sur des films français contemporains, “grand public et de qualité”. Pas de thématique particulière, mais “le désir d’aborder tous les sujets, sans rester focalisé sur la psychiatrie : parler de la famille, de la mémoire, des questions qui trouvent évidemment un écho particulier par rapport à la maladie mentale, mais qui nous concernent tous. Capitaine Conan, premier film programmé, en présence de Bertrand Tavernier, avait pour thème la réinsertion possible d’un soldat. Cette question nous semblait rejoindre celle de la réinsertion des malades. Nous avons aussi programmé Passage à l’acte ou Voyages d’Emmanuel Finkiel, sur la mémoire.”

Au Jardin d’Émilie, un petit groupe de personnes âgées participe à la programmation. “Ils nous disent quels films ou quels acteurs ils voudraient voir en priorité” explique Nicole Escribano, animatrice. “Chacun a ses préférences, ses souvenirs. Les films qui les renvoient à des choses douloureuses, comme la guerre, sont assez mal vécus. Ils n’ont pas envie de retrouver ce genre de traumatisme. Un film comme Jacquot de Nantes a énormément apporté au niveau du souvenir. C’était leur histoire : l’école, le début du travail”. Dans ce programme, les séances s’inscrivent dans un projet d’accompagnement visant à préserver l’autonomie intellectuelle des personnes âgées le plus longtemps possible. Peut-on conclure à un possible usage thérapeutique - autant que culturel - du cinéma ? “Oui”, répond Nicole Escribano. “Des ateliers Journal et Mémoire permettent de reparler des films, d’écrire dessus. Nous avons projeté des films plus récents comme 8 femmes qui les a surpris, et c’est bien. Il est mieux que le film plaise. Mais l’essentiel est qu’il provoque une réaction. Si les personnes disent qu’elles n’ont pas aimé le film pour telle raison, cela prouve qu’elles l’ont analysé. Le cinéma stimule et provoque toujours une réaction émotionnelle car il reste magique. Grâce à lui, on peut ressentir des choses différentes du quotidien, de l’environnement, de la maladie et de la vieillesse. Dans un lieu où la vie est ralentie, cela crée de nouveaux souvenirs, cela devient une richesse à laquelle se raccrocher. C’est important pour l’estime de soi. Programmer des séances signifie que l’on considère les gens comme des citoyens qui ont les mêmes droits et les mêmes envies que s’ils étaient chez eux”. “En soi, amener quelqu’un au cinéma n’est pas thérapeutique” observe de son côté Marie-Françoise Llorca, cadre socio-éducatif du centre médical MGEN de Chanay. “La dimension importante de ce type d’actions est de rendre attrayant le séjour du patient et de lui permettre ainsi de mieux adhérer aux soins. S’il se sent bien ici, s’il apprend des choses sur les plans personnel et culturel, son adhésion aux soins sera meilleure. C’est indirectement thérapeutique”.


 :: Moyens et perspectives

L’action culturelle cinématographique est-elle particulièrement difficile à mettre en place en milieu hospitalier ? “Il est tout à fait possible d’organiser une projection avec du matériel léger, de trouver une salle” répond Claude Edery, Directeur adjoint de l’hôpital de St Alban et Président de l’association Cinéma et hôpital. “Les gens qui organisent sont vraiment récompensés par l’engouement que le public manifeste. La difficulté est moins importante que l’on pourrait le penser. Elle est plutôt d’ordre institutionnel. L’hôpital doit s’habituer à être un espace public ouvert, ouvert aux arts et, par ce biais, à la vie”.
Les porteurs de projet, selon lui, proviennent aussi bien du milieu culturel qu’hospitalier : “les membres d’une association comme Les toiles enchantées sont tous artistes et amateurs de cinéma, étrangers au milieu hospitalier. Et notre association Cinéma et hôpital est aujourd’hui principalement composée d’administrateurs hospitaliers, de directeurs, de soignants et de membres du personnel hospitalier”.

L’entrée de la culture à l’hôpital marque aussi l’émergence d’un nouveau métier, celui de responsable culturel hospitalier. “Ils sont surtout présents dans les grands centres hospitaliers” constate Claude Edery. “Ailleurs, ce sont des bonnes volontés : un soignant qui offre son temps et son énergie pour mobiliser les autres. Il n’y a pas de formation spécifique. Ce métier se construit, se fabrique, il doit trouver ses marques”.
Mais, insiste Xavier Collal, “sans une personne-ressource compétente, faisant le lien entre le milieu culturel et le monde hospitalier, la mise en place de politiques culturelles sérieuses au sein des hôpitaux sera impossible à envisager”. Ceci oblige les personnes issues de la culture “à intégrer les rouages et la logistique de l’hôpital, et inversement, celles venant de l’hôpital à se familiariser avec le monde de la culture, puisqu’elles seront en contact direct avec les opérateurs culturels”.
L’action culturelle à l’hôpital est avant tout une construction de partenariats qui rassemblent des gens d’horizons différents, désireux de croiser leurs objectifs et leurs compétences.

David Matarasso
Article extrait de Projections n°8 • Novembre - Décembre 2003

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Annexe

Culture à l’hôpital
Le 4 mai 1999, une convention est signée entre le Ministère de la culture et de la communication et le Secrétariat d’état à la santé et à l’action sociale pour développer le programme “Culture à l’hôpital”. Celle-ci prévoit la mise en place de jumelages entre hôpitaux et équipements culturels, le développement de bibliothèques dans les hôpitaux (en partenariat avec les bibliothèques municipales) ainsi que la création de cent postes de responsables culturels hospitaliers sur cinq ans.
La mise en place des actions est basée sur la signature de conventions régionales entre les DRAC et les Agences régionales de l’hospitalisation (ARH), quatorze régions étant signataires à ce jour.
Le programme est financé par les deux ministères de tutelle et par 14 entreprises mécènes du Cercle des partenaires de la culture à l’hôpital (créé en mars 1998 par Catherine Trautmann et Bernard Kouchner). Les projets sont également soutenus par des partenaires locaux (hôpitaux, villes, DRAC, conseils régionaux et généraux, entreprises...).
Les premières Journées nationales de la culture à l’hôpital se sont déroulées les 15 et 16 mars 2002. Il y fut souligné la nécessité de donner au cinéma une place aux côtés “du théâtre, de la musique, de la danse et de la lecture. Cette ouverture au cinéma pourra s’opérer en liaison avec les pôles d’éducation à l’image, mis en place par le Centre national de la cinématographie, en partenariat avec les collectivités territoriales et le milieu associatif. Outre le plaisir de regarder des films dans de bonnes conditions à un moment de la vie où l’on se sent fragilisé, l’entrée du cinéma dans l’hôpital constitue un des moyens de développer, en dehors du temps de l’école, une forme d’éducation à l’image”.

Extrait du compte rendu des Journées de la culture à l’hôpital


Les Toiles enchantées
2, Villa Octave
92270 Bois-Colombes
contact@lestoilesenchantees.com
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