Film Education est une organisation non gouvernementale financée par l’industrie cinématographique. J’ai participé à cette création il y a vingt-trois ans après avoir enseigné l’Anglais et le cinéma pendant dix ans. Au début, notre but était de produire des supports imprimés sur des films et nous avons fini par produire des programmes de télévision pour la BBC, Channel 4. C’est un groupe d’enseignants qui participe à ces programmes et cela prouve bien que des enseignants peuvent le faire s’ils en ont la volonté. Comme nous avons également fini par développer des supports interactifs et que nous agissons maintenant dans l’apprentissage via Internet, on peut dire que tout au long de ces vingt-trois dernières années, nous avons voyagé dans les différents pays de la technologie et de l’esthétique. Nous cherchons donc, en général, à faire tout par nous-mêmes parce que c’est ainsi que nous pouvons apprendre et que plus nous apprenons, et plus nous pouvons transmettre nos nouvelles connaissances aux enseignants, qui, à leur tour, peuvent les transmettre à leurs jeunes élèves. Nous travaillons ainsi avant tout avec les enseignants et non pas avec leurs élèves.
Je suis également de plus en plus impliqué dans le circuit européen de l’éducation à l’image et cela apporte beaucoup de très belles choses, car il faut bien être conscient de l’importance de la dimension européenne de tout ce que nous faisons.
Je vais tenter de vous donner un aperçu général du monde si divers de l’éducation à l’image et aux médias. Ces vingt dernières années, les jeunes de 14 ans et plus ont vraiment eu la possibilité d’opter pour des cours d’éducation à l’image et aux médias. Ces deux derniers ont des fondements théoriques et idéologiques très semblables et s’appuient tous deux sur les mêmes domaines d’études, la narration, le langage, la représentation, les valeurs idéologiques, les pratiques industrielles et, en fin de parcours, la production pratique. Je crois qu’il y a maintenant, vingt ans après les débuts de notre action, quelque chose comme 120 000 étudiants qui ont suivi ces cours – ce qui n’est pas beaucoup quand on pense au nombre bien plus important des élèves de cette tranche d’âge de 14/19 ans.
Qu’en est-il de la partie la plus formelle de l’enseignement, à savoir le système des examens ? Un tout nouveau diplôme vient d’être lancé en Grande-Bretagne : le Diplôme des médias créatifs. Nous aurions voulu le définir comme relevant de la formation professionnelle, et même si le gouvernement a préféré définir ce diplôme comme enseignement appliqué, c’est bien d’orientation professionnelle dont il s’agit ! Il faut également savoir que ces " médias créatifs " sont un domaine passionnant et on y retrouve tout, du cinéma à la télévision, de la musique aux arts plastiques, ou de la mode généralement au seul design de chaussures. Qu’est-ce qu’il y a encore dans ce fourre-tout ? Je ne sais même pas ce qu’ils y ont rajouté aux dernières nouvelles, mais j’ai toujours pensé que la danse orientale devrait être considérée comme un média créatif, même si malheureusement, le gouvernement ne le pense pas ainsi. Il y a donc toutes ces matières qui relèvent en fait de l’orientation professionnelle et qui sont enseignées à côté des matières académiques.
L’étude de l’image filmée est une matière obligatoire dans les écoles primaires (de 5 à 11 ans). En étudiant cette matière, les élèves du primaire sont également amenés à étudier les techniques rhétoriques pour se montrer convaincant et ce en s’appuyant sur de splendides supports comme des tutorats à l’image, de l’analyse de publicité ou de discours, le support médiatique étant toujours présent. Raconter une histoire en utilisant l’image filmée et les relations que celle-ci entretient avec l’écrit est donc un domaine qui se développe beaucoup.
Dans le secondaire (de 11 à 14 ans, avant qu’ils ne choisissent une filière), les élèves étudient de nouveau les images en mouvement et à nouveau les rapports rhétoriques que peuvent entretenir différentes sortes de textes et de représentations, mais c’est alors uniquement sous l’angle de la théorie. Le primaire est donc très en avance sur le secondaire parce que les élèves y font aussi bien des travaux pratiques que théoriques ou critiques. Depuis trois ans, il y a quelques changements dans le secondaire, c’est une tendance, mais il ne faut pas croire pour autant que les élèves font beaucoup de travaux pratiques, et ils n’utilisent pas de caméra, par exemple.
Dans le cadre des activités extrascolaires, on trouve beaucoup d’ateliers à l’image, à la radio, à la télévision ou à la presse écrite en Grande-Bretagne. Depuis septembre 2008, une organisation comme Film Club organise des projections de DVD pour les élèves après l’école, et cela surtout dans le primaire, de 4 à 6 heures, par exemple. Ce genre d’activités est appelé à se développer. Enfin, des professionnels, de la BBC ou de Channel 4, organisent également des interventions – mais je vais m’attarder plus tard sur ces différentes interventions.
Ces quinze dernières années, le British Film Institute a été l’acteur principal en Grande-Bretagne pour l’éducation à l’image et aux médias. J’ai pu les voir changer plusieurs fois dans leur approche théorique et idéologique mais il n’en reste pas moins qu’ils ont toujours été les plus actifs dans ces domaines, surtout en ce qui concerne leur action auprès du gouvernement et au niveau européen. Ils sont financés par le gouvernement et le UK Film Council. Ce dernier finance également First Light Movies, et ils donnent par an un million de livres pour financer toutes ces activités, dont des ateliers où les jeunes peuvent réaliser des courts métrages.
Et il y a enfin notre organisation, Film Education. Même si elle est financée par l’industrie cinématographique, elle est bien dirigée par des enseignants et nos bailleurs de fonds nous laissent vraiment faire à notre guise. Ils ne nous donnent d’ailleurs pas beaucoup d’argent mais nous sommes dans la position idéale pour chercher des fonds dont nous pensons que les enseignants peuvent avoir besoin, et cela va des scénarios aux fichiers son ou à des interviews de réalisateurs (dans le vrai sens du terme et non dans celui où l’entendent les médias). Nous produisons également beaucoup de matériaux pédagogiques pour des films en particulier et des supports plus généralistes, avec des CD interactifs, sur ce qu’est l’industrie de l’image, car la plupart des enfants ne savent même pas ce qu’est une industrie. C’est une notion très importante et à laquelle ils auront à faire face tout au long de leur apprentissage.
Nous ne faisons pas qu’étudier différents aspects de l’image et des médias et nous en profitons pour intervenir sur d’autres sujets quand cela nous paraît important. C’est dans cette idée que nous produisons des supports sur l’histoire comme un sujet à part entière. Les jeunes ont tendance à ne s’intéresser à l’histoire qu’à travers des films ou en regardant la télévision et non plus à travers des livres d’histoire. A l’école, et dès l’âge de 5 ans, les enfants apprennent essentiellement le règne d’Henry VIII ou la dictature d’Hitler, et ils ne font ensuite que réviser et réviser ces deux époques, et la télévision ne leur parle pas d’autre chose. Voilà donc pourquoi il est important d’étudier l’histoire sous l’angle de l’éducation à l’image et aux médias.
Bref, nous avions jusqu’en 2007 un terrible fourre-tout, un ensemble désordonné d’activités très différentes, mais l’UK Film Council a décidé de changer de fusil d’épaule en cherchant à développer une nouvelle stratégie pédagogique qu’ils ont appelée " l’éducation du XXIe siècle ". Les organisations principales, comme First Light Movie, Film Club et Film Éducation, se sont rencontrées et ont tenté de définir ensemble les éléments indispensables pour développer toutes ces études portant sur les images, les films, les médias visuels. Cette nouvelle stratégie a débuté en novembre 2008 avec la signature d’un contrat et l’argent ne devrait pas tarder à affluer.
Les sommes qui nous sont allouées annuellement ne sont pas très hautes mais nous essayons malgré tout de financer des projets au niveau d’abord local et qui soient ensuite transposables de ce niveau local à un niveau national.
Nous essayons avant tout d’éviter d’être comme ces structures qui organisent des ateliers d’initiation à l’image mais qui doivent sans cesse se mettre en quête pour trouver de l’argent et qui dépendent en fait de ce que les bailleurs de fonds auront envie de faire. Nous ne voulons donc pas être tributaires de toutes ces associations que l’on retrouve en Grande-Bretagne et qui ne vous donne de l’argent que si vous acceptez de travailler avec telle ou telle population bien spécifiques, comme les mères au foyer ou des populations immigrées. L’argent définit alors le contenu de ce que vous allez faire. Et, qui plus est, on ne vous donne jamais beaucoup d’argent et ce n’est pas du tout viable, sauf pour monter des projets de quatre ou cinq semaines qui n’ont pas de suite. La viabilité des projets est donc essentielle, et nous devons pour se faire ne plus nous préoccuper de trouver de l’argent pour faire ensuite quelque chose. Notre argumentation est simple : on veut faire quelque chose, on sait ce que l’on veut faire, donnez-nous les moyens de le faire !
La question n’est pas de savoir ce qu’il faut prévoir de faire et avec quelle personne mais bien pourquoi faire telle ou telle chose avant telle ou telle autre. Quel résultat attendez-vous de ce que vous projetez de faire ? Si votre seul but est de donner du bon temps aux enfants, très bien ! Qu’ils prennent la caméra et qu’ils filment, pas de problème ! Mais il ne s’agit pas de cela, bien sûr, c’est bien plus sérieux, le problème avec les professionnels étant qu’ils ne sont pas professeurs et le problème avec la plupart des professeurs étant qu’ils ne sont pas réalisateurs. D’une façon ou d’une autre, il faut composer avec ces deux aspects de l’éducation aux médias et à l’image…
En Grande-Bretagne, et c’est l’un de nos principaux problèmes, la culture ne fait pas bon ménage avec le film et la culture cinématographique de certains enseignants britanniques me désespère. Vous devez donc travailler avec des gens qui n’ont pas cette culture de l’image et quand vous leur demandez d’enseigner dans ces matières, ils ne savent vraiment pas par quel bout commencer. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’est un point de vue critique et tant qu’ils ne sauront pas ce que peut signifier un son ou un angle de caméra, comment pourraient-ils se poser ce genre de question quand ils se retrouvent à devoir utiliser la caméra ? Il ne peut s’agir pour eux que de bouger devant la caméra et de jouer. Comment ne pas voir la condescendance qu’il y a alors à dire aux enfants que ce qu’il ont fait avec cette caméra est vraiment très bien, le seul but recherché n’étant que de les laisser dans l’ignorance alors même que ce qu’ils ont fait ne vaut rien ? Je suis désolé d’être aussi caricatural mais c’est bien le cas. Et l’on se retrouve avec des gamins qui présentent leurs films dans des concours où, chose fascinante, on ne présente pas les films des vainqueurs en entier mais juste quelques dizaines de secondes, alors que le reste n’est vraisemblablement pas très bon.
Par ailleurs, le problème avec le fait de travailler avec des professionnels, c’est qu’ils sont persuadés de laisser les jeunes faire leur film alors que ce n’est pas du tout le cas. Il est vrai que ces enfants sont peut-être devant ou derrière la caméra et qu’on leur a certainement dit ce qu’ils devaient faire, mais ils n’apprennent rien, et c’est en fin de compte le réalisateur professionnel invité qui a réalisé le film avec des enfants qui étaient là. Et on leur dira quand même : "C’était ton idée et c’est comme cela que tu l’as réalisée"…
Je fais peut-être des généralisations mais je sais bien, par expérience, que l’une des choses que les enfants en Grande-Bretagne détestent faire par-dessus tout, c’est bien le montage, alors que c’est certainement la partie d’un film, et nous le savons bien, où il faut faire preuve du plus de créativité. Mais ils n’aiment pas monter car cela prend du temps ; ils se sont bien amusés pendant le tournage, ils ont utilisé la caméra et ont joué devant, et c’est bon, le tour est joué !
Là est donc notre grand problème en Grande-Bretagne : d’un côté, nous avons des enseignants sans culture de l’image et qui ne savent pas comment réaliser des films et d’un autre côté, des réalisateurs qui ne savent pas comment intervenir auprès des enfants et ne se posent pas les bonnes questions. C’est exactement ce que nous pouvons constater : on projette des bouts de films et l’on demande d’abord aux réalisateurs de venir en parler dans leur jargon avant que les critiques, enseignants, théoriciens ne viennent à leur tour en parler dans leur jargon à eux. Je ne sais pas comment en finir avec ce cercle vicieux, et je suis bien d’accord avec le fait qu’il n’est pas possible de séparer le point de vue critique du point de vue créatif. Les deux vont ensemble, et si les enfants n’ont pas appris à regarder et à analyser, ils ne pourront pas réaliser des travaux pratiques. On se retrouve un peu dans le même cas de figure que quand il s’agit de l’apprentissage de la langue : si les élèves ne savent pas lire, ils ne pourront pas lire des choses plus complexes alors que la seule solution, à mon avis, est bien d’avoir une bonne pratique de lecture.
Qu’est-ce qui fait alors qu’une éducation aux médias est bonne ? Il faut d’abord donner l’information sur qui fait quoi et comment. Il faudra peut-être passer deux heures et demi sur deux seules questions et il ne restera que quatre heures pour y aller, mais que nous y allions ou non, qu’est-ce qui fait une bonne pratique ? Qu’est-ce qui fait une bonne pratique " pratique " et la bonne pratique théorique, et comment lier au mieux ces deux aspects de l’éducation à l’image ?
En Grande-Bretagne – où l’on ne fait de l’éducation à l’image que pour les enfants de plus de 7 ans –, nous n’intervenons, en toute modestie, que sur trois aspects principaux : la pratique critique, le processus créatif et les perspectives culturelles. Et ces trois aspects vont ensemble, on ne va pas chercher à analyser l’art cinématographique et les chefs-d’œuvre – nous vous le laissons à vous, Français, car vous êtes très bons pour le faire ! Nous ne cherchons donc, en toute modestie, qu’à aider au développement des enfants et ils ne commencent pas leur apprentissage en étudiant l’œuvre de Proust mais en lisant des bandes dessinées. Je suis au regret de vous dire que nous ne cherchons pas à faire découvrir l’œuvre de Fellini à des jeunes de 14 ans et que c’est à eux de le découvrir par eux-mêmes. Et nous nous satisfaisons tout à fait de commencer l’enseignement des enfants en nous appuyant sur Starwars ou sur James Bond. Avec ce genre de films, ils se sentent en confiance quand ils commencent à analyser la bande son ou les plans et la façon dont les éléments d’un film s’imbriquent. Et c’est quelque chose que les professeurs n’aiment pas parce qu’il faut bien comprendre qu’avec l’éducation à l’image ou à un média, l’enseignant ne contrôle plus rien ; on peut garder ce contrôle en enseignant le cinéma comme art, parce que, alors, vous êtes réellement meilleurs que les enfants, mais si vous enseignez un média, eh bien, ces mêmes enfants ont certainement plus d’expérience que vous n’en avez. Il suffit de les écouter parler de leur blog ou de leur profil sur Facebook et de leur demander s’ils ont dernièrement masher et s’ils aiment le faire… Ils adorent le faire ! Il ne s’agit que de surfer et de copier plusieurs éléments, de les mettre ensemble et de les visionner avec de la musique et du bla-bla. Et ça, ils le font vraiment très bien et c’est bien du montage. Ils ne monteront pas leurs propres films parce que cela prend trop de temps mais là, en l’occurrence, ils le maîtrisent parfaitement et ils peuvent nous apporter une expérience que nous n’avons pas. Et ça, c’est justement une chose que nous, les enseignants, en tant que fournisseurs de connaissance, n’aimons pas du tout. Et l’on se sent bien plus à l’aise en expliquant ce qu’est le cinéma à travers un film de Fellini. C’est bien plus facile pour nous.
Je pense donc que nous devons " négocier " avec eux la raison de ce que nous nous proposons de faire, quels sont les buts que nous recherchons. Je suis certain que c’est la solution et nous pouvons alors faire des évaluations sur ce qui a été fait, sur les résultats et la progression constatée et sur le développement futur à envisager.
Je voulais terminer mon intervention sur le fait de demander à des professionnels de l’image d’intervenir auprès des élèves. En Grande-Bretagne, nous avons certes cette grande chance que la BBC et Channel 4 viennent dans les écoles pour initier les élèves à la fabrication des actualités, mais il faut savoir que ce sont eux qui décident de ce qu’ils vont faire. Leur doctrine pédagogique est très simple : ils ne tiennent absolument pas compte de ce que le système éducatif leur demande mais ils savent par contre très bien ce qu’ils vont enseigner. Pendant toute une journée, les enfants s’éclatent donc, ils courent dans tous les sens, ils font plein de choses, et puis, cette journée terminée, les professionnels s’en vont. Exit la BBC et Channel 4 ! Ce n’est donc que de la poussière, de la belle poussière d’étoiles que l’on jette dans les yeux de ces enfants : ils ont la chance de rencontrer de véritables cameramen et de véritables présentateurs. Et il ne nous reste plus qu’à les remercier d’être venu et de leur dire adieu. Trois semaines après, les enfants se souviendront très vaguement de les avoir rencontré et que c’était une merveilleuse journée. Ils auront certes rencontré des gens très gentils, mais qu’est-ce qu’ils vont véritablement retenir de cette journée ? Qu’un caméraman vienne une journée pour travailler avec des enfants, ce n’est rien de plus que de la poussière dans les yeux. C’est un moment merveilleux, ils ont appris quelque chose que vous ne pourrez jamais leur transmettre, mais cela reste sans lendemain. Si les professionnels voulaient vraiment s’impliquer dans un véritable enseignement, sur la durée, il devrait y avoir un véritable engagement de leur part et un dialogue devrait s’instaurer entre ces professionnels et les enseignants. Et tous les deux en ont besoin. Une coopération structurée sur le long terme serait donc pour moi l’idéal ; si ce n’est pas le cas, faire venir des professionnels dans les écoles ne sert à rien.
La Grande-Bretagne a un réel problème, c’est que ceux qui sont censés former aux médias ou à l’image ne passeront qu’une matinée, voire une journée s’ils ont de la chance, tout au long de leur formation pédagogique à s’attacher à cette matière. Et ce sera la plupart du temps les professeurs d’anglais qui s’y colleront. C’est comme cela : ceux qui deviennent enseignants en médias et à l’image se sont dans leur grande majorité autoformés, et c’est tout à fait typique des gens de ma génération. Il est très difficile pour ces enseignants d’assister à des formations et les proviseurs ou les principaux ne le veulent pas, parce que cela leur coûte de l’argent, par exemple, de devoir prévoir un professeur pour les remplacer. On doit en permanence faire face à ce genre de problèmes.
Quelle est la réalité de cette formation ? Pour l’instant, Film Education est le seul organisme à dispenser de telles formations. Elles sont regroupées en un seul cycle de formation – même si cela n’en est pas vraiment un –basé sur les fameux trois " c " : pratique critique, processus créatif, perspectives culturelles. La première chose que ces enseignants demandent en arrivant à cette formation touche au vocabulaire et ils posent beaucoup de questions. Nous devons commencer par leur apprendre ce vocabulaire, c’est-à-dire, en fait, une façon de parler et de voir les films, et ce n’est qu’après avoir réglé ces questions de vocabulaire que nous pouvons aborder ce que l’on pourrait appeler l’aspect " créatif " de la formation. Mais nous nous retrouvons alors face à un autre problème, car ce que les professeurs veulent avant tout est une formation technique et ils nous demandent alors si nous allons les initier à Avid ou à Adobe Première… Et je leur réponds : mais pourquoi iriez-vous gâcher le temps des enfants pour leur apprendre à manier ces outils et passer huit semaines à les utiliser pour ne plus en avoir que deux pour faire un film ? Utilisez des logiciels comme I-movie ou Pinnacle, cela donne bien assez de possibilités créatives comme ça. Nous travaillons donc avec des petites caméras des plus simples et nous faisons ensuite des exercices créatifs sur le cadrage, la prise de son et l’assemblage des deux. Et vient alors le moment crucial, celui qu’ils appréhendent tous le plus : ils ont un jour pour réaliser et monter eux-mêmes un film. Aucun d’eux ne l’avait jamais fait et les résultats sont vraiment surprenants. J’ai toujours été impressionné par le fait qu’à la fin de chacune de ces sessions de formation – et cela fait maintenant six ans que j’en fais –, il se trouve toujours au moins deux ou trois professeurs pour venir nous voir et nous dire qu’ils n’auraient jamais cru être capables d’être créatifs et de faire un film… Cela laisse rêveur sur la confiance qu’ils peuvent donner à leurs élèves une fois qu’ils seront revenus pour donner leur cours et cela montre surtout ce que le système éducatif réserve à cette créativité, que ces mêmes professeurs ont certainement dû avoir en eux, il y a bien longtemps… Le système est vraiment bien fait !
Ian Wall - Transcription par Alain Monrigal
Intervention extraite de la conférence-débat "Les acteurs de l’éducation à l’image en Europe : quels points communs ?"
REJI (26 novembre 2008, Paris)







