Film du mois : D’une école à l’autre

Pascale Diez
01:35:00
Long métrage
documentaire
Ils ne se seraient jamais rencontrés sans la volonté d’une poignée d’adultes bien décidés à remédier à l’absence de mixité sociale dans les écoles parisiennes. Quarante-cinq enfants de quartiers différents ont mélangé leurs horizons et revu leurs préjugés au cours de l’année scolaire 2010/2011. Ensemble, ils ont créé un spectacle qui reflète la diversité de leurs origines, de leurs cultures et de leurs savoirs. Pascale Diez les a accompagnés et donne à voir, au plus près des visages et des corps, comment on grandit au contact de l’altérité.
Les Sentinelles Éternelles
France
2013
Film du mois
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Lorsque l’on évoque l’éducation artistique, on souligne en premier lieu le fait que les enfants doivent se « frotter » aux œuvres, qu’ils rencontrent des créateurs et qu’ils apprennent l’histoire des Arts. On évite avec une grande délicatesse la pratique artistique qui ne fournirait que des objets amateurs ne pouvant entrer dans le grand livre des « créations ». Plusieurs films de ces dernières années nous démontrent le contraire, avec simplicité et puissance, comme le magnifique Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann.
Le film de Pascale Diez est dans cette catégorie, même s’il ne s’agit pas de créer un geste artistique avec les images et les enfants. La réalisatrice nous offre un moment fort de cinéma et démontre, avec une immense simplicité que les enjeux pédagogiques de la création, quelle qu’elle soit, devraient être au cœur de l’enseignement, que la participation à cet acte créatif fait appel chez les enfants à autre chose qu’aux « capacités scolaires », que le cinéma peut nous réjouir de voir le bonheur de ces enfants qui s’approprient des savoirs, s’impliquent, se construisent, s’expriment, apprennent à écouter, à danser, à réfléchir et à respecter les autres.

Pourquoi faut-il que ce film, né d’une idée de la réalisatrice, soit autoproduit, sans aide extérieure, et ne bénéficie pas d’une visibilité plus importante ?
Encadrés entre autres par le Sound Painter Christophe Cagnolari, les enfants participent à des ateliers et à un spectacle de « Sound Painting » (discipline mêlant expression corporelle, musique et théâtre). Pascale Diez filme les enfants de près et nous sommes témoins de cette intimité. Ils nous parlent de leurs peurs, de leurs envies, de ce qu’ils apprennent, des préjugés qui disparaissent… C’est aussi là que ce film nous interpelle, car la réalisatrice a suivi la rencontre entre des enfants de CM1 de deux écoles parisiennes : l’école Saint-Jacques du 5ème arrondissement de Paris et l’école de Belleville dans le 20ème arrondissement. Deux mondes qui se côtoient et qui finissent par n’en faire qu’un seul. Avec finesse, Pascale Diez filme ces moments de partage, sans commentaires et sans nous asséner de grandes théories sur la mixité sociale ou autre tarte à la crème du mélange nécessaire. Les images parlent d’elles-mêmes. Nous savons que bien des enseignants « découvrent » certains élèves à l’occasion de ce type de projet et que la pratique des arts peut, sans doute aucun, contribuer à lutter contre l’échec scolaire, mais au-delà de tout cela, nous apprenons que la puissance de la création peut intéresser tous les publics, et que, pour ceux qui l’auraient oublié, le jeu fait partie intégrante du monde de l’enfance. C’est ce que visiblement savent très bien les deux enseignantes, maillons indispensables de la chaine, qui ont monté le projet avec Pascale Diez, et qu’il faut saluer pour leur clairvoyance. S’il n’y avait qu’un seul film à montrer à tous ceux qui organisent le rapport des enfants avec l’Art, ce serait celui-là.

Après un master 2 de cinéma à l’Université Paris VIII et une longue expérience devant et derrière la caméra, Pascale Diez a réalisé depuis 1995 plusieurs documentaires de 52 minutes diffusés sur différentes chaînes de TV ainsi que des courts-métrages de fiction. Elle a travaillé durant cinq ans aux cinémas du Palais de Créteil comme co-directrice, responsable du jeune public. C’est durant ces années qu’elle s’est intéressée à l’éducation à l’image au point d’en être devenue une spécialiste reconnue aujourd’hui par ses pairs et par les dispositifs nationaux. Passionnée par la transmission, elle consacre depuis seize ans une partie de son temps à l’enseignement du cinéma à travers des ateliers de réalisation, des interventions ou des conférences auprès de publics très différents : scolaire et extra-scolaire de la grande section maternelle à la formation des adultes (enseignants, bibliothécaires, animateurs jeune public des salles de cinéma indépendantes, éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs…). Depuis un an, elle étudie la psychothérapie selon Carl Rogers afin de chercher de nouveaux moyens d’aide au développement de la personne et notamment des enfants en utilisant l’image et le jeu comme outil.
Toute la presse sur le site internet du film
D’une école à l’autre par Christophe Carrière (L’Express, 12/02/2013)
Les Films du Paradoxe