DCLV : Barres

Luc Moullet
00:15:00
Court métrage
fiction
Tous publics
L'évolution de la fraude et de sa répression dans le métro parisien.
Yann Lardeau, Jean Abeillé, André Chauchat, René Gilson, Ruta Sadoul, Jean-Pierre Bonneau
Scénario : Luc Moullet Image : Richard Copans Son : Patrick Frédérich Décors : Marie-Josèphe Medan Montage : Daniela Abadi
Les Films d'Ici
France
1983
DCLV
2015
VF
[Voir l’entretien avec Luc Moullet->http://www.passeursdimages.fr/paroles-de-realisateurs-luc-moullet.html] [Lire l’interview de Luc Moullet sur le site de Format Court->http://www.formatcourt.com/2011/02/luc-moullet-c’est-en-tant-que-cineaste-que-s’elabore-mon-travail-critique-et-non-pas-en-tant-que-critique-de-cinema/] [Lire l’article sur Luc Moullet et son oeuvre sur le site Les collections de films du Forum des images->http://collections.forumdesimages.fr/CogniTellUI/faces/details.xhtml?id=P38]
Réalisé par l’une des figures les plus facétieuses du cinéma français dont l’excentricité s’illustre de film en film depuis le début des années 60, Barres (1983) est une œuvre inclassable portée par un souffle anarchisant. S’offrant comme le lieu d’un recensement ludique où s’interprètent les scènes d’un petit théâtre des fraudes qui se pratiquent dans le métro parisien le film de Luc Moullet s’affirme également comme un éloge de la transgression et de l’insoumission. Avec cette création insolite où le franchissement « illicite » des tourniquets et autres portillons d’accès du métro se retrouve promu jusqu’au rang de sport national, le cinéaste propose une approche qui, tout en privilégiant la force scénique du burlesque, n’en témoigne pas moins d’une perspective informée, voire d’un désir documentaire. Ici, le réalisateur raille même la campagne anti-fraude extrêmement virulente menée au début des années 80 par la RATP, en en détournant plusieurs affiches dont les connotations animalières fustigeaient les fraudeurs. Luc Moullet représente ainsi des situations de fraude réalistes et fort documentées sur les pratiques de certains contrevenants du métro parisien à diverses époques tout en inventant des épisodes fantasques, dont la « nature » farcesque et décalé s’accentue à mesure que le film dérive vers son dénouement. C’est donc en tramant une collection de « sketchs » extrêmement composites autour du « motif » de la fraude dans le métro, que l’auteur façonne son étonnante réalisation située à la lisière du cinéma muet. Pastichant l’esthétique du cinéma des origines comme pour retrouver une « enfance » de l’art cinématographique, Luc Moullet use de cartons et « monte » son extravagant spectacle en assemblant des scènes « autonomes » essentiellement tournées en plan fixe. Il y met en scène des stratégies ingénieuses, des actes de sabotage, des acrobaties et autres numéros incongrus qui se jouent des « obstacles » et des techniques de surveillance les plus farfelus censés contrôler l’accès au métro. Tout au long du récit, c’est une véritable dramaturgie de la conduite intempestive, de l’indiscipline inventive et du défi créateur qui se manifeste dans Barres et donne corps à cette affirmation Pascalienne selon laquelle : « plus il y a d’obstacles, plus l’homme veut les vaincre », que le film cite dans l’un de ses cartons. En déployant ses imaginaires de la fraude comme autant de défis symboliques adressés à la RATP et à ses dispositifs de coercition, le film révèle l’aspiration baroque et subversive d’un auteur réfractaire à l’Ordre établi et qui tente d’incarner son « éthique » de la dissidence libertaire. - Jean-Marc Génuite
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