< >

Au service du contenu par David Matarasso

Entretien avec Patrick Brouiller, Président de l’Association française des Cinémas d’Art & d’Essai.

: : Quelle est l’efficacité des politiques tarifaires ?

Auvergne © DRJe ne sais pas ce que vous appelez “politiques tarifaires”. Si vous parlez de la carte permanente U.G.C., c’est une politique totalement prédatrice. J’ai toujours pensé que la politique tarifaire avait du sens lorsqu’elle s’adressait à des publics différents, par rapport à des lieux, dans l’idée de fidélisation. Je ne trouve pas normal que des gens qui viennent régulièrement au cinéma payent le même prix que ceux qui viennent de manière occasionnelle. Cela détermine aussi le rapport suivi que peut établir une salle avec ses spectateurs. Une politique tarifaire, bien sûr, est de toute façon efficace. Tous les exploitants qui ont un sens de l’accueil la pratiquent, tout en étant extrêmement vigilants à ne pas brader les prix car nous sommes dépositaires des ayants droits. Si l’on veut qu’il y ait des productions indépendantes, il faut que les films que l’on diffuse, lorsque l’on fait de l’Art & Essai, soient rémunérés.


: : Des opérations comme la Fête du cinéma ont-elles plus de valeur en termes de politique tarifaire ou de communication ?

Je participe à la Fête du Cinéma car c’est une manifestation nationale et fédérant l’ensemble des exploitants. Vous dire que les exploitants Art & Essai indépendants y gagnent, je ne le crois pas. Cela sert davantage les gros équipements, les multiplexes. Mais je pense qu’il faut y participer car pendant trois jours, cela donne une image festive des lieux de diffusion cinématographique. Nous ne boudons pas notre plaisir mais de là à vous dire que cela nous satisfait pleinement... Je pense que cela fonctionne mieux dans certains endroits que dans d’autres. Il existe des opérations qui sont aussi des opérations de politique tarifaire mais qui s’inscrivent dans le cadre de manifestations plus culturelles, comme le festival Télérama que nous organisons au niveau national, ou encore ce que nous faisons avec la Mairie de Paris et les salles d’Art & Essai parisiennes pour les moins de 26 ans. Il ne faut pas faire de la politique tarifaire pour de la politique tarifaire, il faut l’accompagner par la volonté de s’inscrire dans une typologie de public, ou bien la mettre au service d’une manifestation culturelle, thématique, qui ait du sens et du contenu.


: : Que pensez-vous des chéquiers Culture ?

Nous travaillons avec des organismes ou des comités d’entreprise. Le problème est d’être dans la proposition que peut faire un comité d’entreprise à ses salariés, pour qu’il y ait une diversité de salles et pas seulement les grands circuits nationaux. Mais pour moi, cela n’est pas une fin en soi.


: : Quelle est l’efficacité de la politique tarifaire d’“un été au ciné” ?

Les salles de cinéma n’attendent pas l’été pour faire des politiques tarifaires, elles en font toute l’année. Les politiques sont efficaces à partir du moment où elles ont une très grande lisibilité. Celle d’“un été au ciné” en manque. De plus, les quotas sont extrêmement faibles. Cela n’a plus l’efficacité que l’initiative avait les deux ou trois premières années.
Il faut que l’on s’interroge sur cette manifestation. Je suis tout à fait favorable à ce qu’il y ait du contenu. Je trouve que cela devient de plus en plus socioculturel et de moins en moins cinématographique. Cela ne me gêne pas, encore faut-il que cela soit clairement dit.

Article de David Matarasso
Extrait de Projections n°27/28 Mars - Juin 2008, repris de Projections n°6/7 Juillet 2003

Association française des Cinémas d’Art & d’Essai (AFCAE)
afcae chez art-et-essai.org
>> Visiter le site