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Permission de filmer par Perrine Michel

Renforcer les échanges entre l’action culturelle et le milieu pénitentiaire, sensibiliser aux pratiques et dispositifs d’éducation à l’image, tels sont les objectifs du séminaire “Audiovisuel en milieu pénitentiaire”.
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Une part du ciel de Bénédicte Liénard

Des interventions riches associant systématiquement deux acteurs, l’un du milieu pénitentiaire, l’autre de l’action culturelle, ont scandé ces rencontres organisé en partenariat avec la Fédération française pour la coopération des bibliothèques des métiers du livre et de la documentation (FFCB), le CNC, la Direction au Développement et à l’Action Territoriale et la Direction de l’Administration Pénitentiaire (21 et 22 octobre 2002). Trois grandes questions ont été abordées : la réalisation d’un film en prison, la diffusion en milieu carcéral, l’image comme vecteur de formation ou de réinsertion.
En guise d’introduction, un juriste et la directrice des services pénitentiaires de la Gironde ont souligné les difficultés liées à l’application du droit l’image et du droit d’auteur dans le cadre de la réalisation d’un projet audiovisuel en prison. Une question qui se pose de façon aiguë dans le cas des détenus. Elle fut illustrée par une projection de films réalisés en milieu pénitentiaire. La journée s’est achevée avec le beau film Une part du ciel, et un intéressant débat au cours duquel Bénédicte Liénard a expliqué son travail avec des acteurs et des détenus.
Dans certaines prisons sont incarcérées plus de 70% de personnes étrangères. Pour cette raison, le catalogue de la médiathèque des Trois Mondes, qui représente des cinématographies étrangères, est un outil important de diffusion en milieu pénitentiaire.

À la Maison d’arrêt de la Santé (Paris), le Directeur adjoint des services pénitentiaires d’insertion et de probation de Paris et Anne Toussaint, responsable des Yeux de l’Ouie, ont mis sur pied plusieurs ateliers. L’atelier d’information permet aux détenus de créer un journal télévisé diffusé sur le canal interne qui traite entre autres des droits des prisonniers et de leurs familles. L’atelier de programmation, quant à lui, rassemble plusieurs fois par semaine des détenus pour des séances de visionnage et des débats ; les programmations qui en découlent sont elles-aussi diffusées sur le canal interne. À cela s’ajoute la réalisation de courts métrages variés (biographiques, expérimentaux), à laquelle le contexte impose toutes ses contraintes - d’espace, de temps, d’organisation etc.

D’où cette troisième interrogation : jusqu’à quel point l’image peut-elle constituer ici un facteur d’apprentissage et de réinsertion ? Faisant part de sa volonté de former des détenus au CAP de projectionniste, un responsable de l’Atelier Cinéma de Normandie dresse ce constat : aucun détenu ne pourra obtenir le brevet tant que le matériel de formation disponible ne correspondra pas aux normes professionnelles. Amener en prison le matériel de l’extérieur : un enjeu crucial, auquel s’est attaqué avec succès l’association Lieux Fictifs, à Marseille, qui a mis en place un studio de 300m2 dans la prison des Baumettes. Un détenu y a réalisé un film. Celui-ci a été ensuite diffusé dans un festival. Son auteur a pu obtenir une permission spéciale avant d’être engagé au sein d’une équipe festivalière. Une belle réussite, qui s’appuie sur un travail de longue haleine et qui ne saurait masquer la difficulté inhérente au fait de proposer des ateliers audiovisuels en milieu pénitentiaire. Les quatre-vingt participants aux rencontres restent néanmoins convaincus de la valeur et de l’utilité de la démarche. Qu’en est-il des autres ? Il faudra leur prouver que l’audiovisuel en prison ne relève pas seulement du passe-temps, qu’il constitue un apport de réflexion et d’ouverture, un outil de création.

Perrine Michel
Article extrait de Projections n°2 Novembre - Décembre 2002



FFCB
Patrick Facchinetti
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