Qu’est ce que le racisme ? Ce terme, définissable pour ceux qui y sont confrontés, est peut-être moins simple à appréhender pour les quatorze jeunes du centre social de la Garosse de Pauillac en Aquitaine qui s’en sont emparés.
Ils étaient jeunes, de 9 à 13 ans, et manquaient donc forcément d’expérience ou de regard sur le sujet. Cet été, au sein d’un atelier vidéo d’ “un été au ciné”, ils ont pourtant dû réfléchir à la richesse du rapport à l’autre, aux différences culturelles pour s’en saisir comme d’une force et non les rejeter. Une démarche interculturelle par la découverte de l’autre a été le fil directeur de ces travaux conduit pendant trois semaines.
Comment expliquer le racisme à des enfants qui ne savent pas ce que c’est, sans provoquer d’effets pervers ? La prudence fut le maître mot de cet atelier. Les enfants ont commencé leur découverte de l’autre en regardant la définition de ce terme dans un dictionnaire, en élaborant un questionnaire pour recueillir des propos d’adultes afin de mieux cerner ce qu’est le racisme. De quel pays proviennent certaines épices ? Connais-tu quelqu’un du pays dont provient l’harissa ? Ou bien, moins attendu, mais aussi beaucoup plus drôle : Les nains peuvent-ils faire du basket ? Ces micros trottoirs ont été suivis de plusieurs interviews filmées. Armés de quelques questions, les jeunes se sont mis dans la peau d’un journaliste pour mieux comprendre des situations racistes, la difficulté d’une intégration culturelle ou pour connaître la vie d’immigrés en France, en procédant à des entretiens. Pourquoi être venu en France ? Pensez-vous avoir conservé votre identité culturelle ? sont des questions posées par ces journalistes en herbe. La vie en France d’un Anglais vivant en Dordogne, d’une femme ayant des origines réunionnaises, indiennes et françaises ou d’un homme ayant des parents russe et polonais fut scrupuleusement étudiée par ces enfants. La vidéo a permis d’immortaliser ces entretiens et de laisser le temps de la réflexion.
La fiction cinématographique a eu également toute sa place dans cette construction d’un regard interculturel de l’autre. Les jeunes ont mis en scène un petit gitan qui subit, du fait de sa seule origine, le rejet de l’autre ; une situation raciste qui n’aboutit pas. Le choix de réaliser ce film sans dialogue et de le tourner en noir et blanc voulait prouver que le racisme est le résultat de la bêtise, constat tiré des nombreux entretiens qu’ils avaient menés. La réalisation d’une cassette vidéo retraçant cette découverte du racisme a également une fonction de mémoire. À l’issue de la projection finale le 14 septembre au cinéma l’Eden de Pauillac, chaque enfant est reparti avec la cassette pour conserver une trace.
La compréhension du brassage culturel qui dessine le paysage français nécessite du temps. La première semaine fut consacrée au cinéma par la vision de courts métrages et à différentes rencontres pour mieux cerner le racisme. La deuxième fut de réaliser le film Petit d’homme, résultat de leur apprentissage. La troisième semaine, plus difficile, a été l’occasion de s’initier au montage. Par un principe de rotation, chaque jeune a participé aux différentes phases de l’atelier, de la mise en place des entretiens jusqu’au montage.
En collaboration avec la compagnie Triangle de feu et Vidéo 33, le travail de ces jeunes fut un succès et reçu un bon accueil du public. Cette cassette tourne dans différentes écoles de la ville. Dans la vidéo, un des enfants explique que l’“on est tous l’étranger de quelqu’un”. La vérité ne sort-elle pas de la bouche des enfants ?
Article extrait de Projections n°27/28 • Mars - Juin 2008
Repris de Cinéville n°6 • Novembre 2001
• Annexe
FICHE TECHNIQUE
Titre : Petit d’homme
Intervenant : Alain Dogneton
Réalisatrice : Catherine Dogneton
Caméraman : Bernard Laborde
Contact : cinéma Eden de Pauillac
Jocelyne Fatin
Tél. : 05 56 59 07 56







