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Dispositif d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques. Un regroupement de coordinations locales (près de 400), régionales (27) et nationale (1), de partenaires nationaux et régionaux, de collectivités territoriales, de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’associations...

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Mémoire et identité, rôle des actions artistiques

par Denis Cerclet - Transcription par Jean-Marc Génuite

Denis Cerclet est ethnologue et maître de conférences à l’Université Lyon II.
Je suis enseignant chercheur à l’Université Louis Lumière de Lyon 2 et travaille sur les questions relatives à la mémoire depuis déjà plusieurs années. J’essaie de faire le lien entre divers usages sociaux de la mémoire en m’intéressant à la manière dont ce concept est défini tant dans les sciences sociales, qu’en neurophysiologie ou neuropsychologie.

Aujourd’hui, au sein de ces disciplines, la mémoire fait l’objet de travaux de recherche qui renouvellent complètement l’idée que l’on pouvait s’en faire en la réduisant essentiellement à un lieu de stockage emmagasinant des souvenirs. Une mémoire collective était par exemple perçue comme constituée de souvenirs partagés par les habitants d’un quartier, les membres d’une société, voire toute une époque. Pourtant, une lecture attentive des neurophysiologistes et neuropsychologues fait apparaître la mémoire comme un processus et non comme un lieu de stockage. C’est une compétence que nous avons tous. Elle consiste à remobiliser des impressions qui ont laissé des traces dans nos synapses et à les reconstruire de manière tout à fait nouvelle. Ce n’est pas le passé qui est appelé pour être « rejoué » dans l’instant présent, mais c’est la situation présente qui va nous amener à remobiliser un certain nombre d’éléments de la mémoire afin que puisse se construire un rapport particulier à l’environnement présent. Lorsqu’on agit, on ne puise pas dans un stock, on réinvente en fonction des enjeux du présent. Cela signifie que les souvenirs ne sont pas immuables, qu’ils sont au contraire reconstitués et en perpétuel remaniement. Une histoire pourrait être répétée plusieurs fois, elle engendrerait toujours des modifications.

La mémoire est en somme extrêmement plastique. Elle s’adapte aux types d’activités menés par les individus et aux modalités des relations qu’ils entretiennent avec la réalité. Ainsi, la mémoire d’un musicien ou d’un golfeur ne ressemble en rien à ma propre mémoire et à force de se spécialiser une personne peut même courir le risque de développer une mémoire handicapante, parce qu’elle l’enfermerait dans une identité « particulière ».

Toujours liée à l’action, la mémoire repose en grande partie sur les émotions. Ce sont les émotions que l’on vit en agissant qui vont nous permettre de mieux « emmagasiner » nos impressions et l’acte de remémoration est souvent lié à l’accomplissement de gestes.

L’identité est soumise au même type de considérations que la mémoire. Elle a longtemps été pensée comme ce qui « m’identifierait », définirait « ma » nature, alors que l’on sait depuis quelques années que l’identité est elle-même en continuelle construction.

On peut considérer qu’il existe deux manières d’aborder l’identité. On peut l’appréhender en cherchant ce qui ne change pas, ce qui reste identique et qui serait le noyau dur autour duquel s’organiseraient une population, un individu, une société. Cependant, de même que pour la mémoire, on peut également considérer l’identité comme un processus en construction, ce qui nécessite de s’intéresser au projet politique d’un groupe social ou d’envisager le rapport au monde et à autrui d’une personne et la manière dont elle arrive à se constituer elle-même à travers ses relations.

Pour mieux qualifier le concept d’identité je reprendrais l’image suggérée par la célèbre phrase d’Heisenberg selon laquelle : « on ne peut pas connaître en même temps la position et le mouvement d’une particule ». Pour l’identité, il en va de même et lorsqu’on privilégie le mouvement, c’est-à-dire ce qu’une personne est capable de faire ou ce qu’un groupe social est en train de construire, de devenir, on ne peut pas saisir leur identité.

De plus, il me semble important de penser la mobilité, la manière dont une identité trop forte peut nous figer dans un rôle et d’interroger la possibilité de sortir du quartier ou d’échapper à une image attribuée par des dominants. Je crois que ce qui est primordial c’est de permettre aux individus d’être porteurs d’une multitude d’identités qu’ils pourraient négocier dans des situations différentes, d’être un peu comme des caméléons et d’avoir la possibilité de se déplacer dans la société. Il s’agit de favoriser le contact avec des univers différents.

Évidemment aborder ces notions oblige à s’interroger sur la société. Ici, je me réfèrerais aux travaux du sociologue Bruno Latourd qui distingue deux façons de penser la société. Une société peut être envisagée comme une substance, c’est-à-dire quelque chose qui existe en soi, ou comme une association, c’est-à-dire quelque chose qui est toujours en train de se faire et que l’on a besoin par nos relations, nos rencontres, nos associations, de faire revivre. Comme la mémoire, la société ne peut exister que si plusieurs personnes unies par une volonté commune se mobilisent autour d’un projet particulier.

L’action culturelle qui est l’un des axes abordés par cette table ronde m’apparaît comme porteuse de fictions, me semble proposer des fictions. Je reprends ce thème en revenant à son étymologie. Le terme Fiction vient du latin fictio, qui signifie façonner, créer, pétrir, donner à voir, il ne renvoie donc pas à quelque chose qui serait faux, ou qui relèverait du « faire semblant », mais à une expérience réelle qui permet à des individus de se retrouver autour d’une action commune, d’un projet commun. Ces fictions sont comme des performances parce qu’elles nécessitent le « faire ensemble ». Il s’agit d’agir, de regarder les choses, de pétrir, de serrer une main, de rencontrer des regards. De ce point de vue, les fictions apparaissent comme des expériences cognitives qui nous permettent d’expérimenter d’autres réalités que la nôtre. Elles développent la capacité de mobiliser différemment les souvenirs, les impressions passées et permettent de jouer avec « les » identités ou encore d’élargir notre compétence en ce qui concerne l’organisation de nos relations à l’environnement. Ici, il s’agit de « jouer » sur des devenirs individuels, sur ce qui se passe pour chacun d’entre nous et non plus de manière anonyme sur ce qui advient pour la population d’un quartier, d’un territoire, ou une classe sociale.

Denis Cerclet - Transcription par Jean-Marc Génuite
Table ronde "Construction de la mémoire et nouveaux regards sur le monde : quelles identités construisons-nous avec les actions culturelles ?"
Rencontres Nationales Passeurs d’images 2009 (17, 18, 19 décembre, Paris)




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