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La lettre en cours | Archives


Dispositif d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques. Un regroupement de coordinations locales (près de 400), régionales (27) et nationale (1), de partenaires nationaux et régionaux, de collectivités territoriales, de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’associations...

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Le CNC et l’éducation à l’image

Intervention de Pierre Forni - Retranscription par Jean-Marc Génuite

Pierre Forni est Chef du département de l’éducation artistique du CNC.

Dispositifs nationaux

Dans un premier temps, il me paraît utile, notamment pour nos amis Européens de rappeler brièvement la nature des diverses opérations nationales d’éducation à l’image que le Centre National de la Cinématographie organise. Dans le temps scolaire, nous avons mis en place les dispositifs École et cinéma, Collège au cinéma ainsi que Lycéens et apprentis au cinéma, alors que dans le hors temps scolaire nous soutenons des opérations comme Passeurs d’images.

Je dois préciser qu’en dehors de ces opérations institutionnelles mises en place par l’Etat, il existe en France une multitude d’autres lieux qui se développent avec ou sans le concours de l’Etat et où se pratique l’éducation au cinéma et à l’audiovisuel.

Du ciné-club aux salles d’Art et d’Essai

On peut ainsi souligner le remarquable travail accompli depuis 50 ans par les salles de cinéma d’Art et d’Essai qui ont longtemps été dirigées par des responsables formés dans les milliers de ciné-clubs qui, jusqu’à la fin des années 70, ont forgé la culture cinématographique de millions de Français. Actuellement, sur les 5200 écrans que compte le territoire français, plus de 2000 sont classés "Art et Essai", ce qui n’est pas négligeable. Lorsque je suis arrivé au CNC, il existait encore 8.000 ciné-clubs pour la plupart implantés dans les établissements scolaires. Il n‘en reste plus aujourd’hui que quelques centaines. J’ai donc à la fois assisté à la fin de la grande période des ciné-clubs, à la structuration du réseau de salles d’Art et d’Essai et à l’émergence des opérations d’éducation au cinéma.

En France, les festivals de cinéma participent également à cette éducation à l’image, notamment en accueillant de plus en plus fréquemment le jeune public.

Enfin, de nombreuses associations spécialisées dans la diffusion du cinéma - qu’elles regroupent des cinéastes expérimentaux ou des réalisateurs de films d’animation - sont impliquées dans ces actions d’éducation.

Voir et étudier

Pour en revenir aux opérations que le CNC a la charge de piloter, il est nécessaire de rappeler qu’elles reposent toutes les trois sur des principes analogues, qu’il s’agisse d’Ecole et cinéma, de Collège au cinéma ou de Lycéens et Apprentis au cinéma. Nous ne prétendons nullement avoir innové et reprenons pour l’essentiel de vieilles recettes : il s’agit de voir des films et de les étudier. Chaque trimestre, les élèves assistent à la projection d’un film sur lequel les enseignants, à partir d’outils pédagogiques fournis par le CNC, mènent un travail d’analyse cinématographique.

L’originalité de ces opérations vient plutôt du fait qu’elles se déroulent dans le temps scolaire, comme autrefois les ciné-clubs. Si tel n’était pas le cas, elles seraient beaucoup plus difficiles à organiser et nous toucherions moins de jeunes. En se développant sur la base d’un véritable partenariat entre l’Education Nationale et le Ministère de la Culture, ces opérations permettent ainsi à plus d’un million trois cent mille élèves d’acquérir les bases d’une culture cinématographique.

Le plaisir de la découverte

La philosophie de notre démarche ne consiste évidemment pas à imposer l’idée, surtout à des jeunes dans un cadre scolaire, qu’il existe de bons ou de mauvais films. Nous tentons plutôt de faire découvrir aux élèves certaines œuvres cinématographiques qu’ils n’iraient pas voir spontanément dans les salles de cinéma, de leur suggérer que l’on peut évidemment prendre du plaisir en allant voir un "blockbuster", mais qu’il faut aussi savoir qu’il existe des cinématographies Africaines, Russes…

Cette éducation au cinéma au sein des établissements scolaires est progressive. Grâce à Ecole et Cinéma, moment du premier contact, les enfants découvrent la magie du cinéma, la salle, l’émotion sur grand écran. Au collège, ils apprennent à distinguer les genres cinématographiques et les différentes cinématographies mondiales. Au lycée, pour ceux qui ont eu la chance de participer à l’ensemble du cursus et qui commencent à être de jeunes cinéphiles, il s’agit de découvrir les Auteurs ainsi que les langages et les écritures cinématographiques.

Choix des films proposés au sein des dispositifs

Il est important de rappeler que ce n’est pas le CNC qui détermine le choix des films proposés par les trois dispositifs, mais une commission nationale associée à chacun d’eux et dont le CNC assure le secrétariat. Chaque commission se compose d’environ 22 personnes et comprend des représentants du ministère de l’Education Nationale, des partenaires de terrain, des enseignants et un réalisateur qui est censé représenter le point de vue des auteurs. Les commissions ne sont soumises à aucun quota, mais ses membres doivent suivre certaines grandes directives. Le choix des films doit s’effectuer de manière à assurer une représentativité de toutes les cinématographies, de tous les genres et de toutes les époques. C’est lors des séances de visionnements organisées par le CNC que les commissions examinent l’ensemble des propositions qui remontent des acteurs de terrain jusqu’au CNC. Ces séances permettent aux membres des commissions de voir ou revoir les films proposés, d’en débattre et de choisir ceux qui leur semblent les plus adaptés.

Aujourd’hui, les dispositifs nationaux d’éducation à l’image génèrent près de trois millions d’entrées sur du cinéma Art et Essai très peu vu. Les distributeurs nous font des propositions très intéressantes, eux qui lors de la mise en place des dispositifs n’étaient pas "très chauds" pour nous "donner" les films, les actions ne concernant à l’époque que quelques dizaines d’élèves. Le travail des commissions se déroule sur toute une année et aboutit aux choix de cinq nouveaux films pour Ecole et cinéma et de huit films pour Collège et Lycéens que l’on ajoute aux listes associées aux dispositifs et qui s’allongent d’année en année. Il faut noter que la liste élaborée pour Ecole et cinéma possède une véritable particularité, puisque les films qui y sont intégrés y demeurent définitivement. L’idée des concepteurs de ce dispositif, l’association Les Enfants de Cinéma, est de constituer une liste de films "incontournables" qu’un enfant devrait, dans l’idéal, avoir vu au cours de sa scolarité.

Une diversité culturelle

Depuis 1989, les trois dispositifs ont proposé aux élèves de l’Education Nationale plus de 270 films réalisés par 206 cinéastes différents. Constitué majoritairement d’oeuvres de fiction, ce corpus comprend également des films d’animation et des documentaires. Précisons que 60% des films retenus ont été réalisés entre les années 80 et les années 2000.

En tant que Centre National de la Cinématographie française, nous proposons majoritairement des films français (38%), viennent ensuite les films américains (28%), les films Européens (20%) et les oeuvres issues des autres cinématographies (15%). La quasi-totalité de ces films (96%) sont classés " Art et Essai ". Ces pourcentages témoignent de la démarche culturelle menée au sein des divers dispositifs et soutenue par le CNC.

Depuis 20 ans, les films les plus proposés dans ces dispositifs sont ceux de Tim Burton, Alfred Hitchcock, Abbas kiarostami, Jean Renoir, Jacques Tati et François Truffaut.

Public touché

Les divers dispositifs concernent maintenant un million trois cent mille élèves. Lorsque l’on ajoute à ce nombre celui des jeunes touchés par le dispositif Passeurs d’images, on peut même considérer qu’un million six cent mille jeunes reçoit une éducation au cinéma. Cela représente environ 10 % des jeunes scolarisés. Nous sommes assez fiers de ce résultat, mais nous pouvons toucher encore plus d’élèves. En effet, lorsque l’on observe ce qui se passe au niveau Européen, par exemple en Suède, on s’aperçoit que les Suédois ont proportionnellement trois fois plus d’élèves concernés par les actions d’éducation à l’image.

Importance des partenariats

Après 20 ans d’existence, si je devais définir ce qui me semble pouvoir être considéré comme une réussite en un mot, je dirais qu’elle repose essentiellement sur le partenariat. En effet, rien n’aurait été possible si l’Education Nationale n’avait pas accepté que ces pratiques d’éducation au cinéma se déroulent dans le temps scolaire et surtout hors des établissements. Certes, l’analyse des films s’effectue au sein des établissements scolaires, mais les projections ont lieu en dehors de l’école, dans les salles de cinéma, c’est-à-dire le "lieu naturel" où l’on doit voir des films.

De même, nous n’aurions pas pu mettre en place ces dispositifs sans la collaboration des salles et des professionnels du cinéma.

Enfin, il ne faut pas oublier le rôle déterminant des collectivités territoriales qui financent environ 60% de ces actions, notamment en prenant en charge les coûts liés aux transports, surtout lorsqu’il n’y a pas de salle de cinéma à proximité de l’Ecole.

Intervention de Pierre Forni - Transcription par Jean-Marc Génuite
Conférence-débat "Pratiques culturelles et nouvelles technologies"
REJI (28 novembre 2008, Paris)




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