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Dispositif d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques. Un regroupement de coordinations locales (près de 400), régionales (27) et nationale (1), de partenaires nationaux et régionaux, de collectivités territoriales, de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’associations...

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Spoutnik, plus qu’une salle de cinéma ...

Le cinéma Spoutnik, situé à Genève, est un cinéma géré par le Collectif éponyme. Plus qu’une simple salle de cinéma art et essai, le Spoutnik est un véritable espace de réflexion sur l’audiovisuel et ses enjeux, dont la particularité est d’organiser des séances en plein air dans des lieux insolites tels qu’une piscine, une décharge automobile ou un accélérateur de particules... Rencontre avec le programmateur du Spoutnik : Pascal Knoerr.

Rosine Bénard : Pouvez-vous nous présenter l’association et le cinéma Spoutnik ?

Pascal Knoerr : L’association s’est formée dans le courant des années 80, à Genève. De nomade, elle est devenue brièvement sédentaire dans le cadre de la villa Fiasko, lieu multiculturel prêté par les autorités. Cette expérience n’ayant duré qu’une année, le Spoutnik se retrouve à nouveau sans lieu fixe, avant d’occuper définitivement un espace à l’Usine en 1990. Le cinéma Spoutnik, avec le Théâtre de l’Usine, l’espace d’art contemporain Forde, l’espace polyvalent Zoo et les salles de concert du KAB et de Post Tenebras Rock (PTR), participent depuis à la vie de ce lieu culturel autogéré, dont l’association faîtière L’Usine assure la coordination. Cet ensemble d’associations se trouve dans une ancienne usine de dégrossissage d’or, située juste à côté du Rhône dans le quartier de la Jonction à Genève.

Le but du collectif Spoutnik est de montrer des films se situant en dehors ou à la frontière des réseaux traditionnels de commercialisation, tant par leurs spécificités esthétiques que par leurs formats (Super-8, 16mm, 35mm, et vidéo) et leurs durées (courts, moyens, longs et très longs métrages). Nous essayons de mettre en place une politique de programmation qui permette à long terme d´approfondir le lien entre spectateur, création cinématographique et réseaux de programmation parallèle. Parfois, l’organisation de thématiques ou de rétrospectives ciblées permettent d’offrir une vision plus complète d’un auteur, d’un genre ou d’un sujet à notre public, même si le Spoutnik n’est pas nécessairement une annexe de cinémathèque.

À sa création, le Spoutnik fonctionnait sur un mode collectif : l’ensemble des membres de l’association décidait de la programmation, et salariait deux personnes ainsi que les projectionnistes et les caissiers, pour assurer la bonne marche technique du cinéma. Depuis 2006, deux programmateurs-trices sont nommé-es par l’association pour des mandats de programmation/gestion à durée limitée. Le collectif fonctionne désormais comme « groupe de conseil » et n’intervient plus sur la programmation de films.

Depuis le début des années 1990, le Spoutnik reçoit une subvention de la Ville de Genève et, ponctuellement, une aide de la Loterie romande pour des besoins techniques.

RB : Sur quels critères élaborez-vous vos programmations ? Comment repérez-vous les films que vous diffusez ?

PK : La distribution de films en Suisse romande, et en Suisse en général, est plutôt limitée dans son offre. Nombre de films de toutes origines ne sont pas montrés sur le territoire, en raison d’une raréfaction des salles hors multiplexes et hors réseaux de distributions traditionnels. Il devient difficile, voire impossible, d’importer spécialement pour un cinéma des films qui ne sont pas pris en charge par les distributeurs locaux. Pour ce qui est des critères, il nous importe de programmer des films dont la vision et/ou la forme différent de ce qui est majoritairement montré dans notre pays. Dès lors, nous scrutons avec attention les films présentés en festivals et les sorties en France et en Belgique – le seul moyen d’avoir des copies avec sous-titre français. De plus, les distributeurs étrangers avec lesquels nous sommes en contact étroit nous soumettent régulièrement des propositions. Récemment, nous avons profité de la sortie en copie neuve de Cabeza de Vaca de Nicolas Echevarria, pour programmer ce film sorti il y a 20 ans, mais dont la qualité et l’esprit correspondent bien à ce qu’il nous tient à cœur de défendre à travers le Spoutnik.

Il est par exemple étonnant de constater qu’un réalisateur aussi important que Guy Maddin, pendant longtemps, n’a jamais été diffusé en Suisse francophone ailleurs qu’au Spoutnik. À l’heure actuelle, des œuvres de cinéastes célébrés de la Nouvelle Vague, comme Jacques Rivette et Jacques Doillon, trouvent refuge au sein de notre programmation.

RB : Est-ce important pour vous au sein de votre programmation d’aider à la diffusion d’œuvres de jeunes artistes suisses ou internationaux et donc de leur donner une certaine "visibilité" qu’ils n’ont pas ailleurs ?

PK : Oui, d’ailleurs la part de premières œuvres programmées au Spoutnik est importante. Dans le cas d’artistes suisses, voire carrément genevois, nous essayons de les accueillir si les conditions de projections leur conviennent – nous programmons généralement une première œuvre sur une semaine ciblée, afin de conférer à ses projections un caractère exceptionnel, qui attirera plus rapidement un public parfois difficile à séduire.

RB : Comment pourriez-vous définir votre public ?

PK : Le public peut devenir membre du Spoutnik par le biais d’une carte lui permettant d’accéder aux séances à un tarif réduit. À l’heure actuelle, nous pouvons le considérer comme hétéroclite, sans catégorie d’âge en particulier. Nous avons un certain nombre de fidèles, tant parmi les cinéphiles à la retraite que parmi les étudiants en cinéma.

RB : Vous organisez ponctuellement des « cartes blanches » à vos spectateurs pour qu’ils puissent diffuser leurs propres films. Pourriez-vous nous en dire plus ?

PK : Une fois par année, le public est invité à montrer ses propres créations autour d’un thème donné (le western, la comédie musicale, les « 5 dernières minutes », le polar…). L’exercice s’apparente plus à un moment ludique qu’à une vraie réflexion sur l’implication des spectateurs, le résultat étant plus souvent potache que sérieux. Parfois, il émerge de véritables perles. Le public prend un véritable plaisir à cet événement, et il est étonnant que cela ne se déroule pas plus souvent à Genève. Peut-être manque-t-on de cinéastes en herbe…

RB : Comment est née l’idée de projeter des films dans des lieux insolites tels qu’une piscine ou un accélérateur de particules ?

PK : L’idée est évidemment de jouer sur les liens entre propos du film et contexte de diffusion – ce ne sont pas n’importe quels films qui sont montrés en plein air. Le Spoutnik est très bien équipé en matière de projection, il peut se permettre de sortir au grand air avec les formats pellicule comme avec la vidéo. Le public se déplace plus volontiers à ce type d’événement, et garde le plus souvent un souvenir plus prégnant de ces expériences.

RB : Sur votre site, vous évoquez le fait que vos principaux partenariats internationaux sont réalisés avec la France. Pourriez-vous nous en dire plus ? Connaissez-vous une structure qui pourrait être l’équivalent de la vôtre en France ?

PK : Ce serait plutôt en Belgique, du côté du cinéma Nova, qu’il faudrait trouver une structure proche du Spoutnik. Nous travaillons avec beaucoup de distributeurs français, dont certains très fidèles (ED Distribution, Shellac, Light Cone…). Nous sommes particulièrement attentifs à leurs catalogues, et bénéficions de rapports de travail facilités. Il est parfois difficile de trouver, parmi les distributeurs, des interlocuteurs qui comprennent le fonctionnement d’importation temporaire de films par le Spoutnik. Il est souvent dit que nous sommes très fortunés (le cliché de la Suisse) ou que nous achetons les droits pour tout le territoire, ce qui est hors de notre portée. Nous devons fréquemment rappeler que nous ne sommes qu’une simple salle de cinéma.

Entretien réalisé par Rosine Bénard.

voir en ligne : Site du cinéma Spoutnik




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