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Dispositif d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques. Un regroupement de coordinations locales (près de 400), régionales (27) et nationale (1), de partenaires nationaux et régionaux, de collectivités territoriales, de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, d’associations...

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Aller vers les publics

par David Matarasso

La situation de certaines communes isolées, de villages dépourvus de salles de cinéma, inspire aux acteurs culturels des projets originaux, reflets des réalités du terrain.

Les Roulottes du cinéma fêtent cette année leur cinquième édition. Ce séjour itinérant au cours duquel un groupe d’adolescents parcourt à pied les routes d’Aquitaine et propose aux habitants des villages des projections, remporte un succès croissant. “L’idée était de faire redécouvrir aux gens le plaisir du cinéma en plein air et de retrouver une dimension conviviale” déclare Nicolas Delprat, animateur cinéma au Centre Image de Sainte-Livrade, L’utopie qui organise la manifestation en collaboration avec la MJC.

L’originalité de l’opération est de toucher simultanément deux publics. Celui des adolescents, tout d’abord. “Ils dorment dans les roulottes tirées par des chevaux” raconte Nicolas Delprat, “s’initient durant le voyage à plusieurs disciplines, tels que le cirque, le cinéma, l’audiovisuel, l’hippologie, grâce aux animateurs qui les accompagnent”. À chaque étape, la troupe propose des animations. L’après-midi, ce sont des ateliers vidéo destinés aux enfants. Le soir se déroule une séance de cinéma en plein air gratuite. Elle est précédée d’un spectacle de cirque avec jonglage, acrobatie et voltige équestre. Les ateliers, le spectacle et la séance sont mis en place par les adolescents. Ils découvrent une “vie collective particulière, autonome” à bord d’une caravane fonctionnant en “autogestion”. L’autre public, ce sont les habitants des communes traversées, au nombre de neuf cet été, et dont deux seulement possèdent un cinéma. Les villageois se montrent “plutôt satisfaits” des films qu’ils découvrent à l’occasion des projections en plein air, lesquels vont du cinéma grand public ( Astérix Mission Cléopatre ) à l’Art et essai ( L’Esquive ).

Ce sont les communes qui sélectionnent et proposent les films aux organisateurs des Roulottes du cinéma. Les œuvres projetées en plein air doivent être sorties en salle depuis au moins un an. Elles sont donc souvent disponibles en vidéocassette, ce qui permet aux adjoints à la culture des mairies ou aux membres des syndicats d’initiative de les visionner. Ces derniers tiennent compte au maximum du public qu’ils estiment susceptible de se rendre à la séance. “Nous les laissons libres de leur choix” assure Nicolas Delprat, “nous n’intervenons que lorsque nous pensons que le film choisi est trop difficile”. Il importe d’“harmoniser”, de trouver un juste équilibre entre le film, l’esprit du lieu et les spectateurs. En moyenne, ils sont une centaine par séance. Selon Nicolas Delprat, la convivialité s’étend au-delà du cadre de la séance. “Dès les préparatifs de l’après-midi, quand les jeunes installent le matériel de projection, construisent le plateau de cirque et ses coulisses, on voit les personnes âgées assises sur le banc de la place du village, se lever et venir discuter avec eux”.

La démarche a séduit les communes. De sept, elles sont passées à neuf. “C’est au mois de septembre 2004 que nous avons commencé à rencontrer les élus pour préparer la tournée de l’été 2005” se souvient Nicolas Delprat. “Quand de nouvelles communes nous ont sollicité pour devenir des étapes, nous avons accepté à condition que la tournée puisse durer une semaine de plus”. Peut-être faut-il en déduire que même si elles sont désireuses d’apporter à leurs habitants des animations et une offre culturelle, nombre de commune ne peuvent trouver les moyens de réaliser leur souhait qu’au moment où se présente un acteur extérieur, porteur d’un projet. Ainsi, c’est sous la forme d’un tournage que le cinéma fait son entrée dans quatre communes de Haute Normandie, Berville-sur-Seine, Anneville-Ambourville, Bardouville et Yville-sur-Seine. Ces quatre villages sont très isolés car situés dans un méandre prononcé de la Seine baptisé la Presqu’île. Les activités culturelles y sont rares et l’on n’y trouve pas de cinéma. “La première salle est à Rouen, à trente kilomètres” explique Philippe Burnacci, qui organise depuis trois ans des ateliers de théâtre dans la Presqu’île. “Pour y aller, vous pouvez prendre le bac, ce qui met au mieux quarante minutes, ou bien vous y rendre par la route, ce qui met une heure. Ce n’est pas évident pour les jeunes qui sont en scooter”. Fabrice Tempo a choisi de tourner son premier long métrage dans la Presqu’île. Lui et son producteur Philippe Burnacci ont déjà animé des ateliers de réalisation “cinéville - un été au ciné” dans la région. Une idée leur est alors venue : profiter de l’occasion pour mettre en place un atelier de réalisation de documentaire.

Ainsi, durant le tournage prévu du 25 juin au 5 août, va se dérouler un “mini-tournage” (du 4 au 29 juillet), effectué par un groupe de douze adolescents habitants la Presqu’île.
Ceux-ci vont réaliser le “making of” d’Un été surréaliste, le film de Fabrice Tempo, dans des conditions les plus professionnelles possibles. “Il y a des conventions de tournage, des droits à l’image que les adolescents doivent faire signer à chaque personne qu’ils intervieweront” souligne Philippe Burnacci. “Habituellement, les ateliers sont frustrants pour nous, techniciens. Nous n’avons pas le temps d’aller au bout de nos explications et les jeunes qui travaillent sur des scénarios improvisés sont souvent déçus par le résultat final. Ici, ils ont appris le maniement du matériel en avril, en tournant trois petits films, puis ils ont travaillé sur l’écriture du documentaire, ont pu interroger le réalisateur sur la genèse de son projet”. Au départ, Fabrice Tempo avait écrit un court métrage qu’il pensait tourner en différents lieux. Il s’agira finalement d’un cinquante minutes filmé en intégralité sur la Presqu’île. Chacune à leur tour, les quatre communes s’apprêtent à accueillir l’équipe. “Elles mettront leur salle polyvalente à disposition pour que la production puisse y installer ses bureaux”.
Une question se pose : comment transformer l’essai et faire qu’à l’issue de cet événement, le cinéma s’enracine sur la Presqu’île ? Les élus locaux ont trouvé une réponse. Ils ont demandé à Philippe Burnacci de mettre en place un ciné-club le vendredi, le samedi et le dimanche.
Au sud du département du Cher (Centre), le Pays du Berry Saint-Amandois est un autre exemple de “désert en matière de culture”, pour reprendre les termes de Véronique Lamy, Déléguée départementale des Foyers Ruraux du Cher et animatrice du Comité Départemental du sport en milieu rural (CDSMR).

Afin d’y remédier, “Un été sportif et culturel” propose chaque année des activités aux adolescents de différents cantons : canoë, tir à l’arc etc., auxquels ils s’inscrivent pour participer. L’opération mise en place en 1998 par la Direction Départementale Jeunesse et Sport est gérée depuis deux ans par le CDSMR. “Elle touchait au départ peu de cantons et une cinquantaine d’adolescents” rappelle Véronique Lamy. “Aujourd’hui, 650 jeunes sont concernés. Cette année, en partenariat avec l’Atelier Production Centre Val de Loire (APCVL), nous avons eu envie de greffer une action cinéma sur l’opération”. Une initiative qui souhaite répondre à l’attente des adolescents dans un paysage qui compte cinq cinémas fixes. “La diffusion est surtout l’affaire de deux circuits itinérants, Cinémobiles et le circuit de la Fédération départementale des Foyers ruraux” explique Véronique Lamy. “Les Foyers Ruraux, qui ont été fondés après la Seconde guerre mondiale, sont une fédération qui rassemble des associations et des structures. Sa vocation est de faire vivre les villages (…) Le circuit de cinéma des Foyers du Cher s’est développé depuis 20 ans. Il traverse de nombreux villages, dont certains de moins de 100 habitants”.

Dans le cadre d’“un été au ciné”, l’APCVL propose cet été un module audiovisuel, co-financé par le programme européen Leader Plus. “Un animateur doit se rendre dans onze communes (Dun-sur-Auron, Le Châtelet, Lignières etc). Dans chacune d’elles, il organise le tournage d’un film au cours duquel intervient un professionnel : scénariste, bruiteur, animateur, cascadeur, truqueur…” résume Wilfried Jude de l’APCVL. Chaque tournage doit durer une semaine. “La difficulté” note Véronique Lamy, “est de faire en sorte que les adolescents reviennent à la deuxième journée de tournage” au lieu d’aller voir ailleurs, du côté des nombreuses autres activités proposées. Elle est très impatiente de voir le résultat et estime qu’un certain nombre d’adolescents devrait être intéressé, notamment ceux qui “sont déjà sensibilisés à la thématique de l’image via les établissements scolaires grâce aux Contrats éducatifs locaux”. Grâce à l’“Été sportif…”, les liens intercommunaux se renforcent. Dans cette idée, les organisateurs de l’action cinéma ont prévu une journée de restitution publique des films tournés. “Le 19 août, à Dun-sur-Auron, aura lieu une séance en plein air. Un jury composé d’un ou deux jeunes de chaque tournage et d’élus, attribuera un prix à un film” déclare Véronique Lamy. “Les adolescents pourront se rencontrer et échanger sur leurs territoires”.

Enfin, comme chaque opération culturelle de type événementiel, celle-ci pose une question récurrente : la pérennisation des activités. Véronique Lamy a vu des villages se doter d’un club de tir à l’arc suite à l’“Été sportif…”. Elle espère qu’il en ira de même avec le versant culturel et cinématographique de la manifestation, et que des ateliers vidéo se développeront tout au long de l’année.

Rendez-vous dans un an.

David Matarasso
Article extrait de Projections n°27/28 • Mars - Juin 2008
Repris de Projections n°16 • Juillet 2005



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