Jean-marc Génuite : Pourrions-nous, dans un premier temps, revenir sur l’origine de la création du fonds CNC - Images de la Culture ?
Alain Sartelet : C’est le Ministère de la Culture et de la Communication qui est à l’origine de sa mise en place en 1978. L’initiative visait à offrir une « seconde chance » à des productions documentaires soutenues par les différentes Directions de ce ministère après leur passage à la télévision. En effet, une fois passée leur diffusion télévisée, la vie publique de ces documentaires semblait quasiment terminée, alors que bon nombre d’entre eux étaient susceptibles de devenir des supports d’enseignements et d’être diffusés dans des musées ou des bibliothèques. En constituant ce fonds, l’idée de départ était donc de permettre à ces documentaires de « revivre » à travers des lieux de diffusion.
JMG : A partir de quelle date le Centre national du cinéma et de l’image animée a-t-il réellement pris en charge la gestion du fonds ?
AS : La gestion du fonds a été directement confiée au service de la diffusion du CNC en 1996, donc finalement assez tardivement. Précédemment, son administration avait été assurée par une série d’organismes dont ArCanal fut le dernier en date. Au moment de la dissolution de cette association, il paraissait légitime et logique que le Centre national du cinéma et de l’image animée récupère le fonds.
JMG : Pensez-vous que le fonds Images de la culture propose un éventail assez large de la production documentaire ?
AS : Depuis l’origine, ce fonds n’a cessé de se diversifier en partie grâce à la rapide mise en place d’une commission d’achat de droits pluridisciplinaire qui s’est efforcée de combler les différents manques du catalogue initial. Actuellement, le fonds s’architecture autour de diverses thématiques et les programmes qui le composent témoignent d’une certaine vocation encyclopédique. En même temps, on ne peut nier que les documentaires du fonds restent essentiellement des réalisations françaises et que l’acquisition de films étrangers demeure très marginale.
JMG : De quels « moyens » disposez-vous pour faire l’acquisition de nouveaux titres ? De quelles manières et selon quelles modalités choisissez-vous les films ?
AS : Nous disposons d’une enveloppe budgétaire annuellement renouvelée qui nous permet chaque année d’acquérir une trentaine d’œuvres. Concernant le choix des films, on peut souligner que depuis quelques années une modification notable s’est produite dans l’orientation. Nous avons dû recentrer nos choix de programmes sur le domaine des médias, le CNC investissant de l’argent dans les achats de droits de productions audiovisuelles ayant décidé de favoriser l’acquisition de documentaires liés au cinéma, son principal domaine d’activité. Afin d’institutionnaliser cette nouvelle « politique d’achat » privilégiant les documentaires relevant du champ cinématographique, nous avons mis en place un comité d’experts qui a pris le nom de Regards sur le cinéma. Mon collègue Marc Guiga effectue un véritable travail de repérage en se rendant tous les ans dans plusieurs festivals, par exemple le Festival International du film documentaire de Marseille, ou le festival du film d’histoire de Pessac. Une fois les films repérés, ils sont visionnés et « discutés » par notre comité d’experts Regards sur le cinéma.
JMG : À quel moment ce comité a-t-il été créé ? Quelles personnes en font partie ?
AS : Organisé par Marc Guiga, le comité existe depuis environ cinq ans et se compose à la fois de salariés du CNC et de collaborateurs extérieurs à l’institution que nous sollicitons en tant que conseillers sur le choix des programmes à acquérir.
JMG : Comment informez-vous les correspondants des nouvelles acquisitions du fonds ?
AS : Elles sont automatiquement mises en ligne sur le site d’Images de la Culture, mais manquent actuellement de visibilité. Une nouvelle version du site en cours de réalisation devrait nous permettre de mieux les mettre en valeur. Pour le moment, c’est essentiellement grâce au magazine Images de la Culture que dirige Marc Guiga que nous assurons une visibilité aux nouvelles acquisitions du fonds. Chaque année, fiches et articles y sont publiés sur les nouveaux programmes.
JMG : À qui s’adresse le fonds Images de la Culture ?
AS : Il est destiné à des interlocuteurs extrêmement variés. Nos correspondants sont autant des Institutions culturelles comme La maison de la danse à Lyon ou la Bibliothèque Nationale de France que des structures plus modestes comme la médiathèque d’une « petite » ville qui nous commande des DVD pour « monter » une animation culturelle dans une école. Nous travaillons également avec des musées auprès desquels je joue le rôle de conseiller en programmation. Le musée du Quai Branly est par exemple en train de se constituer un véritable fonds à partir de notre catalogue. Il faut préciser que nos activités ne se réduisent pas aux périmètres de l’hexagone puisque nous touchons également les établissements culturels des DOM-TOM.
JMG : Est-ce que le CNC propose des modes d’accompagnements pour les films qui composent le fonds ? Existe-t-il par exemple des DVD ou des livrets pédagogiques qui permettraient aux bibliothécaires de préparer une séance publique organisée dans leurs locaux ?
AS : Quelques livrets ont été réalisés avec le Centre national du théâtre pour accompagner certaines œuvres, mais cette démarche reste profondément marginale au vu des 2800 titres qui forment le fonds. De toute façon ce n’est pas notre vocation de réaliser de tels outils pédagogiques et avec un fonds aussi imposant que le nôtre ce serait totalement utopique de s’engager sur cette voie.
JMG : Un particulier peut-il se procurer les œuvres du fonds pour sa vidéothèque personnelle ?
AS : Non, le fonds est réservé aux établissements culturels, éducatifs et sociaux, mais toute personne peut se rendre dans les locaux du CNC pour visionner les films du catalogue. Lorsqu’un particulier en quête d’un film me contacte, je lui suggère généralement de le faire acheter par la médiathèque de sa ville.
JMG : Pourriez-vous préciser les liens qui existent entre le fonds Images de la Culture et le Mois du film documentaire ?
AS : Le CNC finance une bonne partie de cette opération organisée annuellement par Images en bibliothèques. Chaque année, au moment du festival, nos ventes de DVD augmentent considérablement et nous sommes sur l’opération comme conseiller pour assurer des relais d’informations. Au moment du Mois du film documentaire, je suis sollicité par de nombreuses demandes de conseils à la programmation.
JMG : Grâce à cette manifestation, des films du catalogue Images de la culture trouvent donc des lieux de diffusion, mais est-ce que cette opération nationale permet au CNC de repérer des documentaires dont il pourrait faire l’acquisition ?
AS : Cela peut arriver, mais cette opération n’est pas vraiment pour nous l’occasion de repérer des films, elle nous permet plutôt de proposer et de diffuser des programmes.
JMG : Quels sont les droits dont bénéficient les organismes culturels lorsqu’ils achètent les films du catalogue en DVD ?
AS : Il existe plusieurs types de droits. Certains correspondants comme les médiathèques acquièrent par exemple les droits de consultation sur place ou les droits de représentations publiques non commerciales qui leur permettent d’organiser des projections dans leur salle à condition que le public dispose d’un accès libre à la séance. Il existe un troisième type de droit qui est le droit de prêt au particulier. Malheureusement celui-ci n’est pas en vigueur pour l’ensemble des titres disponibles au sein du fonds, seuls quelques-uns en disposent et pour l’instant nous ne sommes pas en mesure de mettre en ligne un Listing qui permettrait à nos partenaires de connaître l’ensemble des œuvres bénéficiant de ce type de droit. Pour trouver les documentaires qui possèdent le droit de prêt au particulier, il est actuellement inévitable de consulter les fiches des films une à une sur notre site.
De plus, nous proposons régulièrement ce que l’on nomme des mises à disposition, cette année nous mettons par exemple à la disposition de nos correspondants l’ensemble des titres associés aux sciences humaines. Cette offre particulière permet aux établissements d’acquérir les supports de diffusion pour à peine 5 à 6 euros l’unité.
Par l’ensemble de ses propositions, le fonds Images de la culture donne un véritable « coup de pouce » à la diffusion de la culture et en étant à l’origine de nombreuses projections publiques et débats, il participe à donner une vraie vie au genre documentaire.
Jean-Marc Génuite
Août 2010
Site du Fonds Images de la culture : http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/Cnc/index.htm







