THOMAS LEGON

À la recherche de l’objectif perdu (dans l’implicite)

Par Tomas Legon, Docteur en sociologie, École des Hautes Études en Sciences Sociales
La problématique de la conférence est la suivante : l’objectif des dispositifs d’éducation aux images n’est pas discuté parce qu’il considéré comme implicite.
Cette concertation à Lyon peut apparaître comme une réunion d’acteurs forcée par des choix institutionnels qui doivent coopérer alors qu’ils ne se définissent pas de la même manière et que les termes employés par les uns et les autres peuvent avoir un sens différent : éducation aux images et éducation à l’image, mais aussi éducation par l’image.
C’est un moment crucial pour requestionner des objectifs en essayant de mettre de côté les mots opératoires, c’est-à-dire ce qu’on utilise pour faire son travail. Ces mots peuvent faire écran car on a l’habitude de les utiliser, on a l’impression qu’ils ont le même sens pour tout le monde, ils donnent l’impression qu’on sait ce qu’on fait or ce n’est pas forcément le cas.
Question de départ : pourquoi vouloir intervenir dans la vie culturelle d’individus qui ont déjà une pratique culturelle ?
Même si les professionnels de l’action culturelle théâtre et des musées peuvent se poser des questions semblables, ils sont face à un public qui n’a pas de pratique, or ce n’est pas le public des dispositifs d’éducation aux images. Les jeunes voient des films dans des salles de cinéma ou ailleurs mais ils voient des films.
Alors pourquoi vouloir intervenir dans la vie culturelle des jeunes ?
1) Parce que nous ignorons les niveaux de pratique des films en France. L’essentiel de l’action culturelle cinéma s’adresse aux jeunes alors que c’est la tranche d’âge qui fréquente le plus les salles de cinéma. Les senior eux voient de moins en moins de films. La consommation de films est une consommation juvénile. Les senior regardent la TV. Et c’est toujours vrai dans l’ère du tout numérique : les jeunes fréquentent les salles de cinéma.
Du côté de la production d’images, c’est la même chose : les jeunes produisent beaucoup plus d’images que leurs aînés. Il n’y a pas de raison objective de les inciter à faire, ils font déjà.
2) Parce que nous estimons que les pratiques qui existent posent problèmes et que nous voulons les améliorer.
De ce fait, en mettant de côté les mots opératoires et en ré-interrogeant nos pratiques, on peut assumer qu’on fait de l’éducation aux images ou artistique au cinéma pour améliorer les pratiques et les goûts des jeunes.
L’essentiel des discussions concerne les moyens, comment on fait, comment on réunit, etc.
Il faut absolument prendre le temps d’expliciter les objectifs qui animent les uns et les autres car les différents réseaux vont être obligés, de gré ou de force, de travailler les uns avec les autres.
En tant que sociologue Thomas Legon précise qu’il n’a aucun avis sur ce qui serait un bon ou un mauvais objectif à poursuivre. Sa position n’est pas de dire comment travailler mais plutôt d’inviter à questionner des objectifs qui restent dans l’implicite.
L’état des connaissances actuel
Il faut assumer que c’est un travail de transformation d’autrui. Si on veut intervenir dans la vie des jeunes, c’est qu’on veut les transformer. On ne veut pas les faire disparaître mais on veut modifier quelque chose de pérenne en eux.
- C’est ce qu’on fait à travers l’éducation à l’image, c’est-à-dire une éducation au regard, au langage cinématographique.
- C’est différent de l’éducation aux images qui veut former les jeunes à la fabrication d’images, quel que soit le support.
- C’est différent aussi de l’éducation par l’image qui permet de comprendre un état du monde grâce au cinéma (approche thématique).
Selon l’approche choisie, à travers les actions de chacun, on veut que le point de vue des individus pris en charge dans le cadre d’une médiation évolue.
C’est un euphémisme de parler d’accompagnement alors qu’en réalité on veut transformer.
Cette conversion se fait sur la base de la croyance d’une supériorité esthétique du cinéma.
Ces objectifs de transformation sont présentés comme des objectifs socialement neutres, comme des objectifs universels. C’est le cas quand on dit qu’on défend la qualité, la curiosité ou la diversité.
Or on ne veut pas donner le goût du cinéma mais le goût d’un cinéma puisqu’on s’adresse à des jeunes qui ont déjà des pratiques et qui ont déjà des goûts de cinéma.
Cette volonté de transformation veut aller vers une éducation du plaisir esthétique.
C’est la même chose pour la curiosité et la diversité, il faut assumer qu’on veut amener ces jeunes vers une qualité formelle et un rapport esthétique.
Cette volonté de transformation du goût est socialement située, elle est voulue grosso modo par un groupe de personnes qui potentiellement défendent le même goût du cinéma, la même approche esthétique. On se rend compte qu’il a fallu des conditions sociales pour que cette prise de conscience esthétique puisse avoir lieu.
On peut avoir d’autres objectifs, l’essentiel pour certains dans la mise en œuvre d’un atelier c’est par exemple que les jeunes se sentent valorisés, qu’ils apprennent à coopérer. Dans ce cas, ce sont des objectifs sociaux, des objectifs de valorisation de personnes.
Conclusion 
Ce qui est important c’est de sortir de l’implicite pour pouvoir situer d’où l’on parle, ce qu’on défend et si l’on peut s’entendre sur des objectifs partagés.