Rencontres nationales

Restitution
Programme
Intervenant·es
Les Rencontres nationales sont le rendez-vous de l’année professionnelle pour les coordinateur·rices des dispositifs scolaires (École et cinéma, Collège au cinéma) et du dispositif Passeurs d’images. Elles offrent des temps de formation et de réflexion à un réseau de professionnel·les : conférences, projections de films, tables rondes, masterclass, etc. Elles sont aussi un moment de rencontre avec les partenaires institutionnels.
En 2020, pour la première fois, l’association nationale Passeurs d’images organise des journées de rencontre inter dispositifs (temps scolaire et hors temps scolaire). La thématique de l’identification a guidé la construction de ces journées dans son premier format en présentiel, qui devait avoir lieu à l'Espace Lurçat à Juvisy et au Forum des images. Proposées actuellement à distanciel en raison de la crise sanitaire, elles ne renoncent pas à être un évènement d’envergure pour tout notre réseau !
L’adaptation du programme au format à distance nous a obligé à réduire des temps, à les adapter ou même à les décaler à la prochaine édition - en présentiel!. Nous avons malgré tout gardé un programme riche pour les professionnel·les de l’éducation, du cinéma, de la médiation et le grand public !
Nous vous invitons à y participer !
Le temps d’un film, devenir un autre
Le cinéma a un super pouvoir extraordinaire : nous transformer, le temps d’un film, en quelqu’un d’autre. 
Il nous permet d’avoir mille vies, de devenir une petite fille ou un vieil homme, une journaliste ou un aventurier, un ogre terrible ou un cow-boy. 
Lorsque l’on va au cinéma, lorsque l’on regarde les visages des personnages, lorsque leurs émotions nous contaminent, sans nous en rendre compte, nous devenons eux. Nous vivons des chagrins d’amour, des rancœurs, des colères, des peurs, la joie des retrouvailles.  
Le temps d’un film, en nous identifiant au personnage, nous partageons l’expérience de sa vie. 
Cette question de l’identification au cinéma est une question centrale, tant au niveau du fond que de la forme. Car ce qui nous permet de nous identifier n’est évidemment pas pris en charge simplement par le personnage mais par la mise en scène, le point de vue du cinéaste sur le personnage. La question esthétique est au centre de notre capacité à nous identifier à ceux que nous voyons vivre sur l’écran. 
Se projeter dans quelqu’un d’autre n’est bien entendu par un processus exclusivement lié à l’expérience cinématographique. Il est avant tout une de nos plus belles aptitudes, notre capacité d’empathie.  
Se mettre à la place de l’autre, c’est le comprendre mieux, c’est construire un lien invisible entre lui et moi. 
Cette question de l’empathie est au cœur de nombreux travaux de neurosciences, popularisés entre autres par Jean-Claude Ameisen et sa formidable émission Sur les épaules de Darwin 
Dans l’une de ses émissions, Ameisen fait part de récents travaux mettant en lumière que la fréquentation d’œuvres d’art de fiction modifie notre cerveau en profondeur et accroît significativement notre capacité d’empathie. SI on voulait le dire rapidement, côtoyer des œuvres d’art nous rend meilleur. 
Choisir de travailler lors des Rencontres nationales sur cette thématique de l’identification et de l’empathie nous a semblé alors évident. A la croisée des questions esthétiques, morales, scientifiques et sociétales.  
Car se poser la question de l’identification, c’est aussi permettre de poser la question de l’identification des enfants et des jeunes aux personnages des films qui leur sont proposés dans les dispositifs d’éducation aux images. 
Peut-on s’identifier à n’importe quel personnage ? Peut-on s’identifier à des méchants ? Peut-on s’identifier à un garçon quand on est une fille ? A une fille quand on est un garçon ? A un adulte quand on est un enfant ? A un très jeune enfant quand on est un adolescent ? 
La question de la diversité des représentations, absolument nécessaire, pourrait se doubler d’une réflexion permettant d’éviter les écueils d’un discours communautariste maladroit qui semble parfois un peu rapidement exprimer qu’il faut des films de femmes avec des personnages féminins pour les filles, des films de cinéastes issus de la diversité pour des jeunes gens issus de la diversité. 
S’il est fondamental que les dispositifs puissent faire plus de place aux films de femmes et aux personnages féminins, ce n’est pas uniquement pour les jeunes filles mais bien aussi pour les jeunes garçons, c’est-à-dire pour tous les spectateurs.  
Le cinéma nous permettant de découvrir ce que c’est d’être un autre, et ce faisant, de le comprendre, il nous permet de sortir de nous, de nous faire sortir de nos frontières, d’élargir nos horizons.  
La force de l’identification est de nous permettre devenir un autre, qui ne nous ressemble pas forcément.  
Qui n’a pas pris plaisir à devenir M dans M le maudit, Joe dans Le Petit fugitifScarlet O’Hara dans Autant en emporte le vent ? 
Pour mener une réflexion riche sur ces questions complexes, Passeurs d’images propose de traiter la question de l’identification en croisant les points de vue : scientifiques, cinéastes, écrivains, philosophes et pédagogues pourraient être invités à venir parler de leur expérience personnelle et de leurs travaux respectifs. Ce sera aussi bien entendu l’occasion d’aborder la thématique du point de vue du geste de création, de s’interroger à partir de cas concrets venant du terrain et de tenter de lier une approche théorique des questions d’identification et d’empathie à une approche du geste pratique. 
Anne Charvin,
chargée d'éducation aux images chez Passeurs d'images
Les processus d’identification mis en jeu dans les expériences artistiques et culturelles : visionnage, création, récits de soi, rencontre
La thématique de l’identification traverse les Rencontres nationales des réseaux École et cinéma, Collège au cinéma et Passeurs d’images, à l’heure où appréhender, regarder, créer des œuvres audiovisuelles permet de reprendre possession sur son imaginaire, de reconfigurer son rapport au monde et de s’y projeter.   
En situation de visionnage ou de création, des processus d’identification et de miroir se mettent en jeu entre l’œuvre et le public. Par exemple, on ressent de l’empathie pour les personnages que l’on voit évoluer sur l’écran, qu’il soit de cinéma, de série, de création numérique en tant que spectateur·rice, on se projette dans l’histoire à travers leurs perceptions et aventures, on s’identifie à leurs parcours, à leurs récits et on prend ainsi parfois du recul et de la distance sur nos histoires personnelles. Dans un même élan, au moment de la création d’une œuvre audiovisuelle, on s’identifie aux personnages et intrigues que l’on imagine et que l’on met en images, dans le but de faire passer des messages, des émotions, des idées.   
La pluralité et la diversité des actions mises en place dans le cadre du dispositif Passeurs d’images, qui allient le « Voir » et le « Faire », questionnent cette approche de l’identification à plusieurs niveaux. L’identification se manifeste sous différentes formes : on peut s’identifier à des œuvres, des films, des séries, des personnages, des situations, des sentiments, une esthétique ; s’exprimer et donner à voir son point de vue et sa sensibilité à travers l’acte de programmation et s’identifier à ses choix ; croiser ses approches et ses ressentis avec d’autres par l’échange et la rencontre citoyenne et ainsi identifier ses ouvertures au monde ; déployer son regard et ses pensées à travers la création artistique et audiovisuelle et s’identifier aux personnages créés, etc.  
Le processus d’identification apparait alors à la fois omniprésent et interrogeant : comment accompagner les publics dans le développement de leur empathie et de leur sentiment d’identification dans une expérience de visionnage ? Par quels moyens peut-on accompagner leurs gestes artistiques et leur rapport à l’audiovisuel afin de qualifier leur capacité de représentation et d’empouvoirement ? La rencontre avec des œuvres, avec des artistes et la pratique audiovisuelle favorisent cette propension à l’identification que développent les publics lorsqu’ils sont en situation de transmission, d’invention, d’expérimentation des images.  
Au sein de cette matinée d’étude et d’échanges, les questions de représentation et de diversité culturelle à l’écran seront abordées, notamment à travers le prisme des effets et mécanismes d’identification que la réception des films peut engendrer chez les publics, tout en soulevant ce que cela questionne au niveau de la création artistique.  
A travers la projection du film Mignonnes réalisé par Maimouna Doucouré, un   temps de partage et de réflexion sera proposé, avec une discussion entre la réalisatrice Maimouna Doucouré, l’actrice Nadège Beausson-Diagne et la sociologue Marie-France Malonga.  
Ce temps se propose d’étudier et de penser, entre autres, les approches de l’identification qui se déploient au sein des questions liées aux représentations des personnes issues des dites "minorités ethniques". Comment amener plus de diversité à l’écran ? Comment mieux s’emparer du réel ? Qu’est-ce que ces phénomènes d’invisibilisation induisent sur la création et sur la réception des publics ? Quelles dynamiques mettre en œuvre et penser collectivement ?  
Cette discussion permettra de revenir sur l’expérience de création et de distribution de l’œuvre cinématographique Mignonnes et de tisser à partir de ce cas concret un chemin d’analyse et de dialogue autour de la représentation de la diversité à l’écran et des processus d’identification qu’elle met en lumière. Ce temps sera aussi l’occasion de penser ces questions à l’aune des pratiques liées à la médiation culturelle et à la transmission auprès des publics. 
Carol Desmurs,
chargée d'éducation aux images chez Passeurs d'images
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