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L’association donne la parole à celles et ceux qui font vivre les projets d’éducation aux images de Passeurs d’images sur le territoire aux plus près des jeunes, élèves et quartiers prioritaires malgré une année 2020 mouvementée. ⁣⁣

Collectif Belladone


Depuis 2011, Belladone réunit des artistes de plusieurs disciplines (cinéma, création sonore, photographie, arts plastiques et danse) avec lesquels la coordination Passeurs d’images Ile-de-France mène un grand nombre de projets : création, résidences d’artistes, actions culturelles et pédagogiques. Le collectif est très implanté dans le territoire francilien qui représente depuis longtemps un terrain de travail et d’expérimentation. Belladone y a réalisé de nombreux projets artistiques et culturels avec différents publics : des jeunes (collégiens, mineurs isolés, élèves avec des troubles du comportement, primo-arrivants, étudiants...) mais également des adultes (salariés, retraités, chômeurs).
Ces ateliers, en résonance à une démarche documentaire, permettent de tisser des liens. La sensibilisation d’un public à une nouvelle pratique artistique permet aux participants et intervenants d’enrichir mutuellement leurs champs d’expériences et leurs imaginaires. Au fil des expériences menées avec la coordination Passeurs d’images Ile-de-France, que ce soit dans le cadre des ateliers ou des résidences, les artistes ont pu mesurer l’importance de la représentation mentale des quartiers et communes d’Ile-de-France. L’image de ces territoires, souvent véhiculée par les médias, s’avère déformée, incomplète, parfois stigmatisante et péjorative. Elle façonne des mythes décalés du sentiment et du vécu des habitants. Modifier les points de vue, recréer une synergie, développer l’imaginaire est pour Belladone un enjeu majeur.
ÉLISE PICON
réalisatrice et co-fondatrice de Belladone
Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?
C’est un soulagement de pouvoir se déconfiner et d’avoir l’impression que la deuxième vague n’est pas pour tout de suite. Ces deux mois passés à la maison ont été une épreuve à la fois physique et psychologique avec la particularité de s’infiltrer dans la sphère professionnelle et familiale. Je suis maman d’une petite fille de 4 ans et d’un petit garçon de presque 1 an. Vous imaginez facilement la suite... Mon compagnon et moi étions derrière eux tout le temps. Les rythmes sont différents, il faut s’occuper de l’un pendant que l’autre mange... Et au milieu, le télétravail qui devient une épreuve. J’ai vite compris que cela ne servait rien de s’ajouter une charge, j’ai alors fait le minimum jusqu’à ce que mon garçon soit de nouveau gardé chez son assistante maternelle. Paradoxalement les journées se déroulaient extrêmement vite, et la reprise du travail partiel (parce que la grande n’a toujours pas d’école) n’est pas évidente non plus. Ce confinement me laisse le souvenir d’une bulle temporelle étrange pleine de sentiments contradictoires : une sorte de montagnes russes émotionnelle.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ?
J’ai fait quelques tentatives pour continuer le travail à distance notamment pour 2 projets que je mène au collège. Cela n’a pas bien pris d’une part, par mon manque de temps et d’autre part, faire le lien via le numérique n’est pas une évidence pour tous, car nous avons des pratiques très différentes des collégiens. Ils peuvent être sur snapchat mais ne jamais utiliser leur boite mail par exemple.
Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?
J’ai la chance d’être intermittente du spectacle. J’ai reçu mes indemnités Pôle emploi, ce qui est un soulagement (pour mes collègues auteurs ou autoentrepreneurs, c’est une autre histoire). Malgré cela, la question de l’après reste anxiogène. Comment vont reprendre les projets laissés en plan, comment va évoluer le paysage culturel ? Quels seront les priorités du gouvernement ? Lors de l’allocution du Président sur la Culture, j’ai eu l’impression que les artistes étaient la dernière roue du carrosse. En ce qui concerne Belladone, nous avons pu déposer les appels à projet en cours, la baisse d’activités a plus touché les artistes que la structure en elle-même. Mais nous allons enta- mer une réflexion profonde sur les projets que nous souhaitons mettre en place et comment les produire.
Avez-vous un projet rêvé pour l’après coronavirus ?
Je ne sais pas si j’ai un projet rêvé, j’ai envie de changement et forcément la question du travail se pose. J’ai surtout plein d’interrogations économiques et sociales et je pense beaucoup au revenu minimum universel. Concernant Belladone, j’espère que cette crise ne nous balaiera pas et que nous renforcerons la question du collectif.

 

JULIE BIRO
réalisatrice et membre de Belladone
Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?
La date du 11 mai n’a pas vraiment signifié la fin du confinement pour les parisiens (au sens de toute la région parisienne). Il n’y a pas eu de changement radical. De nombreuses personnes ont continué à rester chez elles, et en premier lieu les jeunes, les adolescent.es qui ne sortaient plus. Il a fallu du temps pour qu’ils·elles se réapproprient la ville, qu’ils·elles s’autorisent à être dehors. C’est l’ouverture des jardins (et des terrasses) qui a signifié le retour à une vie sociale autorisée. Moi, je me sens avec des fourmis dans les pattes, une envie irrépressible de bouger, de me déplacer et de recommencer à tourner.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ?
Dans le cadre d’un projet « Art et culture au collège » que je mène au collège Alfred Sisley de L’Île-Saint-Denis, nous avions fini d’écrire le scénario en janvier et avions fait une séance de travail de jeu avec une comédienne en février. Nous avions juste eu le temps de tourner une première séquence le 6 mars quand le confinement nous a interrompu en plein élan. Cela a été très frustrant. Après un petit moment durant lequel nous avions tou·tes été sonné·es, j’ai proposé à l’équipe enseignante et aux élèves de la classe de 4e de continuer à créer quelque chose ensemble. Nous ne pouvions pas continuer notre projet tel que nous l’avions imaginé. Mais nous avons le droit et la liberté de rêver et de s’inventer un monde avec les moyens du bord que tou·tes les élèves ont : un smartphone.
Et les élèves répondent présent·es avec enthousiasme. Pendant le confinement, j’ai beaucoup pensé à eux·elles. Ce qui me paraissait essentiel c’était de ne pas laisser en friche leur envie d’expérimenter et d’exprimer leur énergie. Depuis le début de l’année, j’avais été saisie une fois encore, par l’adaptabilité des élèves, et par leur débrouillardise aussi. Nous verrons à la fin de l’année scolaire ce que cela aura donné mais nous pouvons compter sur les élèves pour répondre présent·es.
Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?
Il se trouve que j’étais en montage quand le confinement a commencé, j’ai donc poursuivi cet exercice. J’ai beaucoup lu et regardé des films. Je me suis nourrie de cinéma. Et j’ai pensé à celles et ceux qui étaient en tournage, en particulier en documentaire, où notre matière est si fragile tout du long du processus et il peut être très périlleux de s’arrêter quelques mois sans aucune certitude de pouvoir reprendre...
•Avez-vous un projet rêvé pour l’après coronavirus ?
J’ai eu de nombreux rêves de création pendant le confinement que je garde au chaud. Mais dans l’immédiat, ce dont j’ai urgemment envie, c’est de pouvoir proposer des ateliers cinéma aux enfants et aux jeunes qui ne pourront pas partir cet été en vacances afin de s’évader, rêver et créer en cinéma. Et j’aimerais faire cela dans les villes de Seine Saint Denis où notre collectif d’artistes Belladone a l’habitude de travailler.

 

LORENZ FINDEISEN
réalisateur et co-fondateur de Belladone
Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?
J’espère que les dégâts sociaux, économiques et culturels causés par l’apparition du virus pourront être limités par la suite et que le déconfinement va permettre à chacun·e de reprendre son activité. Les artistes de Belladone se préparent à proposer des actions adaptées à la situation.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ?
Tous les projets pédagogiques ont été à l’arrêt. Par contre, le travail individuel de chacun·e des artistes a continué, ainsi qu’un tournage mené pour la télévision allemande.
Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?
Nous avons cherché à baisser toutes les dépenses non-essentielles afin de maintenir le salaire de notre coordinatrice.
Avez-vous un projet rêvé pour l’après coronavirus ?
J’aimerais proposer sous des formes diverses des projets culturels pendant l’été à tou·tes les enfants et adolescent·es de notre département, la Seine-Saint-Denis. Ce sont eux·elles qui souffrent le plus en ce moment.

Collectif La Trame


« La Trame réunit, depuis 1990, des professionnel.les œuvrant dans les domaines du cinéma et de l’audiovisuel : écriture, réalisation, production, technique, médiation ou encore enseignement.
La création est au cœur des activités de notre collectif, nous initions et développons des projets aux formes multiples, du film documentaire aux arts numériques.
Nous sommes convaincu·es de notre responsabilité sociale de praticien·nes audiovisuel·les, c’est pourquoi nous avons choisi, dès l’origine, de consacrer une partie de nos activités aux actions de transmission et d’éducation à l’image. En mobilisant les outils de la création cinématographique et en offrant des espaces d’expression, nous avons pour ambition de participer à la formation de l’esprit critique et à l’émancipation des citoyen·nes. Nous pensons que le décryptage de l’image, du film jusqu’à la pub, favorise l’appropriation du langage audiovisuel au même titre que la pratique au sein des ateliers de création.
Actrice historique d’un large réseau de partenaires professionnels, institutionnels et associatifs, La Trame concourt à la création audiovisuelle et à l’éducation à l’image, du local à l’international.
Nous assurons la coordination régionale du dispositif passeurs d’images depuis 2010. 
À travers cette mission, nous souhaitons partager notre expérience fondée sur la mise en pratique du processus de création. Tout au long de l’année La Trame accompagne les acteur·rices de terrain, notamment lors de journées de rencontres, de formation et d’échanges. C’est l’occasion de  valoriser les actions menées. 
Nous essayons d’articuler des diffusions accompagnées et des ateliers de pratique en passant par un appel à projet annuel, ainsi nous aspirons à couvrir le territoire de manière complète et équilibrée.
Avec l’association Cinémaginaire, ancrée dans l’exploitation et la distribution de films aux frontières sud de l’Occitanie, nous mutualisons nos expertises de territoire et mettons en synergie nos compétences. Nous sommes porté·es par la volonté de mettre en lien des praticien·nes avec des publics éloignés de la culture, notamment dans les quartiers prioritaires afin que le cinéma soit un langage commun. »
KÉVIN MAJOR
Vidéaste et monteur
Porteur du dispositif Passeurs d’images dans l’Aude
Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?
Je suis heureux de reprendre les tournages progressivement depuis le 11 Mai. La période de confinement m’a permis de créer un nouveau site internet et de me reposer. Ce fut une période d’introspection et deconnection avec ma famille et mes amis. Il était important pour moi, d’être présent pour eux et de se sentir unis.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ? 
Nous avons continué à préparer à distance avec les jeunes, un jeu grandeur nature. Nous avons créé des storyboards, réfléchi aux lieux de tournage et de préparation, fini les scénarios. Les plus jeunes se sont moins mobilisé·es (aucune connection internet à la maison, manque de motivation pour certains), mais les plus grand·es (18/19 ans) ont répondu présent·es.  J’ai senti que cela faisait du bien à tou·tes de se retrouver régulièrement, de ne pas mettre de côté ce projet ambitieux pour le petit village de Puivert. Cette préparation durant le confinement nous a permis de commencer les tournages mi mai en nature d’abord en petit comité puis d’ouvrir progressivement à un plus grand groupe (10 personnes). 
Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?
Je me suis concentré sur la préparation des tournages à venir ainsi que le montage de projets déjà filmés. Ce fut l’occasion de me perfectionner sur certaines choses, comme la colorimétrie. J’ai pris le temps de regarder des documentaires sur l’histoire du cinéma et le passage au digital. J’en ai profité aussi pour apprendre et progresser. Nous voulions par exemple utiliser une nouvelle caméra sur les tournages, j’ai donc apprivoisé ce nouveau matériel.
La fin du confinement est annoncée, avez-vous un projet rêvé pour les mois à venir ?
J’ai récemment réfléchi à une idée de documentaire sur les jeunes que j’accompagne depuis des années, leur choix et leur manque d’opportunité professionnelle. Certain·es partent dans les grandes villes pour faire leurs études et trouver un travail, d’autres aimeraient rester à la campagne et faire leur vie ici. Mon souhait est de leur proposer du travail dans l’audiovisuel dans l’Aude. C’est un projet en cours de réflexion.
L’été approche… quels sont vos projets ?
Je vais finir le montage de deux films Passeurs d’images, les soumettre à des festivals et terminer d’autres projets de film en cours. J’ai aussi envie de passer du temps à écrire un court métrage avec les gens d’ici (jeunes et moins jeunes).
FRANÇOIS BOUTONNET 
Administrateur de l’association Cinémaginaire
Partenaire de La Trame et du dispositif Passeurs d’Images
 Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ? 
L’Association Cinémaginaire anime un réseau cinéma dans les Pyrénées Orientales et l’ensemble des dispositifs d’éducation à l’image. Depuis le mois de mai, nous tentons de trouver des réponses à la situation provoquée par la Covid19, et des pistes pour la reprise espérée. Certaines sont antérieures à la crise  et seront d’autant plus justifiées, d’autres sont nées de l’incertitude qui règne concernant la rentrée de septembre 2020.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ? 
Depuis le 16 mars 2020, les 10 salariés de Cinémaginaire sont à l’arrêt, tous les lieux d’intervention (salles de cinéma, établissements scolaires, etc) étant fermés.
Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?
Depuis de nombreuses années, Cinémaginaire développe des méthodologies et des outils particuliers pour étoffer les actions d’éducation à l’image, nous avons pu nous concentrer sur certaines envies d’évolution. Nous nous sommes notamment dotés d’une table Mashup, outil technologique génial pour approcher d’une manière simple, l’importance du montage dans la chaine de création d’un film. Cependant cet outil nécessite une installation et une désinstallation qui ne permettent pas de l’utiliser pour une intervention d’une heure avec une classe. Nous réfléchissons donc à des dispositions qui pourraient faciliter l’utilisation de cette machine et nous allons engager une période de formation pour nos intervenant·es, avec le créateur de la Mashup.
La fin du confinement est annoncée, avez-vous un projet rêvé pour les mois à venir ?
L’idée est de profiter de la période de pré-rentrée et de rentrée scolaire pour développer et unifier le niveau de formation de tou·tes les intervenant·es des réseaux cinéma concernés. Cette formation pourra concerner des outils (téléphones portables, Mashup, etc), comme des contenus d’intervention. Ces pistes pourraient toucher les intervenant·es des départements de proximité comme l’Aude et éventuellement l’ensemble de l’Occitanie.
L’été approche… quels sont vos projets ?
Nous ne voulons pas attendre la rentrée de septembre pour réfléchir aux ajustements qui seront nécessaires pour redémarrer les actions d’éducation à l’image. Parmi les modalités à mettre en forme, il y a notamment l’agenda, afin de pouvoir mieux répartir sur toute l’année scolaire les actions. Dans les Pyrénées Orientales, Cinémaginaire est partenaire de l’Institut Jean Vigo de Perpignan et les CinéRencontres de Prades. La complémentarité des trois structures est un véritable atout que nous avons envie d’élargir au département limitrophe de l’Aude, notamment auprès de Ciném’Aude, avec qui Cinémaginaire développe des partenariats dans plusieurs domaines mais pas encore dans le secteur de l’éducation à l’image.
KATIA LASFARGUES
Assistante de direction de l’association La Trame
Chargée de la coordination du dispositif 
Passeurs d’images en Occitanie
Quel est votre état d’esprit et votre situation après ces deux mois de confinement ?
Nous avons vécu un confinement assez chargé. L’association et les intervenant·es surtout ont dû faire face à de nombreuses dates d’interventions annulées, des projets pédagogiques stoppés du jour au lendemain. Il n’a donc pas toujours été évident de garder du lien. Notre priorité était de ne pas laisser les intervenant·es et nos publics en situation de précarité. C’est pourquoi nous avons hâte d’être sur le terrain et nous proposons plusieurs interventions pendant l’été. Si nous avons pu nous adapter aux demandes de formations à distance, nous voulons à tout prix continuer d’être au contact des publics, car la transmission en direct est forcément plus riche.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ? 
Nous avons réussi à maintenir nos réunions hebdomadaires à distance afin de pouvoir réagir et s’entraider sur différentes demandes. Une formation en visio-conférence, autour de l’approche documentaire, a pu être réalisée avec l’école de journalisme de Toulouse durant plusieurs semaines. Ce temps a aussi été l’opportunité de finir la partie montage de films d’ateliers. Enfin, nous avons essayé de garder du lien à travers les réseaux sociaux, notamment avec les porteur·ses de projets, en diffusant sur la page Passeurs d’images Occitanie les films d’ateliers réalisés antérieurement.
Quelles stratégies alternatives avez-vous mises en œuvre pour pallier votre baisse d’activités ?
La baisse des activités sur le terrain s’est répercutée par une hausse des tâches administratives, des besoins en communication, des demandes de propositions à distance. Nous avons donc essayé d’avancer en rédigeant de futurs projets, en réalisant  nos bilans ou encore en initiant la refonte de notre site internet ; des tâches jusqu’alors souvent différées. Nous avons pu élaborer « le kit du petit complotiste », un outil à destination des publics médiathécaires, animateur·rices, chercheur·ses et personnels municipaux afin de prendre du recul sur notre consommation d’information, notamment lorsque nous sommes confinés face aux écrans. Ce kit permet de décortiquer le complotisme en inventant notre propre complot à distance, via une salle de classe virtuelle, pour démonter les rhétoriques totalisantes et les raccourcis d’analyse d’actualité, qu’elles soient le fruit de groupuscules ou de personnalités politiques et médiatiques.
La fin du confinement est annoncée, avez-vous un projet rêvé pour les mois à venir ?
Se retrouver ! C’est avant tout l’envie de retourner voir des films en salle de cinéma et fêter les 30 ans de La Trame. Pour nous 2020 est une date anniversaire, nous espérons pouvoir organiser un événement à la rentrée et fêter ces années écoulées avec nos partenaires. 
L’été approche… quels sont vos projets ?
Nous répondons aux sollicitations des partenaires culturels et institutionnels. Nous allons par exemple mener des actions autour du bruitage et du montage, à destination des jeunes et des familles en quartier politique de la ville. Certains projets reprennent, comme Le colporteur d’images avec sa tournée d’été dans les villages d’Occitanie, il s’agit un dispositif de projection itinérante de courts-métrages co produit avec Les Vidéophages. Concernant les projets Passeurs d’images, ils sont pour la plupart décalés à l’automne, le confinement aura beaucoup de répercussion sur la période estival, avec beaucoup d’annulations de séances en plein-air. Ces moments conviviaux viennent en général clôturer les ateliers et permettent la valorisation des actions menées avec les jeunes.

Hors Cadre


Hors Cadre est une association de développement culturel. Fondée en 1997, elle se donne pour objectif de mener des actions visant la démocratisation de la culture notamment par l’éducation à l’image, en direction des publics éloignés de l’offre culturelle. Elle est soutenue par l’Etat, la région Hauts-de-France et les départements. Elle bénéficie d’une expertise reconnue sur les questions de pratiques culturelles intégrant la participation des publics et travaille autour des thématiques patrimoine / jeunesse / éducation / citoyenneté / interculturalité / environnement / insertion…Elle offre, dans toute la région, un certain nombre de services aux publics et aux porteurs de projets : élaboration de projets, ateliers de pratique artistique, interventions, projections, événementiel, stages, conférences…
NICOLAS HUGUENIN
Directeur de Hors Cadre
Quel est votre état d’esprit après cette période de confinement ?
 J’ai apprécié cette période de confinement qui fut un temps dans le temps. Un moment qui a permis à l’intellect de se projeter dans des projets à revisiter et cela a été très stimulant. Professionnellement, nous avons été pris au piège par le coronavirus. Pourtant, je l’ai pris comme une problématique qui n’est pas nouvelle à travailler : comment, dans ce contexte, pouvons-nous continuer à faire société ? Comment nous faisons plus grand que soi ? Le confinement a pu apparaitre comme un événement inquiétant, d’abord car notre activité s’arrête mais aussi parce que nous avons peur de la distance qui pourrait s’installer entre les gens. Mais finalement, le confinement s‘est accompagné d’une décision à prendre : comment travailler vite et comment en profiter pour bien préparer et passer à l’étape d’après ?
Qu’avez-vous fait durant ces deux mois de confinement ?
 Nous avons réadapté nos projets, réfléchi à l’après. Dès le début du confinement, je me suis dit qu’il fallait absolument que les outils d'actions dont je dispose avec les séances Plein Air puissent servir dès l’été à construire des actions conjointes avec les tiers pour reprendre vie commune dès que possible en offrant cet espace aux créateur dépourvus de moyens et de lieu.
Je participe depuis quelques années aux travaux du CRAC (Collectif Régional Art et Culture Hauts-de-France) engagé dans les réflexions sur les politiques publiques de la culture en Haut-de-France.  Passionnantes visio conférences sur nos métiers, nos structures, pour réfléchir ensemble à l’après. Un partenaire du secteur du livre, a parlé, de cette envie de « dé-confiner les têtes ». Je me suis dit qu’il fallait se servir de cette expression comme d’un slogan comme un label, comme un signal d’alarme : nous pouvons confiner les corps mais nous devons dé-confiner les cerveaux. J’ai alors proposé ce slogan « Dé-confiner les esprits », car nous avons tou.tes une idée sur le sujet. Le CRAC a travaillé cette démarche politique et a réalisé un texte de référence, une charte de bonne conduite revisitant nos métiers et pratiques.  Les filières se sont penchées sur la démarche en identifiant des actions opérationnelles que la DRAC va soutenir en financement. Ce projet « Dé-confinez les esprits » a été mon plus grand dossier du confinement. Au-delà d’un projet, c’est une démarche qui interroge la situation dans laquelle nous sommes et dans laquelle nous allons nous projeter.
Nous sommes déconfiné.es et l’été est arrivé…Quels sont vos projets pour les mois de juillet et août ?
 Le déconfinement c'est le difficile passage à la mise au réel de l’hypothèse que nous avions faite pendant le confinement. C'est le moment où nous devons travailler plus, se confronter à des freins auxquels nous n’avions pas pensés pendant le confinement. La première action « dé-confinez les esprits » s'appelle « En voisins ». Il s’agit d’une séance de cinéma en plein air qui aura lieu à Lille, avec le soutien de la ville, sur le parvis de la Maison Folie Wazemmes, le samedi 11 juillet à 22h30. Proposée par les associations Hors Cadre et Colères du présent en partenariat avec les habitants de l’immeuble Métalik, qui servira d'écran de projection tel que l'architecte Jean-Philippe Lebecq l'avait conçu. Cette manifestation est l’occasion de se retrouver devant des courts métrages et un atelier d'écriture mené avec les habitants pour se « dé-confiner les esprits ". Parmi les films projetés lors de cette soirée, il faut signaler le film Ceux qui marchent (25 minutes) documentaire de création réalisé sous la houlette de Thomas Bousquet avec le soutien de "Passeurs d'images" via le programme « Migration(s) », qui met en scène des dialogues menés par de jeunes immigrés mineurs avec d'anciens immigrés de notre région, traditionnelle terre d'accueil.  D'autres courts-métrages sont en cours de programmation en fonction des échanges avec les partenaires et les habitants, comme le film d'animation Neigbourg (8 minutes) du Canadien Norman MacLaren, qui montre la relation de deux voisins, devenant conflictuelle au fur et à mesure de leur amour grandissant d’une fleur sauvage poussant à la jonction de leurs deux propriétés.
« Dé-confinez les esprits » s'inscrira aussi dans le cadre du dispositif « Passeurs d’images ».  Dès le mois d’août et jusqu'en Octobre des chèques cinémas seront diffusés aux populations des quartiers pour soutenir les réouvertures des salles de cinéma. Cette politique tarifaire montée avec les associations De La Suite Dans Les Images et l’Acap – Pôle régional images et soutenue par la DRAC, offrira près de 14 000 chèques ciné à 2 euros destinés aux salles partenaires. L'objectif est, bien sûr, celui du déploiement et du rayonnement, en mobilisant les salles qui ne sont pas encore partenaires du dispositif Passeurs d’images, pour qu'elles s’y inscrivent.
Un mot au sujet de la reprise de votre activité ? 
Un dispositif ne tient que s’il est vivant. Il faut perpétuellement le réinventer, par des défis nouveaux et intéressant. Il faut toujours revisiter ce que nous faisons, penser le cadre et le faire bouger pour stimuler nos réflexions et nos mises en oeuvre. Comme le dit Leos Carax, "il ne faut jamais s'arrêter de chercher au motif qu'on a déjà trouvé quelque chose". C'est l'essentiel de nos démarches de création et de culture. Nous pouvons tou.tes y parvenir !


BRUNO DURIEZ
Chargée d"éducation aux images
Hors Cadre
Quel est votre état d’esprit après cette période de confinement ?
La France affronte une crise sanitaire sans précédent. Les modes de vies et d’interaction s’en trouvent changés. Le « vivre ensemble », déjà mis à mal depuis plusieurs années dans notre société, risque d’être profondément touché par cet épisode où l’autre représente un « risque », un « danger potentiel ». Il va falloir se réinterroger individuellement et collectivement sur ces notions de vivre ensemble et réinventer de nouveaux schémas. Passeurs d’Images, par le travail mené auprès des publics, a une carte à jouer dans ces réflexions. Il s’agira, avec les partenaires de terrain, de mesurer les différentes réalités, d’imaginer les réponses possibles à apporter et d’offrir ainsi à ces publics des moyens de réflexion et d’expression adaptés aux enjeux à venir.
Avez-vous pu mener à bien certains projets adaptés au contexte sanitaire ? Si ce n’est pas le cas, comment vous êtes-vous adapté pour pallier cette baisse d’activités ?
Le confinement a été pour Passeurs d’Images un moment très difficile pour la mise en œuvre de projets. De par son ADN et sa philosophie, les projets menés dans le cadre de Passeurs d’Images sont toujours co-construits avec des acteurs de terrain afin de répondre au mieux aux enjeux des territoires. Les protocoles sanitaires empêchant la plupart de ces acteurs de recevoir du public pendant le confinement, peu de projets ont pu être développés. L’enjeu à ce moment-là a donc été surtout de maintenir le lien avec ces différents acteurs de terrain. Face aux incertitudes sur ce que nous allions pouvoir mettre en place dans un avenir plus ou moins proche, nous avons gardé espoir et continué malgré tout à nous projeter et à imaginer des projets comme nous l’avons toujours fait. Cette projection, même hypothétique, a permis au réseau de maintenir un cap et de réagir vite lorsque les mesures sanitaires se sont assouplies.
La fin du confinement est annoncée depuis le 11 mai, quel projet avez-vous eu envie de réaliser en premier ?
 Le confinement nous a tou·tes privé pendant des mois de nos libertés. C’est une privation comme nous l'avons rarement connue et qui nous a tou·tes beaucoup affecté. Je pense que les séances de cinéma en plein air représentent un enjeu tout particulier dans la période post-confinement. Il est temps que nous nous réapproprions tou·tes l’espace public, ce lieu devenu « no man’s land » pendant 3 mois et que nous le fassions de façon collective. Il faut désormais rappeler à chacun·e que l’expérience en groupe est souvent plus riche que l’expérience individuelle. Chaque voisin·e représente avant tout une source potentielle de croisement et d’enrichissement intellectuelle et émotionnelle avant d’être un risque sanitaire. Il faut bannir le terme de « distanciation sociale » qui va à l’encontre des enjeux de société. Il faut se relever collectivement de cette épreuve et ne pas reproduire un modèle individualiste d’avant crise. Cela ne sera pas facile, de nombreuses personnes ont peur et certainement à juste titre mais je crois que la crise a aussi amené des élans de solidarité et de générosité qu’il faut continuer à développer et à amplifier.
 L’été est arrivé ! Quels sont vos projets pour les mois de juillet et aout ?
L’été de Passeurs d’Images dans les Hauts-de-France, comme certainement partout ailleurs, sera chargé. Après une longue période de crainte et d’incertitude pendant le confinement, les territoires se sont réveillés. Ces derniers ont envie plus que jamais de mettre en place des projets culturels qui font sens, avec leur public, et notamment dans les quartiers prioritaires qui ont particulièrement souffert de ce confinement. De nombreuses séances en plein air seront donc mises en place pour réaffirmer les enjeux du vivre ensemble mais également les ateliers de pratique permettant à des centaines de jeunes de s’exprimer par l’image. Ce sera l’occasion pour eux·elles de revenir s’ils·elles le souhaitent sur ce moment particulier ou au contraire de s’évader vers l’imaginaire. L’été sera aussi l’occasion de mettre l’accent sur la politique tarifaire favorisant le retour au cinéma, à un moment crucial où les salles en ont plus que besoin pour retrouver leur public. Toutes ces actions seront réalisées en tenant compte du respect des protocoles sanitaires afin d ‘assurer la sécurité de tou·tes. L’important est que nous puissions tou·tes ensemble retrouver le chemin vers des projets qui portent des enjeux culturels forts. Passeurs d’images continuera ainsi, comme toujours, à dialoguer avec les publics à l'occasion de l'action « déconfiner les esprits » dès le mois d'août.

Les amis du cinéma


L'association Les Amis du cinéma est créée en 1949 pour gérer le cinéma de la ville d'Ugine. La salle était alors située au chef-lieu. En 1965 la municipalité construit une nouvelle salle, le cinéma Chantecler, pour remplacer la précédente devenue trop vétuste. Au début des années 1980, afin de donner de l'ampleur à l'action culturelle et sociale qu'elle entend développer, l'association crée un poste de directeur chargé de la gestion courante et de la programmation. Un véritable mode de fonctionnement associatif est instauré avec la tenue d'une Assemblée Générale annuelle et de Conseils d'Administration trimestriels. Par ailleurs une réunion de programmation, ouverte à tous et pilotée par le directeur, réunit, toutes les trois semaines, une quinzaine de membres de l'association. Depuis 1993, l'association gère aussi le DÔME Cinéma à Albertville. Elle est devenue une petite entreprise culturelle responsable de quatre écrans. Le Bureau de l'association qui se réunit deux fois par mois est chargé d'élaborer les propositions et de mettre en œuvre les décisions prises par le Conseil d'Administration. En 2012, l'Association rachète le fond de commerce du cinéma Gambetta (ex-Royal) à CinéAlpes afin de péréniser l'équilibre de programmation sur le bassin Albertvillois et dans la perspective de projets d'avenir plus approprié à ce bassin de population. En 2018, l'association prend, à nouveau à la suite de CinéAlpes, le relais sur la gestion des exploitations des cinémas LE DORON à Brides-Les-Bains et LE REX à Moûtiers.
L'association Les Amis du Cinéma a fortement contribué à développer l'activité cinématographique et à créer une animation culturelle autour du cinéma sur le bassin albertvillois et uginois. Elle bénéficie d'une grande indépendance qui lui permet de travailler avec de nombreux partenaires et de prendre sa place dans les politiques culturelles des deux villes.
MÉLANIE DAUVERNÉ
Directrice
Les amis du cinéma
3 salles de cinéma associées à l’expérimentation Maternelle et cinéma en Savoie
J’ai travaillé plus de 10 ans avec le Jeune Public, j’ai vu l’évolution du cinéma en ce sens, avec la naissance de distributeurs tels que Les Films du Préau, Cinéma Public Films, KMBO sans compter les incontournables GEBEKA Films et Folimage qui ont développé des catalogues riches et adaptés à divers tranches âge dont les plus jeunes.
A contrario, avec ce qui est vécu à la maison sur tous types d’écrans où le très jeune enfant n’est pas en capacité de distinguer dans le flux d’images incessant ce qui est de l’ordre de son environnement quotidien, de ce qui est de l’ordre d’un espace virtuel, la découverte d’un film en salle de cinéma met l’enfant dans une démarche de SORTIE culturelle.
En tant que salles de cinéma de proximité, nous travaillons depuis plus de 20 ans et avons développé durant toutes ces années des savoir-faire adaptés aux jeunes publics.
Les évolutions ont été nombreuses pour le jeune public tant en termes de propositions de programmation que de ce que nous avons appris à mettre en œuvre qualitativement sur le terrain.
Nous nous remettons en cause et faisons évoluer les dispositifs et les actions que nous conduisons de manière perpétuelle puisque les publics changent et évoluent. Dans ce travail de proximité, nous prenons soin de nos publics et les accompagnons dans la découverte des œuvres, pour les jeunes enfants comme pour leurs accompagnants.
Par ailleurs en tant que Salles « Art et Essai » labellisées « Jeune Public » nous nous attachons à produire et partager avec nos publics un travail qualitatif et enrichi culturellement dans l’accompagnement des films que ce soit pour les enfants ou les parents tout cela avec des valeurs de partage et de vivre ensemble.
Ayant la démarche de travailler avec les très jeunes enfants, nous prenons en compte, toute la dimension que représente une sortie au cinéma pour les très jeunes spectateurs, et pensons nos actions conjointement avec les professionnels de la petite enfance.
 « Quand les jeux de classe prennent vie » est un projet Danse et Cinéma mené autour des films vus dans le cadre du dispositif Maternelle et cinéma durant l’année scolaire 2018/2019.
Ce projet a été mené conjointement par une intervenante en danse et Laure Stoffel, médiatrice Culturelle pour les Amis du cinéma.
Dans le cadre de ce projet, es enfants ont eux-mêmes participé à l’animation des incrustations sur fond vert. Cela a été un véritable challenge technique tant pour la partie danse que cinéma.
Outre le professionnalisme de l’intervenante danse et de Laure, la réussite de ce projet s’est évidemment appuyée sur la dynamique et la forte implication de l’équipe enseignante.
Le résultat est à la hauteur de nos espérances en termes de qualité artistique mais également en terme éducatif et d’ouverture d’esprit tant auprès des jeunes enfants que de leurs parents.
L’objectif était de travailler avec toutes les classe de la TPS à la GS.
Il nous tient à cœur de mener un travail en profondeur et de ne laisser aucun enfant seul face à un écran comme cela arrive souvent dans le cadre familial et personnel.

Femmes&Cinéma


Le 20 mars 2014, l’association Femmes et Cinéma est née. Sandrine Pillon et Stéphanie Douet, deux productrices de cinéma, sont à l’avant-garde des questions concernant la place des femmes dans le cinéma et souhaite alerter la profession et plus largement la société sur cette thématique.De ce constat émerge le premier appel à scénarios “Femmes Actives” afin de sensibiliser les scénaristes à l’égalité professionnelle. Cet appel à projet a donné naissance à deux courts-métrages.  Cet enthousiasme a cristallisé la volonté des co-fondatrices d’utiliser ce médium pour sensibiliser à l’égalité entre les femmes et les hommes.
C’est ainsi qu’en 2017, le projet d’éducation aux images “Regards de Femmes” a été imaginé en partenariat avec France Télévisions, la Fondation Sisley et la Quinzaine en Actions.
Parallèlement, l’association développe des expositions itinérantes de photographies afin de valoriser la place des femmes dans notre société et dans le monde culturel.
ESTHER EL FASSI
Chargée d'administration et des projets culturels au sein de l'association Femmes&Cinéma
Membre du comité genre(s) en images de Passeurs d'images
Quels sont vos projets à la rentrée ?
Notre projet Regards de Femmes lancera sa quatrième édition en septembre. Les tournages de la troisième édition auront également lieu entre septembre et octobre. De plus, nous lançons une nouvelle exposition de photographies en partenariat avec l'école Louis Lumière qui valorise les techniciennes du cinéma : "Femmes dans l'ombre du cinéma". Nous lançons également une nouvelle collection de films "Femmes Actives" dont le thème sera "Femmes dans les sciences et les technologies".
Quelles sont les raisons pour lesquelles vous souhaitez prendre part au comité de sélection Genre(s) en images ?
Nous avons des relations étroites avec Passeurs d'images, avec qui nous mutualisons régulièrement nos compétences. Participer à genre(s) en images, c'est proposer notre étude du terrain de l'éducation à l'image, afin de réfléchir ensemble à la meilleure façon de mettre en place des projets. Les questions autour du genre sont pour Femmes & Cinéma une priorité à aborder auprès des jeunes.
Pouvez-vous nous parler spécifiquement de l'appel à projets écriture de scénario que vous lancez ?
«Regards de Femmes» est un projet d’éducation aux images qui a vocation à sensibiliser les lycéen·nes à l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi qu’à la lutte contre toutes les formes de discrimination. Il s’agit d’un appel à scénarios auquel toute classe peut participer. Grâce à nos outils pédagogiques, les professeur·es peuvent écrire avec leurs élèves un scénario sur les thématiques suivantes : les violences conjugales, l'égalité professionnelle, le harcèlement. Puis, un jury sélectionne les cinq projets (sur toute la France) que l’association accompagnera à la réalisation, grâce à l'intervention d’un·e professionnel·le de l’audiovisuel, afin d’assurer un véritable suivi lors de la réalisation et du montage du court métrage. Les élèves bénéficieront aussi d’un atelier de sensibilisation grâce à l'intervention d’une association de lutte contre les violences locale. Les films réalisés font ensuite l'objet d’une diffusion sur France Télévisions, ainsi que des projections en festival ou lors d'évènements spécialisés.

Les films de l'Arpenteur


Les films de l'Arpenteur est un collectif de réalisateur·rices formé·es au master Image et Société de l’université d’Evry. L’association est un espace de partage autour des créations documentaires des membres mais aussi autour de projets d’atelier de créations cinématographiques.

Depuis 2015, les films de l'Arpenteur animent des ateliers de création cinématographique en Ile-de-France et plus particulièrement en Seine-Saint-Denis en travaillant en partenariat avec des structures de terrain (centres sociaux d'Aulnay-sous-Bois, association les Enfants du Canal).

L'un des objectifs de ces ateliers est de créer des œuvres collectives singulières et sensibles qui placent l’échange au cœur de la conception, permettant aux réalisateurs intervenants et aux participants de confronter leur vision du monde. Ces ateliers sont l'occasion d’explorer des formes hybrides (webdocumentaire, films d'interpellation, mises en scène, etc.).

En 2017-2018, le collectif a porté un projet d’ateliers, coproduit par Passeurs d'images en Ile-de-France, en partenariat avec l’association Les Enfants du Canal. Le film réalisé au cours de ces ateliers, B comme bagou, est un abécédaire vidéo qui dresse un portrait des participants de l'atelier, des jeunes roumain·es et bulgares vivant en squat et en bidonville. Réaliser ce film en impliquant les participant·es a permis de faire porter la voix de celles et ceux que l'on entend peu.

BENOIT PEYTAVIN ET SIMON DESJOBERT
Réalisateurs et intervenants dans les ateliers de création cinématographique
Les films de l'Arpenteur
Quelles sont vos missions au sein du collectif Les films de l'Arpenteur ?
Nous sommes réalisateurs - intervenants dans les ateliers de création cinématographique. Nous avons tous deux conçu le contenu des ateliers que nous avons animé par la suite.
Quels ateliers avez-vous menés durant l'été culturel ?
Durant l'été nous avons animé les ateliers Le petit détournement auprès de deux structures du Val d'Oise : au centre social d'Argenteuil et à la MJC de Persan.
Pour ces ateliers, nous avons imaginé un dispositif ludique et flexible pour s'adapter au contexte et au public.
L'idée de ces ateliers était de questionner la période post-confinement en prenant comme support des films d'anticipations qui proposent bien souvent un regard sur le futur, et sur les enjeux technologiques ainsi que sociétaux.
Le petit détournement proposait aux jeunes participant·es (11-15 ans) d’imaginer le contenu d'une séquence de films d'anticipation en visionnant un extrait de film (Minority Report et Brazil) auquel nous avions coupé le son.
Il fallait donc que les jeunes imaginent ce qui pouvait être dit par les personnages du film. Nous avons d'abord dessiné une trame narrative à la séquence. Ensuite, nous avons écrit des dialogues que les participant·es ont joué et enregistré. Enfin, nous avons travaillé sur les bruitages de la séquence.

 

Avez-vous rencontré des difficultés pour mettre en place ces ateliers face au contexte post COVID-19 ?
Pendant l'été, la crise sanitaire était encore bien présente. Des familles étaient encore réticentes à l'idée de laisser leurs enfants participer à ce type d'activités. La mobilisation des jeunes a donc été plus difficile que lors des précédents ateliers que nous avons pu mener. Certain·es des jeunes participant·es n'étaient sortis que deux ou trois fois depuis mi-mars ! Les habitudes scolaires étaient bien oubliées et les jeunes vivaient en horaires très décalés, ayant pris l'habitude de se lever très tard. Mais d'autres part ils·elles étaient très volontaires pour rester après les ateliers, certain·es ne voulaient pas partir.
Avec les participant·es de l'atelier il fallait respecter les gestes barrières : garder une distance d'un mètre, porter un masque en intérieur, manipuler du matériel. Tout cela rendait les ateliers un peu moins fluides qu’à l’accoutumée, et nous a obligé à avoir une attitude stricte par rapport au respect de ses consignes, ce qui a pu être parfois pesant pour des ateliers qui se voulaient ludiques.
Quels sont, pour vous, les conséquences et impacts de ces ateliers sur les jeunes dans ce contexte post COVID-19 ?
Même au cœur de l'été, une bonne partie des jeunes que nous avons eus en atelier vivait quasiment comme pendant le confinement. Avec très peu de sortie et de rencontre. Ces ateliers ont été pour elles·eux une occasion de sortir un peu de ce temps suspendu et d'un rythme très quotidien, où la télévision et les jeux vidéo avaient une place importante, et où la sociabilité passait beaucoup par le téléphone. Se remettre sur un travail d'écriture exigeant a parfois été compliqué, mais les jeunes se sont accroché·es avec la volonté de réaliser de bons doublages, la partie bruitages était quant à elle plus ludique, et au final très manuelle.
Le cinéma fait rêver, c'était le média idéal pour sortir de la routine quotidienne du confinement.
Mais, pour nous aussi c'était un plaisir de mener un projet de ce type. Notre activité à elle aussi était en pause, en tout cas repensée, pendant de nombreux mois. Ces ateliers étaient l’occasion d'à nouveau transmettre et créer des œuvres collectives sur un ton décalé.