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Où est la maison de mon ami ? 
d'Abbas Kiarostami


le film vu par Eléonore Magnin,
coordinatrice École et cinéma de l'Aisne
Dans le catalogue Ecole et cinéma, on trouve des titres par dizaines : certains courts, d’autres longs, certains citant des lieux, d’autres des prénoms et puis… un point d’interrogation. Une question posée comme une énigme, aussi évidente que mystérieuse, aussi poétique que philosophique. Abbas Kiarostami, qui réalise Où est la maison de mon ami ? en 1987, emprunte d’ailleurs son titre au grand poète iranien Sohrad Sepehri.
Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de découvrir l’histoire qui se cache derrière ces mots.
Cette question, c’est le petit Ahmad qui la pose sans relâche aux personnes qu’il croise. Le film raconte son parcours, alors qu’il part à la recherche de son ami Nematzade, à qui il a pris un cahier par mégarde. S’il ne fait pas ses devoirs dans ce cahier, son camarade sera renvoyé de l’école.
Par la grande simplicité de son histoire autant que de son dispositif cinématographique, le film peut déconcerter. Certain·es enfants ont d’abord déclaré s’être ennuyé·es pendant la projection. Puis, le film, comme Ahmad, a fait son chemin. Ils·elles se sont interrogé·es sur le petit héros, ont cherché à comprendre ses motivations. Il faut prévenir les spectateur·rices qu’ils·elles auront un rôle dans le film : celui de détective ! Car Où est la maison de mon ami ?, comme son nom l’indique, est une enquête, un film à suspense.
On retrouve les indices grâce à une réalisation particulièrement maîtrisée. L’intensité de l’histoire se lit sur le visage expressif du garçon, filmé de près, dans les sons du vent qui souffle ou du chien qui aboie… et surtout dans les plans très longs. Grâce à eux, les enfants ont eu le temps de dépasser l’obstacle de la langue, développer leur empathie et se retrouver dans le personnage.
Kiarostami se place à hauteur d’enfant pour nous faire partager la détresse d’Ahmad, confronté à des adultes indifférents. Sa mère lui interdit de sortir sans avoir fait ses devoirs puis lui demande de l’aide dans les tâches ménagères, son grand-père l’envoie chercher des cigarettes dont il n’a pas besoin… Le dilemme moral auquel il fait face a fait réagir les jeunes spectateur·rices. Droit ou devoir, sentiment d’injustice… L’amitié, à quel prix ? Qu’est-ce que le courage ? À quoi sert l’école ? Autant de questions essentielles que pose le film et qui peuvent facilement mener à un débat philosophique.
En une heure à peine, Où est la maison de mon ami ? nous installe dans le quotidien d’un petit village de campagne du Nord de l’Iran. Partager ce film, c’était aussi, pour moi, transmettre le goût de ce grand pays de cinéma qu’est l’Iran et le goût d’y voyager à travers ses récits filmés.

L'argent de poche
de François Truffaut


le film vu par Candice Roussel,
coordinatrice École et cinéma Puy-de-Dôme
L’argent de poche de François Truffaut fait partie des films les moins programmés dans le cadre d’Ecole et Cinéma depuis quelques années … Quel dommage ! Petit retour ému sur une programmation du film dans le Puy-de-Dôme… Pour être tout à fait honnête, L’argent de poche ne figurait pas en tête de notre short list l’année où nous l’avons programmé. Pourquoi ? Sûrement un goût de déjà-vu. Diffusé une dizaine d’années auparavant, nous pensions en avoir fait le tour même s’il nous était sympathique… Et puis n’était-il pas un peu en décalage avec aujourd’hui ? Quelle erreur !
Parfois le hasard fait bien les choses. La Cinémathèque Française a changé la donne : elle a sélectionné une classe de Thiers (où a été tourné le film en 1975) pour participer à l’opération A chacun son Truffaut à l’occasion de l’exposition dédiée au cinéaste à l’automne 2014. Nous avons alors revu L’argent de poche. Nous avions oublié sa richesse, son audace, sa liberté, sa qualité de situations, sa dureté et sa légèreté, l’amour sous toutes ses formes qui traverse le film, le jeu des jeunes comédien.ne.s. Pourquoi une seule classe aurait-elle eu la chance de découvrir ce film ? Nous avons donc décidé de le programmer sur le département pour les élèves du CP au CM2.
Nous avons passé une année exceptionnelle autour de ce film, notamment grâce à un projet spécifique sur la ville de Thiers (si vous voulez en savoir plus c’est ici !). Mais également lors des séances Ecole & Cinéma. Le film a été ce que j’appelle un succès de salle : des projections vivantes, enthousiastes, une belle qualité d’écoute, des applaudissements à la fin et ce à tout âge. Les séances scolaires se passent bien en général mais parfois il y a ce petit truc en plus qui se diffuse dans la salle : c’est magique ! Que de souvenirs ! Les rires devant les bêtises de Grégory, le frémissement devant sa chute et l’explosion de joie et de rire lors de sa fin heureuse, les chuchotements quand Julien est mis dehors par sa mère, le silence appuyé durant le baiser de Patrick et Martine… Quel film aujourd’hui oserait montrer cela aussi simplement sans ironie et avec respect ?
Les retours des enfants sur ce film furent passionnants. Presque aucun d’eux n’a relevé qu’il se passait en 1975. Ils ont pris ces histoires comme les leurs, comme celles qu’ils auraient aimé vivre (il y a tant de liberté dans ce film), ou tout simplement comme des histoires tristes, ou des tranches de vie qui les font rire ou qui les émeuvent. Ils se les sont appropriées. Et même les CM2 souvent « grincheux », n’ont pour une fois pas boudé leur plaisir ! Redécouvrez L’argent de poche et reconsidérez ce film attachant et profond, il en vaut la peine !

Bienvenue à Gattaca
d'Andrew Niccol


le film vu par Santiaga Hidalgo,
coordinatrice nationale hors temps scolaire à Passeurs d'images
Ce premier film d’Andrew Niccol, sorti en 1997 dans la presque indifférence du public et accueilli avec peu d’enthousiasme par la critique, a été par la suite reconnu comme un des films majeurs de science-fiction de la fin du XXème siècle. Question de temps encore, le film est sorti deux ans avant Matrix, apogée de cette époque où Hollywood se permettait encore de produire des films de genre aux messages combatifs.
Gattaca fait référence aux initiales des 4 composants qui forment l’ADN (Guanine, Adénosine, Thymine et Cytosine) et au monde « parfait » dans lequel le capital génétique est la base de l’organisation de la société. Le déterminisme poussé à l’extrême et les risques d’eugénisme sont autant d’alertes lancées par ce film sorti avant la conclusion du premier projet de séquençage du génome humain.
En ce qui concerne ses choix techniques et esthétiques, Bienvenue à Gattaca n’a pas pris (trop) de rides : la presque absence d’effets spéciaux et les choix de production font que le temps semble ne pas avoir passé sur le film deux décennies après. Son thème universel y contribue aussi : qu’est-ce qui nous fait humains ? qu'est-ce qui nous individualise et nous rend uniques ?
Thème habituel de films de science-fiction « métaphysiques » comme Blade Runner2001 l’Odyssée de l’espace, ou même InsterstellarBienvenue à Gattaca approche le sujet avec toute une autre proposition des genres : celle du cinéma noir. On y trouve des détectives privés en gabardine, et le choix d’Uma Thurman avec son air de femme fatale pour le rôle d’Irene contribue à une esthétique retro qui n'enlève rien du futurisme, même si sobre, de la proposition. Andrew Niccol jouera la carte du mélange poussé des genres, notamment du thriller et du cinéma noir, dans d’autres films de sa filmographie, comme son dernier Anon.
En plus d’être un film de (double) genre, Bienvenue à Gattaca est un film sur le dépassement de soi. Une de ces histoires chères à Hollywood sur des personnages qui avec l’effort arrivent là où la société et même la nature n’avaient pas de place pour eux. Dans les dernières scènes du film, nous laissons les personnages principaux avec leurs quêtes accomplies grâce à la collaboration entre leurs deux besoins, mais on se demande : en quoi cela a contribué au changement des déterminismes qui les avaient mis dans la case de départ ? est-ce que l’exemple d’un homme et son accomplissement personnel sont suffisants ? la lutte individuelle pour une cause doit-elle forcément se traduire par une lutte collective ? Que notre réponse soit différente à celle donnée par Niccol n’enlève rien à l’enthousiasme que ce film suscite en nous.

Alamar
de Pedro Gonzalez-Rubio


le film vu par Eva Morand,
chargée de mission temps scolaire à Passeurs d'images
Alors que les premières minutes nous montrent un couple qui a donné naissance à un petit garçon nommé Natan, on apprend rapidement que la relation entre ses parents  n’a pas duré : Roberta, la maman, est italienne et repartie vivre à Rome tandis que Jorge, le papa vit au Mexique, bien loin de la ville.
Alamar va suivre le jeune garçon de cinq ans, qui quitte sa mère le temps des vacances pour partir vivre avec son père dans un lagon mexicain. Il y retrouve son grand-père et on les observe alors dans leur vie de tous les jours, faite de pêche en apnée, de jolis moments de complicité entre père et fils, d’une rencontre avec un oiseau surnommé Blanquita, le tout dans des paysages paradisiaques qui font rêver…
Le film retrace de manière tranquille un quotidien qui nous fait découvrir un autre mode de vie. Ce rythme lent ainsi que la place donnée à l’environnement, et plus particulièrement à la mer, offrent une impression de sérénité. Il y a dans cette œuvre un véritable éloge de la simplicité et de la nature qui fait également appel à la fibre écologique en chacun de nous.
En plus de nous inviter au voyage (ce dont nous avons bien besoin en ce moment !), le film s’attache à montrer l’importance de la transmission, du grand-père à Jorge mais surtout de Jorge à son fils.
Je ne saurais que trop vous conseiller de voir ce très beau film, que j'ai découvert il y a deux ans et que j’ai revu avec un plaisir inchangé et qui, bien qu’il ne soit disponible qu’en version originale sous-titrée, est peu bavard et est tout à fait recommandable pour un jeune public.

Le Jour où la Terre s'arrêta
de Robert Wise


le film vu par Delphine Lizot,
coordinatrice nationale temps scolaire à Passeurs d'images 
Passeurs d’images a mis place depuis le début du mois de février des séances de cinéma chaque mardi midi afin de permettre aux membres de l’équipe professionnelle de connaître les films des catalogues École et cinéma et Collège au cinéma. Équipée d’un vidéo-projecteur, la grande salle de réunion du 4 rue Doudeauville est ainsi réquisitionnée pour des visionnages studieux et conviviaux.
Confinement oblige, la séance du mardi 24 mars s’est déroulé à distance, au domicile de chacun·e. Le film choisi était, il nous a semblé, de circonstance : Le Jour où la Terre s’arrêtera de Robert Wise.
Pour ma part, devant gérer télétravail, suivi scolaire et repas, j’ai fait le choix de regarder le film le soir en famille.
Le Jour où la Terre s’arrêta est un film de science-fiction américain, sorti sur les écrans de cinéma en 1951. Il est réalisé par Robert Wise, cinéaste célèbre notamment pour la comédie musicale West Side Story.
Le film raconte l’histoire de l’arrivée à Washington d’un extraterrestre et de son robot géant à bord d’une soucoupe volante. Le début du film plonge le·la spectateur·rice dans une grande incertitude car nul ne connaît les intentions du visiteur : sont-elles belliqueuses ou pacifistes ? Rapidement, on comprend que Klaatu l’extraterrestre est envoyé par une fédération de planètes pour demander l’arrêt des essais nucléaires avant que la Terre ne soit détruite.
Klaatu, sur un chemin plein d’embûches, sollicitera le concours d’un petit garçon Bobby et de sa mère, et celui d’un émérite scientifique. Il devra malheureusement faire face à l’hostilité générale des humains incarnée par les assauts de l’armée.
Les spectateur·rices de ma famille ont apprécié le film. Mon fils, âgé de 11 ans, a fait des parallèles avec la crise que nous traversons : mouvements de panique, intervention des scientifiques, messages gouvernementaux à la télévision et à la radio, etc. Ces différentes thématiques ont permis de délier la parole dans un contexte anxiogène. Mon mari et ma fille ont été très intéressés par la dimension scientifique du film, des parallèles avec l’évolution de l’ingénierie automobile et aéronautique ont été pointées.
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé revoir le film dans ce contexte particulier et j’ai été sensible au personnage féminin qui fait preuve de courage et d’une grande intelligence : la Femme serait-elle l’Avenir de l’Homme ?
Le Jour où la Terre s’arrêta intègre le catalogue École et cinéma à la rentrée prochaine. Au vu de la crise sanitaire que nous traversons et dont nous ne connaissons pas encore toute l’étendue des conséquences sur nos sociétés, je suggère fortement de montrer ce film à de jeunes spectateur·rices (à partir de 9 ans). En s’appuyant sur ses qualités de mise en scène, ce film offrira un possible «  remaniement du réel  » (formule empruntée à Boris Cyrulnik) et une prise du recul nécessaire face aux épreuves que nous traversons.
Prenez-soin de vous.

Même pas peur
un programme de 5 courts métrages 


les films vus par Caroline Chalaye, Conseillère pédagogique Généraliste, IEN Le Puy Sud et ASH 
et Cindy Maroto, Conseillère pédagogique à la mission départementale Arts Plastiques
La peur sous toutes ses formes, tel est le thème de « Même pas peur ! » une sélection de cinq courts métrages qui nous a séduites par la diversité des techniques utilisées et par la variété des approches de ce sentiment.
« Le pain et la rue » d’Abbas Kiarostami et « Shopping » de Vladilen Vierny montrent par des micro gestes et des regards le stress vécu par les personnages principaux, ici des enfants.
Le long monologue du personnage de « Allez Hop ! » de Juliette Baily présente les hésitations d’une jeune femme à plonger et la peur qui grandit en elle.
« La grosse bête » de Pierre-Luc Granjon évoque la peur collective construite par les habitants d’un royaume tandis que « La Saint-Festin » d’Anne-Laure Daffis et Léo Marchand aborde le cannibalisme de façon humoristique grâce au personnage de l’ogre.
La peur surgit donc inexorablement dans ces 5 courts que ce soit par le biais de la bande son, d’une voix off, d’un cadrage ou encore par l’arrivée brutale d’un personnage.
Une façon pour les élèves de regarder la peur en face, d’appréhender ces mécanismes, de l’expérimenter pour mieux pouvoir la dépasser, la maîtriser, la contrôler.
La diversité plastique des courts métrages est une mine d’or pour mettre en place les prolongements en arts plastiques. La thématique de la peur peut être travaillée à partir de pratiques artistiques très riches dans le cadre du Parcours d'Education Artistique et Culturel : collage, photomontage, travail au crayon, création d’une bande son off, stop motion…
La transversalité de la thématique permet également d’investir différents domaines des programmes des cycles 2 et 3 comme l’Enseignement Moral et Civique (Débat à Visée Philosophique) et la littérature notamment.
Le caractère universel et intemporel de la peur trouve un écho auprès de chaque spectateur·rice.
À voir sans modération !

Les aventuriers
un programme de 4 courts métrages 


le film vu par Olivier Gouéry,
coordinateur École et cinéma en Corrèze
Les Aventuriers est un programme de courts-métrages très sensoriel, où la compréhension de chaque histoire passe principalement par les sens, plutôt que par un scénario. Ici, pas de drame, juste l'évocation d'un moment fantastique, celui d'une rencontre avec l'autre, qui nous bouleverse soudainement. Le programme porte très justement son titre. A partir de ce mot clé, on peut aborder facilement cette notion d'aventure en s'attachant à ce que les personnages ressentent dans ces moments là.
Le son dans sa globalité, c'est à dire la musique bien sûr, mais aussi tous les bruitages associés, contribue beaucoup à l'atmosphère de chaque film et met le·la spectateur·rice en éveil. Il y a une évidente corrélation entre le rythme des images et celui de la musique. Qu'il y ait très peu de paroles ne veut pas dire que ce sont des films muets, bien au contraire. Les personnages de chaque film vivent une aventure solitaire où la parole est superflue. Où alors la parole devient musique avec un accent méridional (La rentrée des classes) ou une langue étrangère (Le hérisson).
Les courts-métrages s'enchaînent, et l'on traverse différentes esthétiques visuelles et techniques de réalisation. Ainsi nous passons d'un film d'animation en couleur à un film en prise de vue réelle en noir et blanc. Et puis à nouveau, un film d'animation, mais presque monochrome, fait de matières plutôt que de dessins. De manière assez discrète, des motifs reviennent d'un film à l'autre. Celui du poisson notamment, qui nous guide au fil de l'eau, pour qui veut bien tenter l'aventure, parfois même dans l'imaginaire (Le Jardin). Des plans sont quasiment identiques dans des films différents. Cela peut être un jeu de les retrouver.
Si l'on veut entrer un peu plus dans le langage cinématographique, Les Aventuriers permet de s'intéresser à la notion de valeur de plans, en faisant attention à la place donnée aux personnages dans l'image. L'aventure étant synonyme de découverte de nouveaux espaces, quelques plans isolés illustrent très bien le rapport entre l'humain et son environnement, qu'ils soient en plan très large (Le Moine et le Poisson) ou au contraire en plan très rapproché (Le Hérisson).
Le film de Franju, La première nuit, aurait ma préférence. Pour ce garçon qui désire retrouver une jeune fille blonde dans le métro, l'aventure passe par le rêve. Je trouve très belle la mise en scène pour montrer le passage de la réalité au rêve, en faisant simplement marcher le garçon en sens inverse sur un escalator. C'est une sensation que nous reconnaissons ; celle, dans un rêve, de marcher sans avancer.

Bonjour 
de Ozu 


le film vu par Agnès Chesné, coordinatrice éducation nationale École et cinéma en Essone

 Sur l’affiche, deux enfants droits comme des i, nous toisent d’un regard hautain voire méprisant. L’image est rythmée par des verticales et des horizontales qui s’entrecroisent ou se juxtaposent (jusque dans la rayure du pull des enfants). La caméra, placée très bas, filme en légère contre-plongée. Ozu utilise son « plan tatami ». Il place la caméra quasiment à hauteur du sol sur lequel les japonais s’assoient.

Avec cette image, Ozu résume le sujet de son film : une question de point de vue, un rapport d’opposition qu’il traite par une étude méticuleuse des détails de la vie et une construction minutieuse des composantes de l’image.

La musique de « Bonjour » évoque les films de Jacques Tati qui comme Ozu présente des critiques douces-amères de son époque.

L’action se situe dans le japon de l’après-guerre, en pleine mutation culturelle. Les modes de vie des familles tantôt traditionnelles, tantôt occidentalisées s’opposent par leur habitat, leurs vêtements, leurs aspirations. Le village de petites maisons de bois s’oppose aux verticales des tours de béton et les kimono des femmes d’intérieur aux jupes crayons des femmes actives. Un des personnages secondaires, une grand-mère ancienne sage-femme, moderne malgré son âge avancé, porte un pull à col roulé sous son kimono comme un trait d’union entre deux cultures.

Le monde de l’enfance s’oppose au monde des adultes. Les adultes sont coincés dans leurs traditions ou leurs responsabilités. Les enfants veulent vivre dans leur temps, ils veulent accéder au monde moderne et avoir la télé malgré le refus de leurs parents. Ils veulent vivre pleinement leur vie en s’adonnant à leurs jeux préférés comme dans la scène des pets à la fois comique et  triste puisque ce jeu n’est pas toujours sans conséquence. La logorrhée de paroles insignifiantes des adultes s’oppose au mutisme déterminé des enfants qui se moquent de  ces mots qu’ils trouvent inutiles comme « Salut, bonjour, bonsoir, il fait beau, non, oui, c’est vrai, là-bas, quel beau temps, ah bon… ».

« Bonjour » est un film ciselé où rien n’est laissé au hasard, tendre, drôle ou froidement réaliste. Le cheminement que Ozu propose au spectateur est très progressif. Il amène à une prise de conscience de l’importance des petits riens qui font notre quotidien. Mais il soulève aussi des questions plus graves. Ce film continuera longtemps à trotter dans la tête du spectateur sur un petit air de musique légère.