DCLV : 13 figures de Sarah Beauchesne au 71, rue Blanche

Véronique Aubouy, Christophe Boutin
00:04:00
Court métrage
fiction
Tous publics
Une contorsionniste, placée sur une table dans l'atelier de l'artiste Christophe Boutin, nous propose treize figures comme autant de sculptures. L'art n'est-il pas une simple déformation de la réalité ?
Sarah Beauchesne
Scénario : Christophe Boutin Image : Florent Montcouquiol Décors : Anne Bachala Son : Nicolas Becker
Injam Production
France
1993
DCLV
2012
VF
[Filmographie de Véronique Aubouy (Unifrance) ->http://www.unifrance.org/annuaires/personne/133075/veronique-aubouy] [Filmographie de Christophe Boutin (Unifrance)->http://www.unifrance.org/annuaires/personne/348445/christophe-boutin]
Le générique de fin du film s’ouvre sur la formule « Christophe Boutin vous a présenté » suivi du titre du film. Rien d’anormal a priori : le producteur présente son objet, le film. Pourtant ici la chose apparaît vite plus complexe qu’elle n’y paraît initialement. Le film se déroule en effet précisément dans l’atelier de création du Christophe Boutin en question, là où ses œuvres prennent vie et forme. On peut donc aussi entendre dans la formule le geste du Monsieur Loyal qui, au cirque, présente les artistes qui vont se produire. Cet aspect est d’ailleurs appuyé par la planche et les tréteaux sur lesquels on donnait notamment à voir au début du siècle « les phénomènes de foire ». On nous présente donc un film, une œuvre mais aussi, semble-t-il, quelqu’un : une artiste contorsionniste. Celle-ci apparaît de manière fort singulière, comme amputée de son visage. Et il semble un instant que ce simple fait lui retire la qualité de personne pour l’assigner à une simple chose : un corps. Le film débute donc sur une ambiguïté. Que nous présente-t-on réellement ? Le film, un spectacle forain ou bien encore un simple objet plastique ? Il est ici intéressant de rappeler la racine commune entre le monstre et l'acte de montrer, entre la monstruosité et la monstration. Et si monstrare se traduit par indiquer, désigner ou montrer, monstrum peut se comprendre comme présage, avertissement ou, plus simplement, chose extraordinaire. Le monstre est ainsi celui qui, difforme, troublant l'ordre du monde, force l'attention, celui que l'on désigne car ayant outrepassé les lois, celles des hommes, de la nature. C'est cet excès qui est désigné. C'est dans ce surplus que le monstre se montre et se donne à connaître. Mais n’est-ce pas aussi le propre de l’œuvre que d’être portée au-devant des regards du public ? L’œuvre, en tant qu’elle aussi propose une reconfiguration de l’ordre des choses, qu’elle donne à voir sous un nouveau jour des aspects invisibles ou insoupçonnés de la réalité. Cette porosité entre un corps, à proprement parler monstrueux, et la notion d’œuvre parcourt tout le film. Faire apparaître en surimpression les noms des figures exécutées renvoie ainsi au titre qui accompagne habituellement les œuvres et participe à déréaliser le corps de Sarah Beauchesne, à le réduire au rang de signe, de simple image, un idéogramme à déchiffrer dont on nous donnerait la traduction. Le spectateur est alors mis en tension entre la distanciation qu’apportent ces étranges dénominations et la matérialité d’un corps inquiétant, qui le renvoie directement aux limites du sien propre et dont le film s’ingénie à densifier la réalité par la présence amplifiée des sons et la présentation du numéro en plan séquence. De cette gymnastique paradoxale, le film tire cette fascination répulsive qui lui est propre et qui lui donne toute sa force. - Bartlomiej Woznica
2010 : Pantin « Festival Côté Court » : Sélection Rétrospective « Du corps à l'image » 1994 : Paris « CNC » : Prime à la qualité
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